Améliorer le sommeil : une stratégie payante à plus d'un titre

Par Corinne TUTIN - Date de publication : 19 mai 2022
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La correction de l’insomnie peut réduire de façon importante le risque de dépression et, en cas de surpoids, favoriser la perte pondérale par réduction des apports énergétiques. Par ailleurs, le risque de maladie cardiovasculaire s’élève quand le sommeil est de mauvaise qualité.
L'insomnie concerne près de 50 % des sujets de 60 ans ou plus (illustration).

L'insomnie concerne près de 50 % des sujets de 60 ans ou plus (illustration).

 
Résumé
Une étude récente suggère que la correction d'une insomnie grâce à une thérapie cognitivo-comportementale abaisse de moitié environ le risque de dépression chez les personnes de plus de 60 ans.

Chez les sujets en surpoids de 20 à 40 ans, dormant moins de 6,5 heures par nuit, l'augmentation du nombre d'heures de sommeil grâce à des sessions éducatives personnalisées permet de diminuer le poids en réduisant les apports énergétiques.  

Enfin, chez les sujets d'âge moyen rapportant un sommeil de mauvaise qualité, le risque de maladies cardiovasculaires s'accroît.  


L'insomnie concerne près de 50 % des sujets de 60 ans ou plus, et double la probabilité d'épisode dépressif majeur.

Michael R. Irwin et al., du département de psychiatrie et de sciences comportementales de l'université californienne de Los Angeles (UCLA), ont cherché à savoir si un meilleur traitement de celle-ci pourrait avoir un impact positif sur la dépression. Dans ce but, ils ont mis en place un essai randomisé chez 291 adultes de 60 ans et plus n'ayant pas eu d'épisode dépressif ou de problème de santé majeur au cours de l'année écoulée [1].

Durant deux  mois, 156 de ces sujets, dont l'âge moyen était de 70,1 ans, ont bénéficié d'un traitement cognitivo-comportemental de l'insomnie, avec un psychologue ou un éducateur en santé, associant notamment thérapie cognitive, contrôle des stimuli perturbants, hygiène de sommeil, relaxation, tandis que 135 autres ont simplement reçu des conseils éducatifs sur le sommeil (rôle, impact) sous une forme moins intense et moins durable.
 
La réduction de l'insomnie s'accompagne d'une diminution de moitié du taux d'épisodes dépressifs majeurs
Après un suivi de 36 mois, le taux d'épisodes dépressifs majeurs évalué selon le DSM-5 (critère majeur de jugement de l'essai) a été abaissé de plus de la moitié dans le premier groupe (12,2 % contre 25,9 %, p = 0,02), groupe dans lequel il a été aussi constaté un taux de rémission de l'insomnie plus élevé (26,3 % contre 19,3 %, p = 0,03). Plus encore, les sujets ayant eu une rémission de l'insomnie sous thérapie cognitivo-comportementale avaient un risque diminué de 83 % de dépression en comparaison de ceux ayant reçu une simple éducation au sommeil et n'ayant pas eu de rémission de leur insomnie.

Améliorer le sommeil offre donc une nouvelle piste d'intervention pour réduire certains troubles mentaux comme la dépression, même si - comme le font remarquer Yu-Hsuan Lin et al. [2] dans un commentaire accompagnant l'article - une partie de l'effet sur la dépression de la thérapie cognitivo-comportementale pourrait être direct et ne pas être médié par une réduction de l'insomnie.
 
Prolonger le temps de sommeil, une piste pour prévenir l'obésité
Le développement de l'obésité, constaté ces dernières années dans les pays occidentaux, s'est accompagné d'une réduction du temps de sommeil. Des études épidémiologiques prospectives suggèrent qu'une durée de sommeil trop courte favorise la prise pondérale.

Un essai randomisé mené par des médecins de l'université de Chicago, Esra Tasali et al. [3], a analysé les effets de sessions éducatives pour prolonger la durée du sommeil chez 80 adultes de 21 à 40 ans en surpoids dormant moins de 6,5 heures par nuit, mais indemnes d'insomnie ou d'apnée du sommeil.

Après une période de deux semaines pendant laquelle les sujets ont poursuivi leurs habitudes de sommeil, la moitié, dont l'âge moyen était de 29,8 ans, a continué à dormir de la même façon durant deux autres semaines, tandis que l'autre moitié a été incitée à suivre deux sessions individualisées de conseils à J15 et à J22 afin d'étendre leur temps de sommeil à 8,5 heures par jour. L'étude a duré 4 semaines.

En comparaison du groupe témoin, le nombre de calories consommées par jour a été significativement réduit dans le groupe ayant bénéficié de conseils de sommeil (-270 kcal/jour, p < 0,001). Les personnes de ce groupe dormaient aussi, en moyenne, 1,2 heures de plus par nuit (p < 0,001) au vu des enregistrements actimétriques. Une corrélation inverse (r = - 0,41, p < 0,001) a été relevée entre modification de la consommation énergétique et modification du temps de sommeil. Enfin, le poids a légèrement baissé dans le groupe ayant reçu des conseils sur le sommeil (- 0,48 kg) tandis qu'il a augmenté dans le groupe témoin (+ 0,39 kg, p = 0,001).

Pour Esra Tasali et al., cette étude est, à leur connaissance, la première qui met en évidence l'effet bénéfique d'une prolongation du sommeil sur les apports énergétiques et le poids chez des sujets continuant de vivre dans leur environnement habituel. Et, font remarquer que s'il persistait dans le temps, l'effet déboucherait sur une perte pondérale de 12 kg en trois ans. Comme beaucoup de personnes dorment peu et sont en surpoids, agir sur la dimension sommeil pourrait aussi avoir un impact notable en termes de santé publique.

Une relation avec les maladies cardiovasculaires également
Les perturbations du sommeil peuvent avoir d'autres conséquences néfastes sur la santé physique et notamment favoriser l'apparition d'affections cardiovasculaires. Ce qui pourrait conduire à renforcer le dépistage de celles-ci chez les sujets au sommeil altéré.

Une analyse des données de sommeil de 6 820 adultes d'âge moyen (53,4 ans) de l'étude américaine MIDUS (Midlife in the United States) a permis à Soomi Lee et al. [4] de montrer que chaque unité d'augmentation de mauvais sommeil rapportée par les participants (score composite) accroît le risque d'affections cardiovasculaires de 54 % (p < 0,001).

Les données d'un échantillon plus limité de 663 sujets de la même étude, ayant en plus enregistré leur sommeil par actimétrie, concluent à un risque plus important encore lorsque les renseignements fournis par ces enregistrements sont également pris en compte : + 141 % pour chaque unité d'augmentation d'un mauvais sommeil (p < 0,001).

Le sexe (féminin ou masculin) n'avait pas d'influence notable sur l'association troubles du sommeil-maladies cardiovasculaires. Certains paramètres associés au sommeil, comme la satisfaction, le niveau de performance, de vigilance, étaient aussi associés au risque de maladies cardiovasculaires, mais de manière moins importante que pour l'ensemble des dimensions du sommeil.

©vidal.fr
 
Pour en savoir plus
[1] Irwin MR et al. Prevention of Incident and Recurrent Major Depression in Older Adults With Insomnia. JAMA Psychiatry, 2022; 79: 1-9.


[2Lin Y-H, et al. The direct effect of cognitive behavioral therapy for insomnia on depression preventionand the mediation effect via insomnia remission. JAMA Psychiatry, 2022; 79: 514-515.

[3] Tasali E et al. Effect of sleep extension on objectively assessed energy intake among adults with overweight in real-life settings. A randomized Clinical Trial. JAMA Intern Med, 2022; 182: 365-374. 

[4
] Lee S et al. Sleep health composites are associated with the risk of heart disease across sex and race. Sci Rep, 2022; 12: 2023.

Sources : VIDAL

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Merlebleu Il y a un mois 0 commentaire associé

merci d´un article complémentaire comportant les méthodes de résolution de l´insomnie.

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