Quand les anniversaires conduisent à la COVID-19

Par Patricia THELLIEZ - Date de publication : 24 juin 2021
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Les célébrations d'anniversaire au sein des familles ont-elles joué un rôle dans la transmission du SARS-CoV-2 au plus fort de l'épidémie ? Apparemment oui, et surtout lorsqu'il s'agissait d'un enfant, selon une étude américaine menée sur 2,9 millions de foyers.
 
Des réunions familiales favorisant la transmission du SARS-CoV-2 (illustration).

Des réunions familiales favorisant la transmission du SARS-CoV-2 (illustration).

 
Résumé :
Depuis le début de la pandémie de COVID-19, beaucoup de données ont été colligées concernant le rôle, dans la transmission du SARS-CoV-2, de rassemblements sociaux bien identifiés (travail, loisirs, manifestations culturelles, sportives, religieuses, etc.). C'est ce qui a conduit nombre d'États à adopter une politique de confinement et/ou de couvre-feu.
Le rôle des rassemblements plus informels, comme c'est le cas à l'échelle d'une famille, a en revanche été nettement moins étudié. Une équipe américaine s'est penchée sur la question en mettant en regard le nombre de cas de COVID-19 survenus au sein d'une famille et les dates d'anniversaire de ses membres.


Une équipe américaine a eu l'idée originale de se focaliser sur les dates d'anniversaire des membres d'une famille (faisant l'hypothèse que cette commémoration pourrait être l'occasion d'une célébration et donc d'une réunion familiale) et de croiser ces jours particuliers avec les cas de COVID-19 recensés ultérieurement dans cette même famille.
Ces deux types d'information sont en effet relativement « faciles » à extraire des bases de données des assurances santé.
 
Etant donné qu'une fête a pu être organisée plusieurs jours avant ou après l'événement et compte tenu de la période d'incubation de la maladie, il a été choisi de comptabiliser les cas de COVID-19 au cours des deux semaines suivant l'anniversaire.
 
L'étude a été menée aux États-Unis, du 1er janvier au 8 novembre 2020, sur 2,9 millions de foyers (soit environ 6,5 millions de personnes) bénéficiant d'une assurance privée. Les résultats ont été stratifiés selon la prévalence de la COVID-19 dans chaque comté et la taille de la maisonnée. 
 
Une augmentation encore plus nette chez les enfants
Dans les comtés où la prévalence de l'infection était la plus élevée (décile supérieur), les familles dans lesquelles l'un de ses membres avait eu son anniversaire dans les deux semaines précédant une infection recensée dans la base (excluant donc les formes asymptomatiques), ont eu 8,6 fois plus de diagnostics de COVID-19, pour 10 000 individus, que les foyers où il n'y avait pas eu d'anniversaire, soit une augmentation relative de 31 % de la probabilité de survenue d'une infection à SARS-CoV-2.
 
Le taux de COVID-19 était encore plus élevé lorsqu'il s'agissait d'un enfant, avec 15,8 fois plus de diagnostics de COVID-19 pour 10 000 contre 5,8 pour 10 000 quand l'anniversaire concernait un adulte. Une explication avancée serait que les fêtes organisées à l'occasion de l'anniversaire d'un enfant sont moins souvent annulées ou décalées ou encore que les règles de distanciation sont, dans ce contexte, moins respectées.
 
En revanche, les anniversaires « particuliers » (par exemple, 50 ans) n'ont pas été d'avantages suivis d'infections.
 
Plusieurs biais possibles examinés
CM Whaley et coll. ont aussi voulu savoir si certains facteurs avaient pu peser sur les résultats, voire constituer un biais. Mais aucun des éléments examinés n'est apparu avoir eu une influence :
 
  • Ainsi les mesures mises en place, qui variaient selon les comtés, n'ont pas joué de rôle, y compris en cas de confinement.
  • Les auteurs ont également comparé les résultats selon que les comtés avaient été pro-Trump ou pro-Clinton lors de l'élection de 2019 (les tendances politiques étant susceptibles d'influer sur les règles de distanciation sociale), mais sans qu'aucun distinguo n'ait pu être mis en évidence.
  • Le fait qu'il ait plu le samedi de la semaine de l'anniversaire, jour où il y aurait eu le plus de chance qu'une fête ait été organisée, n'a pas changé la donne (l'hypothèse étant qu'en cas de précipitations, on se regroupe à l'intérieur).
  • CM Whaley et coll. ont aussi procédé à un test de réfutation, en attribuant de façon randomisée et artificielle des dates d'anniversaire, ce qui a permis de montrer que ce sont bien les « vraies » dates qui étaient assorties d'une augmentation des cas de COVID-19 et non pas celles assignées de façon arbitraire.
  • De même, les auteurs ont pu éliminer la possibilité que les cas diagnostiqués ne soient en fait pas liés à l'événement, en examinant les taux d'infection au cours des 4 à 8 semaines précédant la date de l'anniversaire.
  • Un autre biais écarté a été la possibilité d'une augmentation de la pratique de tests diagnostiques en rapport avec la réunion familiale, ce qui aurait pu conduire à la détection de cas asymptomatiques. C M Whaley et coll. ont donc aussi contrôlé ce point en examinant les hospitalisations pour COVID-19 au cours des 4 semaines suivant l'anniversaire.
 
Des enseignements pour l'avenir ?
Bien sûr, ce travail n'est pas exempt de défauts : étude observationnelle, s'appuyant sur des données administratives, impossibilité de prendre en compte les cas asymptomatiques, ni de généraliser les résultats à d'autres types de rassemblements ou bien d'assurance. Il est aussi possible que, dans les comtés ayant un taux élevé de COVID-19, les gens aient diminué les occasions de se réunir. Il faut enfin souligner que ces résultats ne concernent que les régions où la prévalence de l'infection était la plus élevée.

Quoi qu'il en soit, ces informations, obtenues après une randomisation « naturelle » et en utilisant un critère indépendant de l'existence de facteurs de risque de COVID-19, à savoir un anniversaire, attestent bien le rôle qu'a pu jouer, au plus fort de l'épidémie, tout rassemblement, même petit et familial, dans la transmission du SARS-CoV-2.
 
Mais, si astucieuse qu'elle soit, cette étude nous montre encore une fois que le SARS-CoV-2 a une aptitude remarquable à mettre à mal toute relation sociale…

©vidal.fr
 
Pour en savoir plus

Sources : JAMA , VIDAL

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