L’arthrose digitale, très fréquente, douloureuse et handicapante

Par Isabelle HOPPENOT - Date de publication : 07 septembre 2021
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L’arthrose digitale a une forte composante génétique, mais elle est aussi associée au syndrome métabolique. Sa prise en charge repose sur différentes mesures (exercices, orthèses, AINS topiques, etc.). Des traitements innovants sont en cours d’évaluation. 
Une forte composante génétique (illustration @Collège français des enseignants en rhumatologie).

Une forte composante génétique (illustration @Collège français des enseignants en rhumatologie).

 
Résumé
L'arthrose digitale est une pathologie très fréquente, dont la prévalence est estimée à 3 % dans la population âgée de plus de 55 ans. Elle est aussi d'expression très hétérogène, pouvant aller d'une rhizarthrose isolée à une atteinte nodulaire ou érosive polyarticulaire. 

Sa prise en charge se fonde sur des mesures pharmacologiques, notamment sur les anti-inflammatoires non stéroïdiens topiques, et sur des mesures non pharmacologiques, telles que les exercices et les orthèses. Des traitements innovants sont en cours d'évaluation. 

Le point avec le Pr Jérémie Sellam, professeur des universités et praticien hospitalier au sein du service de rhumatologie de l'hôpital Saint-Antoine à Paris. 

L'arthrose est la pathologie articulaire la plus fréquente. Elle toucherait, toutes localisations confondues, quelque 8 millions de personnes en France. Après la gonarthrose, et sans doute avant la coxarthrose, l'arthrose digitale est la plus fréquente. 
On estime ainsi que 3 % de la population de plus de 55 ans a une arthrose digitale, de traduction variable, pouvant être très invalidante, mais aussi parfois peu symptomatique en dehors de quelques poussées douloureuses. 
 
Génétique, obésité, syndrome métabolique
Elle touche plus souvent les femmes, avec une forte composante génétique (60 % d'héritabilité).

Les données récentes ont mis en évidence une composante systémique, en lien avec l'obésité et l'inflammation de bas grade qui l'accompagne. 

L'arthrose des mains est souvent associée à une gonarthrose et/ou une coxarthrose, et est ainsi un marqueur d'une maladie arthrosique diffuse (polyarthrose).

Elle est également associée au syndrome métabolique et à un risque accru d'athérosclérose et de décès d'origine cardiovasculaire.  

Le diagnostic est avant tout clinique
On distingue la rhizarthrose, qui touche la base du pouce, et l'arthrose des articulations interphalangiennes proximales et distales des doigts longs

On individualise également l'arthrose digitale érosive, donc destructrice, en lien avec une inflammation de bas grade. Cette forme, qui concerne de 4 à 10 % des arthroses digitales, est associée à des douleurs, une gêne fonctionnelle et une évolution plus marquées.  
Dans la récente cohorte DIGICOD, qui a inclus 426 patients dont 84 % de femmes, ayant une atteinte répondant aux critères de l'American College of Rheumatology (ACR), 46 % avaient une forme érosive (recrutement hospitalier de formes plus sévères).  

Des critères diagnostiques précis ont en effet été édictés par l'ACR en 1990, en particulier pour faire le diagnostic différentiel avec la polyarthrite rhumatoïde. 

Aux douleurs et/ou à la raideur digitale, la plupart des jours dans le mois précédent, s'ajoutent 3 ou 4 des caractéristiques suivantes : 
  • élargissement d'au moins 2 des articulations parmi la trapézo-métacarpienne, les interphalangiennes proximales (IPP) et distales (IPD) des 2e et 3e doigts des deux mains ; 
  • déformation d'au moins l'une de ces articulations (nodules de Bouchard ou d'Heberden) ; 
  • élargissement osseux d'au moins 2 IPD et moins de 3 articulations métacarpo-phalangiennes gonflées. 

« En pratique, le diagnostic est le plus souvent facilement porté face à des douleurs au niveau des articulations des doigts, une gêne fonctionnelle et une raideur matinale et la notion d'antécédents familiaux d'arthrose digitale, le plus souvent chez une patiente de plus de 50 ans. Il est confirmé par la radiographie standard », souligne le Pr Jérémie Sellam. 

Un bilan biologique minimal est demandé à la recherche de troubles métaboliques associés.
Les autres examens complémentaires (bilan immunologique, IRM ou échographie des mains) sont envisagés en cas de doute quant aux diagnostics différentiels.

Lors de l'évaluation de l'impact de la maladie, qui peut fortement altérer la qualité de vie, le préjudice esthétique doit aussi être pris en compte. 
 
Quels diagnostics différentiels ?
Dans les formes atypiques, la possibilité d'un rhumatisme inflammatoire peut se poser, une polyarthrite rhumatoïde, mais surtout un rhumatisme psoriasique, qui peut notamment toucher les IPD. 
Il faut aussi savoir éliminer une chondrocalcinose articulaire. 

Ainsi, dans les formes atypiques, un avis rhumatologique est préférable. 
 
La prise en charge se fonde sur les recommandations européennes de 2018
En 2018, la European League Against Rheumatism (EULAR) a mis à jour ses recommandations pour la prise en charge de l'arthrose digitale, dont la version antérieure datait de 2007. Les préconisations faites en 2018 restent d'actualité et elles se fondent, comme pour toutes les localisations de l'arthrose, sur des mesures pharmacologiques et non pharmacologiques.  
  • Parmi les mesures non pharmacologiques, la pratique d'exercices, en particulier des automassages et des étirements des doigts ou le port d'orthèses (du commerce ou thermoformées). 
  • Le traitement pharmacologique fait appel en première intention aux anti-inflammatoires non stéroïdiens (AINS) topiques, d'un très bon rapport bénéfice/risque en raison de la proximité des articulations touchées avec la peau. « Ils doivent être appliqués pendant plusieurs jours de suite, et notre équipe, de façon empirique, conseille de mettre une noisette du produit le soir au niveau de la ou des articulations atteintes et de les garder enrobées toute la nuit dans du film alimentaire étirable », précise le Pr Jérémie Sellam. « En cas d'efficacité insuffisante, on peut faire appel au paracétamol, parfois aux AINS per os chez certains patients ». 

Une infiltration de glucocorticoïdes peut être envisagée, essentiellement en cas de douleur focalisée sur une ou deux articulations.  

L'EULAR donne aussi une place au traitement par chondroïtine sulfate (médicament) qui a fait la preuve de son efficacité sur les douleurs et la gêne fonctionnelle à 3 et 6 mois dans l'étude FACTS (Finger Osteoarthritis Chondroitin Study), essai randomisé en double aveugle versus placebo.  

De nombreux traitements conventionnels biologiques (tels que les anti-TNF ou anti-IL6R) ont été testés, avec des résultats décevants. Ils ne sont donc pas indiqués. 
 
  • Concernant le traitement chirurgical, à côté des arthrodèses, la pose d'une prothèse trapézo-métacarpienne peut être discutée dans certaines rhizarthroses. 

La stimulation du nerf vague, une approche innovante en cours d'évaluation
La stimulation du nerf vague par voie auriculaire transcutanée (tVNS) [l'électrode auriculaire est appliquée sur la cymba conchae, qui contient des fibres nerveuses du nerf vague] a donné des résultats encourageants (effet antalgique et anti-inflammatoire) dans plusieurs affections telles que la migraine et la polyarthrite rhumatoïde. 

C'est sur la base de ces données que cette technique a été évaluée dans l'arthrose digitale érosive. Une étude pilote, ADEPT, menée en ouvert dans le service de rhumatologie de l'hôpital Saint-Antoine, à Paris, a souligné les bénéfices de cette approche (une heure de stimulation par jour pendant un mois) chez 18 patients ayant une arthrose digitale érosive symptomatique : diminution de la douleur sur l'échelle visuelle analogique et du nombre d'articulations douloureuses à la pression, et amélioration fonctionnelle de la main.  

Ces bons résultats, en attente de publication, ont conduit à mettre en place, dans le cadre d'un projet hospitalier de recherche clinique (PHRC), une étude multicentrique randomisée contrôlée versus stimulation factice, ESTIVAL (Auricular Vagus Nerve Stimulation in Painful and Inflammatory Erosive Hand Osteoarthritis). Plus de 50 patients sur les 156 prévus ont déjà été inclus dans cet essai débuté en décembre 2020 et coordonné par le Pr Jérémie Sellam. 

Parmi les autres pistes thérapeutiques en cours d'évaluation dans l'arthrose digitale et dans d'autres localisations de l'arthrose, l'injection de toxine botulique, qui pourrait permettre un traitement ciblé de la douleur. 

©vidal.fr

Pour en savoir plus 
 
Les patients qui souhaitent participer peuvent directement contacter les investigateurs à l'adresse mail suivante : estival.aphp@gmail.com
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 

Sources : VIDAL

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