Consultation avec un patient sourd ou malentendant : comment communiquer ?

Par Fanny Bernardon - Date de publication : 15 février 2022
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Se faire comprendre et échanger avec un patient sourd ou malentendant n’est pas inné. Quels sont les bons réflexes à adopter au quotidien ? Comment aider les professionnels de santé à prendre en charge ces patients aux besoins spécifiques, dans leur pratique quotidienne ?
Langue des signes française, lecture labiale, langue française parlée complétée, etc. les aides à la communication sont diverses (illustration).

Langue des signes française, lecture labiale, langue française parlée complétée, etc. les aides à la communication sont diverses (illustration).


Résumé 
La communication entre les personnes malentendantes ou sourdes et les professionnels de santé reste difficile. Avec, à la clé, des retards de diagnostic, des ruptures du parcours de soin, une mauvaise observance, etc.
 
Plusieurs structures mettent aujourd'hui à la disposition des soignants et des patients des outils axés sur la santé qui, par l'intermédiaire de vidéos, de dessins, de fiches, etc., permettent de faciliter le déroulement des consultations médicales, tant en ce qui concerne l'approche diagnostique que la délivrance des prescriptions.


En France, on estime que près de 7 millions de personnes sont malentendantes ou sourdes, soit 11 % de la population. D'après l'Institut national de la santé et de la recherche médicale (Inserm) (1), 6 % des 15-24 ans, et plus de 65 % des 65 ans et plus, sont concernés.
 
Le handicap auditif recouvre une grande variété d'étiologies. Pour rappel, on distingue globalement les surdités de transmission, liées à l'atteinte des structures de l'oreille externe ou moyenne, des surdités de perception ou neurosensorielles liées à une atteinte, soit de l'oreille interne (cochlée), soit des voies nerveuses auditives ou des structures centrales de l'audition. Les surdités mixtes associent ces deux composantes.
 
La réalité du handicap auditif est aussi très différente selon qu'il s'agit d'une surdité congénitale, dite « de naissance », ou d'une surdité postlinguale, survenue plus tard, celle des « devenus sourds ».
 
Chez certaines personnes, la surdité est liée à une identité forte, se définissant par une culture, une histoire et une langue communes. C'est pourquoi les sourds de naissance se disent parfois « Sourds » avec un « S » majuscule comme signe de cette identité.
 
Handicap auditif : quels enjeux pour la relation soignant/soigné ?
Aujourd'hui encore, la communication avec les professionnels de santé demeure difficile en cas de surdité, comme le montre le dernier Baromètre santé sourds et malentendants (BSSM) 2011-2012 (2), qui a été mené par l'Institut national de prévention et d'éducation pour la santé (Inpes), en partenariat avec la Caisse nationale de solidarité pour l'autonomie (CNSA).
 
L'enquête montre bien comment cette communication défaillante peut « peser sur l'accès aux soins et la qualité des prises en charge ». Et pour cause, près de 25 % des répondants, tous en situation de handicap auditif, déclarent avoir dû renoncer aux soins pour cette raison. À titre d'exemple, le BSSM indique que les personnes sourdes présentent un retard de diagnostic des cancers.
 
Pour le Dr Vincent Gautier, médecin urgentiste pratiquant la langue des signes française (LSF), président de la Société française de santé en langue des signes (3) : « les informations en santé ne sont pas suffisamment disponibles en LSF. Un patient sourd qui a besoin de se faire soigner devrait pouvoir le faire en LSF, d'autant plus s'il s'agit de sa langue maternelle. »
 
L'étude « Informer les personnes sourdes et malentendantes » de l'Inpes (4) donne des exemples de sérieuses incompréhensions entre professionnels de santé et patients.  Ainsi, « Fumer nuit gravement à votre santé et à celle de votre entourage » peut être compris par « Il ne faut surtout pas fumer la nuit » !
 
Finalement, l'enjeu pour les soignants est de délivrer une information adaptée au patient sourd, permettant une prise de décision partagée. Il s'agit de limiter le risque de non-observance thérapeutique, de rupture du parcours de soins, voire de renoncement aux soins.
 
Les leviers pour faciliter la communication
« Bien communiquer avec un patient sourd ou malentendant repose d'abord sur des savoir-être faciles d'accès pour tous : présenter son visage de face, éliminer les bruits de fond, éviter de se placer en contre-jour… », explique le Dr Bénédicte Gendrault, pédiatre. Une pratique qui est particulièrement mise à mal au cours de la pandémie de COVID-19, du fait du port du masque, comme VIDAL s'en était déjà fait l'écho
 
Il paraît aussi essentiel de s'accorder avec le patient sur la manière dont il souhaite communiquer. Le choix du canal de communication doit être identifié le plus tôt possible dans le parcours de soins, éventuellement en incluant la personne qui l'accompagne en consultation.
 
Les aides à la communication sont en effet diverses : lecture labiale, langue des signes française (LSF), langue française parlée complétée (LfPC), transcription en temps réel de la parole par écrit (TTRP), dactylologie (transcription en signes gestuels de l'alphabet des langues écrites), etc. Il faut aussi rappeler que la langue des signes n'est pas universelle, mais propre à chaque pays. Autre confusion fréquente : les personnes sourdes ne sont pas muettes...
 
Il est aussi possible de s'appuyer sur :
  • les Unités d'accueil et de soins des sourds (UASS) disposant de médecins compétents en LSF. Il en existe 24 en France, listées sur le site de la Société française de santé en langue des signes ;
  • des intermédiateurs en santé, professionnels sourds assurant le lien culturel et linguistique entre patients sourds et professionnels de santé.
     
Il faut encore citer plusieurs dispositifs spécifiques, comme :
Enfin, pour accompagner les professionnels de santé dans leur pratique quotidienne auprès de patients en situation de handicap, HandiConnect.fr (5) met à disposition sept fiches-conseil traitant du handicap auditif :  
©vidal.fr

Pour en savoir plus

(1) Dossier Troubles de l'audition / surdités. Inserm, 2017.
(2) Baromètre santé sourds et malentendants (BSSM). Inpes, 2011-2012.
(3) Société française de santé en langue des signes (SFSLS).
(4) Informer les personnes sourdes ou malentendantes. Inpes, 2013.
(5) HandiConnect.fr, site ressource pour les professionnels de santé auprès de patients en situation de handicap et développé par l'association CoActis Santé.

Pour aller plus loin Les ressources disponibles de certaines associations

 

Sources : VIDAL

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