Amplifier la vaccination de masse par le cocooning !

Par Francois TREMOLIERES - Date de publication : 11 mai 2021
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Au-delà de l'intérêt individuel, le fait d'être vacciné contre la COVID-19 a un autre atout de taille, celui de protéger l'entourage, notamment les personnes immunodéprimées pour lesquelles la vaccination est moins efficace. On parle ainsi de « cocooning vaccinal ».
COVID-19 : protéger les plus vulnérables en se vaccinant (illustration).

COVID-19 : protéger les plus vulnérables en se vaccinant (illustration).


Résumé :
Vacciner massivement contre la COVID-19 est un objectif prioritaire pour les semaines à venir. Si tant d'incertitudes demeurent quant au devenir des vagues virales, qui nous assaillent depuis quinze mois, une vérité est solide : le nombre de personnes vaccinées sera la clé principale du succès.
Le programme vaccinal des autorités a démarré en janvier 2021, ciblant, dès le début et de façon logique, les sujets les plus à risque. Les trois premiers mois ont cependant été marqués par un manque de fourniture en doses de vaccins. Dans le courant de ce mois de mai, cet obstacle est en train de se lever et les prévisions d'approvisionnement, plus de 50 millions de doses au 15 juin 2021, devraient être atteintes.
Si, à l'échelon individuel, l'efficacité protectrice des quatre vaccins, aujourd'hui disponibles en France, est absolument démontrée, une question est néanmoins restée en suspens jusqu'à ces dernières semaines : le fait d'être vacciné diminue-t-il le risque de transmission du virus à son entourage ? La réponse est clairement oui.


 Plusieurs études listées dans le document source de la Haute Autorité de santé (HAS) « Stratégie de vaccination contre le Sars-Cov-2 » (1, 2, 3) permettent d'affirmer qu'être vacciné contre la COVID-19 protège son entourage d'une contamination éventuelle. 
 
Il ressort en effet de ces travaux, dans lesquels la charge virale a été estimée à partir de la valeur du Ct (Cycle Threshold) de la RT-PCR SARS-CoV-2 (4), que :
 
- l'incidence des infections asymptomatiques chez les personnes vaccinées est moindre (8, 9) ;
- la charge virale de personnes infectées, malgré une vaccination, est de 250 à 800 fois inférieure à celle de sujets non vaccinés ;
- l'excrétion virale, en cas d'infection du sujet vacciné, est de courte durée ;
- enfin, et surtout, l'on constate une moindre incidence des infections dans l'entourage des personnes vaccinées (10).

Ces résultats concernent essentiellement le vaccin Pfizer-BioNTech (5, 6, 7, 9, 10), sur lequel ont porté la plupart des études, mais aussi le vaccin d'AstraZeneca (8, 10) et celui de Moderna (10). En première approximation (mais ces données devront être confirmées), il n'y a pas de différence d'efficacité entre ces vaccins.

De plus, une des études (10) a comparé l'incidence de l'infection à SARS-CoV-2 « autour » de soignants ayant reçu au moins une dose de vaccin ou bien n'ayant pas été vaccinés. Il a pu être montré que, dans l'entourage des personnes vaccinées, il y a une réduction de 30 % du nombre d'infections 14 jours après la première dose de vaccin, et de 54 % 14 jours après la seconde dose.
 
Une diminution du risque de transmission à l'entourage
Ces différentes données peuvent être résumées de façon simple en 4 points.

En cas d'infection à SARS-CoV-2 malgré une vaccination, les patients :
  • ont moins de risque de développer une infection symptomatique ;
  • ont une charge virale très diminuée en cas d'infection asymptomatique ;
  • excrètent moins de virus ;
  • sont beaucoup moins contagieux.
 
Indépendamment du fait qu'il est important d'être vacciné pour se protéger à titre individuel de la COVID-19, et de participer à l'objectif de santé publique qui est d'atteindre une immunité de groupe, la vaccination a ainsi un autre atout : celui, via la réduction de la transmission du virus, de protéger d'autres personnes, fragiles qui, bien que vaccinées, ne peuvent pas toujours obtenir une protection suffisante contre la COVID-19 ; c'est notamment le cas des personnes immunodéprimées.
 
C'est le rationnel de cette stratégie dite du « cocooning » qui a été récemment mis en avant par la HAS.
En France, celle-ci a vu le jour en 2004 avec pour cible la coqueluche. Il s'agissait de protéger les petits nourrissons, les plus à risque de formes graves et non en âge d'être vaccinés, ou en tout cas non encore prémunis, en immunisant leur entourage. En 2008, le « cocooning » a été officialisé et inscrit dans le calendrier vaccinal officiel (11).
 
Aujourd'hui, en France, toutes les personnes âgées d'au moins 18 ans peuvent (ou pourront bientôt) être vaccinées, les tranches d'âge concernées n'étant plus limitées que par les bornes des autorisations de mise sur le marché des vaccins. Il est très probable que la vaccination sera étendue aux plus jeunes à partir de l'âge de 12 ans, dans le courant de l'année 2021 avec, cependant, des variations selon les pays. Mais, dès à présent, le Canada a donné l'autorisation de vacciner à partir de 12 ans et la FDA (Food and Drug Administration) a fait de même le 10 mai 2021, avec le vaccin Pfizer-BioNTech. Avant l'âge de 12 ans, il faudra probablement attendre 2022.
 
Pour conclure
Si, sauf contre-indication, nous devrions donc tous être vaccinés, à plus ou moins long terme, la vaccination contre la COVID-19 n'est cependant pas obligatoire. Elle n'en reste pas moins indispensable pour se protéger soi-même et contribuer à l'immunité de tous, sachant que son rapport bénéfice-risque est très favorable. Mais il existe un autre argument fort, notamment à destination de ceux qui pourraient penser « ne pas être à risque en raison de leur jeune âge ou n'avoir qu'un rôle "minuscule" dans la société », où considérer « qu'ils ne sont pas concernés » !  
L'intérêt majeur du « cocooning vaccinal » pour protéger de façon indirecte certaines personnes vulnérables, comme les immunodéprimés, est une notion qu'il apparaît capital de promouvoir largement, notamment auprès des plus sceptiques (qu'il s'agisse de rejet ou de déni) envers la possibilité d'une efficacité globale de la vaccination anti-COVID-19.

©vidal.fr
 
Pour en savoir plus


1 -  HAS. Vaccins contre la Covid-19 :protéger les plus fragiles via leur entourage. HAS - communiqué de presse - 30 avril 2021.

2 -  HAS.Stratégie de vaccination contre le Sars-Cov-2 Vaccination prioritaire de l'entourage des personnes immunodéprimées contre le SARS-Cov-2 - 29 avril 2021

3 - HAS. 
Recommandation relative à la vaccination contre la COVID 19 de l'entourage de certaines populations vulnérables Et synthèse des données relatives à l'efficacité des vaccins contre la COVID-19 sur la transmission du SARS-CoV-2 - 29 avril 2021. 

4 - Interprétation de la valeur de Ct (estimation de la charge virale) Document de la SFM (Société Française de microbiologie).

5 - Levine-Tiefenbrun M et al. Decreased SARS-CoV-2 viral load following vaccination. medRxiv; Feb 8, 2021. 

6 - McEllistrem MC et al.Single dose of a mRNA SARS-CoV-2 vaccine is associated with lower nasopharyngeal viral load among nursing home residents with asymptomatic COVID-19. Clin Infect Dis; March 26 2021.

7 - Petter E et al. Initial real-world evidence for lower viral load of individuals who have been vaccinated by BNT162b2. medRxiv; Feb 8, 2021.

8 - Emary KR et al. Efficacy of ChAdOx1 nCoV-19 vaccine against SARS-CoV-2 variant: an exploratory analysis of a randomised controlled trial. Lancet; April 10, 2021; 397 :1351- 1362.

9 - Voysey M et al. Single-dose administration and the influence of the timing of the booster dose on immunogenicity and efficacy of ChAdOx1 nCoV-19 (AZD1222) vaccine: a pooled analysis of four randomised trials. Lancet; Feb 19 2021;397(10277):881-891.

10 -  Shah AS et al. Effect of vaccination on transmission of COVID-19: an observational study in healthcare workers and their households. medRxiv 21 March 2021.

11- Calendrier vaccinal 2008. BEH N° 16-17. 22 avril 2008. 










 

Sources : VIDAL , HAS (Haute Autorité de Santé)

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