Mortalité en 2020 : quel a été le poids de l'épidémie de COVID-19 ?

- Date de publication : 13 avril 2021
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Les statistiques détaillées de mortalité française ne sont pas encore disponibles pour 2020. À ce jour, les États-Unis d'Amérique sont le premier pays à avoir publié des chiffres provisoires précisant les causes de décès. Bien que les déterminants sociaux et ethniques nord-américains soient très différents des nôtres, il est intéressant de se pencher sur ces premières données.
Un pic de mortalité, mais dont les causes ne sont pas encore détaillées (illustration).

Un pic de mortalité, mais dont les causes ne sont pas encore détaillées (illustration).


La France a recensé provisoirement 667 000 décès en 2020, soit 53 900 de plus qu'en 2019. Cet accroissement de 9 % doit être pondéré par la prise en compte de l'augmentation régulière des décès liée au vieillissement des Français, augmentation qui frôle les 2 % par an. Cependant, même après ajustement sur l'âge moyen, il existe, en 2020, une nette surmortalité concomitante à l'épidémie de COVID-19, de l'ordre de 7 %.

Les déclarations de décès électroniques, plus rapides à traiter que les manuscrites (mais ne représentant que 40 % des déclarations), nous apprennent que la mortalité française attribuée à la COVID-19, en 2020, a surtout
 concerné des sujets âgés : 93 % des victimes ont plus de 65 ans et leur âge moyen est de 82 ans. Près de 80 % des décès surviennent chez les plus de 75 ans, contre 5 % chez les moins de 55 ans. Cependant, ces chiffres sont issus de données partielles et la consolidation, réalisée annuellement par l'Inserm, prendra encore de nombreux mois. 

Quelle est la part de la responsabilité de la COVID-19 dans l'excès de mortalité ?
Les chiffres bruts étant posés, il reste à déterminer la part de responsabilité, directe et indirecte, de l'épidémie, dans l'excès de mortalité, et c'est alors que les difficultés commencent ...
Première surprise, le nombre de décès français attribués provisoirement à la COVID-19 est de 64 600 pour l'année 2020, supérieur à l'excès de mortalité globale (53 900). Certes, ces chiffres ne proviennent pas des mêmes sources, mais interrogé par Henri Seckel pour Le Mondele démographe et épidémiologiste Jean-Marie Robine attribue ce « manque » de morts à la diminution du poids d'autres facteurs de mortalité : en premier lieu, la diminution de la mortalité routière et infectieuse hors COVID-19, l'épidémie de grippe ayant été quasi inexistante en 2020. Toutefois, nous ne disposons pas de données incluant les causes de décès français survenus en 2020. À ce jour, seuls les États-Unis ont publié des statistiques provisoires comprenant les causes de décès de l'année écoulée. Ils sont résumés dans le tableau ci-dessous : 

 

Données provisoires sur la mortalité 2020 

aux États-Unis

 

Cause du décès

Nombre de décès annuels rapportés aux causes principales (variation brute par rapport à 2019)

2018

2019

2020

Mortalité totale

2 839 205

2 854 838

3 358 814

(+ 17,6 %)

Maladies cardiovasculaires

655 381

659 041

690 882

(+ 4 %)

Cancers

599 274

599 601

598 932

( = )

COVID-19 

confirmée ou présumée

   

345 323

Blessures 

non intentionnelles

167 127

173 040

192 176

(+ 11 %)

Accidents vasculaires cérébraux

147 810

150 005

159 050

(+ 6%)

Maladies respiratoires chroniques

159 486

156 979

151 637

(- 4 %)

Maladie d'Alzheimer

122 019

121 499

133 382

(+ 9%)

Diabète (de type 1 et 2)

84 946

87 647

101 106

(+ 15%)

Pneumonies et grippes

59 120

49 783

53 495

(+ 7 %)

Maladies rénales

51 386

51 565

52 260

(+ 1 %)

Suicide

48 344

47 511

44 834

(- 6%)

Tableau VIDAL - Données des Centers for Disease Control and prevention (CDC). États-Unis. 

Certes, les déterminants sociaux nord-américains ne sont pas comparables aux nôtres, mais l'examen de ces données démographiques, publiées par le National Vital Statistics System (NVSS) des CDC est intéressant.

La COVID 19 prend la place du suicide dans le « top 10 » des causes de décès au États-Unis !

Si l'augmentation brute de la mortalité est près du double de celle constatée en France, c'est surtout la répartition des décès qui interpelle : les morts par blessure non intentionnelle (accidents de la circulation compris) sont en nette hausse ! À l'inverse, les décès par suicide sont en baisse de 6 %. Mais les États-Unis ne sont pas la France ! 


Aux États-Unis, entre janvier et décembre 2020, le taux de mortalité estimé, ajusté sur l'âge, a augmenté pour la première fois depuis 2017 , avec une hausse de 15,9 % par rapport à 2019, passant de 715,2 à 828,7 décès pour 100 000 habitants. La COVID-19 était la cause principale ou contributive de 377 883 décès (91,5 pour 100 000 habitants). Les taux de mortalité les plus élevés liés à la COVID-19 ont été constatés chez les hommes, les personnes âgées et celles d'origine indienne, inuite ou hispanique. Les taux de décès globaux et dus à la COVID-19 les plus nombreux sont survenus en avril et décembre 2020. La COVID-19 était la troisième cause principale de décès en 2020, prenant ainsi la place du suicide. 
Le rapport  du NVSS prend cependant le soin de préciser que ces données provisoires sont soumises à de nombreux biais liés à leur caractère incomplet. 

Dans un point de vue publié dans le JAMA, les auteurs du rapport reprennent leurs données et considèrent que « ces augmentations peuvent indiquer, dans une certaine mesure, une sous-déclaration de la COVID-19, c'est-à-dire que des tests limités au début de la pandémie peuvent avoir entraîné une sous-estimation de la mortalité par COVID-19. L'augmentation d'autres causes majeures, en particulier les maladies cardiaques, la maladie d'Alzheimer et le diabète, peut également refléter des perturbations des soins de santé qui ont pu entraver la détection précoce et la gestion de ces maladies. La hausse des décès par blessures non intentionnelles en 2020 était largement due aux overdoses. Les données finales sur la mortalité aideront à déterminer l'effet de la pandémie sur les tendances  concomitantes des décès par surdose de médicaments ».

Si cette explication paraît plausible pour les maladies cardiaques ou le diabète, il est aussi possible que des décès attribués à la maladie d'Alzheimer soit en fait dus à des COVID-19 non diagnostiquées. Enfin, la pertinence limitée d'une comparaison de ces chiffres avec la situation française est matérialisée par le nombre de morts par overdose, sans commune mesure avec la situation française.

Il faudra donc attendre la consolidation des données françaises par l'Inserm pour en savoir plus, mais, comme aux États-Unis, la seule chose certaine est que l'année 2020 aura connu, en France, un pic de mortalité jamais atteint depuis la dernière guerre mondiale. 

©vidal.fr

Pour aller plus loin

- Insee. Première estimation provisoire du nombre de décès en 2020. 15 janvier 2021.


- Henri Seckel. "Le décompte de la mortalité liée au Covid-19 est une usine à gaz" Interview de Jean-Marie Robine. Le Monde. 19 janvier 2021.

- Ahmad  FB , Cisewski  JA , Miniño  A , Anderson  RN . Provisional Mortality Data-United States, 2020. MMWR Morb Mortal Wkly Rep. Published March 31, 2021. 

- Ahmad FB, Anderson RN. The Leading Causes of Death in the US for 2020. JAMA. Published online March 31, 2021. 

- Stratégie France. Comparaison internationale : au-delà des décès identifiés Covid, combien de morts en plus. Point d'étape un an après. 28 mars 2021

Mode d'emploi de la certification de décès électronique en France avec un smartphone.


 

Sources : CDC (Centers for Disease Control and Prevention) , VIDAL

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