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Des relations possibles entre douleurs chroniques et météo chez certains patients.

Des relations possibles entre douleurs chroniques et météo chez certains patients.

Par Patricia Thelliez - Date de publication : 01 septembre 2022 - Image d'une montre Lecture : 5 minutes

Temps nuageux avec un risque de douleurs

Les douleurs chroniques sont-elles vraiment influencées par les conditions météorologiques ? Il semble que oui d'après une étude menée au Royaume-Uni sur plusieurs milliers de personnes, mais seulement chez certains patients.

Résumé

Les patients souffrant de douleurs chroniques évoquent souvent une aggravation de leur état lorsqu'il pleut ou bien quand il fait chaud ou froid… Mais les données de la littérature n'ont jusqu'à maintenant pas pu conclure à la réalité d'une telle relation.

Une étude menée au Royaume-Uni s'est servie des possibilités offertes par les smartphones pour recueillir, simultanément et chez près de 3 000 patients souffrant de douleurs chroniques, des données journalières concernant l'intensité de leurs douleurs et de quatre paramètres météorologiques : température, humidité relative, pression atmosphérique et vitesse du vent.

Les premiers résultats montrent globalement une relation significative, quoique modeste entre l'intensité des douleurs et certaines conditions climatiques.

En examinant les résultats de façon plus approfondie, il a plus récemment été montré que le lien mis en évidence était plus apparent dans certains sous-groupes de patients. Ainsi, 1 personne sur 10 était sensible à la température, 1 sur 25 à l'humidité, 1 sur 50 à la pression atmosphérique et 3 sur 100 à la vitesse du vent, chaque valeur des paramètres étudiés pouvant être, selon les cas, élevée ou basse. 

Les relations entre la météo et les douleurs chroniques, notamment ostéoarticulaires ont depuis fort longtemps été « houleuses ». D'un côté, certains patients évoquent une évolution de leurs symptômes en fonction du temps qu'il fait (température extérieure, pluie, etc.). De l'autre, les médecins ne sont souvent pas persuadés d'un lien possible, en raison d'un manque de preuves ou de résultats discordants. L'exploration de ce lien est en effet compliquée, car elle nécessite de mettre en place des études sur de larges échantillons de personnes et dans différentes situations climatiques.

En 2019, une équipe de spécialistes travaillant dans différents domaines (épidémiologie, statistiques, mathématiques, sciences de l'environnement, etc.) ont publié des premiers résultats [1] issus d'une étude spécifiquement dédiée à l'analyse du lien possible entre météo et douleur. Cette enquête nationale menée au Royaume-Uni a eu l'originalité de s'être appuyée sur les potentialités offertes par les smartphones. Les quelque 13 000 patients recrutés ont été équipés d'une application leur permettant d'enregistrer chaque jour l'intensité de leurs douleurs (cotée sur une échelle de 1 à 5) pendant qu'un GPS embarqué recueillait les conditions météorologiques éditées par la station la plus proche.

Les auteurs n'ont pas non plus manqué d'humour (britannique) en nommant leur enquête Cloudy with a chance of pain [2], jeu de mots tiré de l'expression couramment employée dans les bulletins météorologiques Cloudy with a chance of rain, c'est-à-dire « temps nuageux avec un risque de pluie »… 

Température, humidité, vent et pression atmosphérique

Les données collectées sur une période de 15 mois chez 2 658 personnes (celles pour lesquelles les résultats ont été utilisés dans l'analyse finale), souffrant de douleurs chroniques, ont révélé une relation significative, bien que modeste, entre douleur, degré hygrométrique, pression atmosphérique et vitesse du vent. Plus précisément, une augmentation de l'humidité relative et de la vitesse du vent ainsi qu'une pression atmosphérique basse étaient associées à des douleurs plus intenses, même en tenant compte de l'humeur et de l'activité physique.

Néanmoins, certaines interrogations demeuraient. Pour exemple, aucune relation n'existait entre la douleur et le froid ou les précipitations qui étaient pourtant les deux paramètres spontanément avancés par les participants.

Des relations différentes selon les patients et les conditions météorologiques...

Yimer, Belay B et al. [3] ont donc creusé dans les données de cette étude longitudinale, de façon à approfondir les résultats globaux rapportés par Cloudy with a chance of pain. L'idée sous-jacente était que seulement certaines franges de la population, et pas d'autres, pourraient être particulièrement sensibles à un certain type de conditions météorologiques, et pas forcément à un autre.

Parmi les 6 213 patients ayant des données exploitables, 35 % avaient des atteintes articulaires d'origine non spécifiée, 29 % une arthrose et 27 % une fibromyalgie. Parmi les autres pathologies citées figuraient : polyarthrite rhumatoïde, douleur neuropathique, céphalées chroniques (dont la migraine), spondylarthropathies, goutte.

À l'échelon de la population étudiée, un degré hygrométrique élevé ou une vitesse du vent élevée  étaient plus susceptibles d'entraîner une aggravation des douleurs. De la même façon, les participants exposés à des basses températures ou à de basses pressions avaient davantage tendance à rapporter des niveaux accrus de douleur. Dans tous les cas, les estimations avaient été ajustées sur l'âge, le sexe, les croyances initiales (concernant la réalité d'un lien entre douleurs et météo), l'humeur et l'activité physique

...et selon des valeurs des paramètres basses ou élevées

Les auteurs ont poursuivi leurs investigations en identifiant de petits groupes de patients différemment réceptifs selon le paramètre pris en compte (température, humidité, vent et pression). Ainsi, 1 personne sur 10 était sensible à la température, 1 sur 25 à l'humidité, 1 sur 50 à la pression atmosphérique et 3 sur 100 à la vitesse du vent, chaque valeur des paramètres étudiés pouvant être, selon les cas, élevée ou basse. 

  • Ainsi, parmi les 11 % de participants sensibles à la température, 6,3 % l'étaient lorsque celle-ci était basse et 4,7 % lorsqu'elle était élevée ;
  • Ceux réagissant à l'humidité ou à la vitesse du vent l'étaient plus souvent lorsque les valeurs étaient élevées plutôt que basses (respectivement 2,9 % versus 0,6 % et 2,2 % versus 0,6 %) ;
  • A contrario, il y avait davantage de personnes sensibles à une pression atmosphérique basse (1,6 %) que lorsqu'elle était élevée (0,7 %).

De plus, la plupart n'étaient sensibles qu'à une seule variable et aucune différence d'effet selon la pathologie sous-jacente n'a été mise en évidence.

Conclusion

Mis bout à bout ces résultats révèlent que les patients sont souvent dans le vrai lorsqu'ils rapportent un lien entre leurs douleurs et la météo, même s'ils ne représentent qu'un petit pourcentage de ceux souffrant de douleurs chroniques. De plus, l'association peut exister dans un sens ou dans un autre : par exemple, certaines personnes sont sensibles à des valeurs élevées et d'autres à des valeurs basses.

Pourquoi une telle relation existe ? Les auteurs n'abordent pas cette question. Yimer, Belay B et al. suggèrent seulement des « différences interindividuelles de l'activation cérébrale évoquée par les mêmes stimulus douloureux ». Quant à l'anticipation de la douleur permise par les prévisions météorologiques, pouvant modifier la planification de certaines activités physiques, il y a tout à parier que les patients y ont déjà pensé eux-mêmes…

Sources :
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cagoumont Il y a 2 mois 0 commentaire associé

je pense que les douleurs à contexte inflammatoire, ne peuvent qu'être majorées par la température élevée. Cette année, l'été caniculaire, n'a pu que favoriser l'état inflammatoire des patients. Cela me paraît totalement logique. CQFD.

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aristote Il y a 2 mois 0 commentaire associé

Ce qui me parait intéressant, c'est que pour une fois l'étude souligne l'existence de sous groupes réagissant différemment. Evidemment, il faudrait approfondir l'étude pour mieux caractériser ces sous-groupes (groupe sanguin, équipement enzymatique, troubles associés, etc.). Personnellement, je ne vois pas ce qu'il y a de choquant à ce que tout le monde ne réagisse pas de la même façon à la météo ou à d'autres facteurs objectifs. Il est temps de sortir de cette médecine standardisée qui nie les différences, ou les attribue à l'imagination des malades!

 

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