Anaphylaxie d’origine alimentaire : plus de cas et moins de décès

- Date de publication : 25 mars 2021
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Selon l'examen des données recueillies au Royaume-Uni entre 1998 et 2018, les hospitalisations pour anaphylaxie d'origine alimentaire ont régulièrement augmenté au cours de cette période. En revanche, les décès dus à ces allergies sont en baisse.
Une étude française s'est, elle, concentrée sur la tranche d'âge 0-4 ans, soulignant, là encore, l'augmentation des cas (entre 2002 et 2019) ainsi que la fréquence des polysensibilisations.
La prévention primaire doit comporter des conseils pour limiter l'exposition aux allergènes de l'environnement et, a contrario, pour introduire les allergènes précocement dans l'alimentation.
Une fréquence élevée des polyallergies et polysensibilisations alimentaires chez l'enfant (illustration).

Une fréquence élevée des polyallergies et polysensibilisations alimentaires chez l'enfant (illustration).


Au Royaume-Uni, l'évolution de la fréquence des hospitalisations pour anaphylaxie d'origine alimentaire a pu être analysée sur une période de 20 ans (de 1998 à 2018). Ce travail (1) a été réalisé grâce au croisement des données obtenues par plusieurs registres nationaux, notamment celui collectant les anaphylaxies fatales (UK Fatal Anaphylaxy Registry). Par ailleurs, les tendances de prescription d'adrénaline auto-injectable ont été recueillies.
Il est ainsi apparu que les hospitalisations pour allergie ont régulièrement augmenté entre 1998 et 2018, passant de 10 à 28 admissions pour 100 000 habitants (ha) par an. En se limitant aux seuls cas d'anaphylaxie, les résultats sont similaires, allant de 4,1 à 11,5 hospitalisations pour 100 000 ha par an.
En ce qui concerne les hospitalisations pour anaphylaxie d'origine alimentaire, le constat a été le même. Entre 1998 et 2018, les chiffres ont évolué de 1,23 à 4,04 admissions pour 100 000 habitants par an, soit une augmentation annuelle de 5,7 %. Cette hausse concernait surtout les moins de 15 ans, le taux des admissions, dans cette tranche d'âge, étant passé de 2,1 à 9,2 admissions pour 100 000 ha par an.
Il a par ailleurs été mis en évidence une prédominance des hospitalisations pour anaphylaxie d'origine alimentaire chez les garçons non pubères (ratio 1,6:1), alors que ce rapport s'inversait après l'âge de 15 ans.

Arachide, fruits à coque et lait de vache
Au cours des 20 années de l'étude, 152 décès, très probablement en lien avec une anaphylaxie induite par l'alimentation, ont été rapportés. Contrairement à la hausse des hospitalisations pour anaphylaxie alimentaire, il y a eu une baisse des taux de décès de 0,70 % à 0,19 % lorsque l'origine alimentaire était confirmée.
Les anaphylaxies fatales concernaient surtout les adolescents. En revanche, si les enfants de moins de 5 ans étaient les plus susceptibles d'être admis à l'hôpital, le taux des décès, dans cette tranche d'âge, était faible.
Dans plus d'un quart des cas, l'aliment en cause n'était pas identifié, mais au moins 46 % des décès étaient en relation avec la consommation d'arachide ou de fruits à coque. Quant au lait de vache, il était l'agent responsable de 26 % des morts chez l'enfant d'âge scolaire. Il y avait une tendance à la diminution des issues fatales faisant suite à l'ingestion d'arachide ou de fruits à coque, alors que les décès dus au lait de vache sont apparus en augmentation.
Enfin, au cours de la période étudiée, les prescriptions d'adrénaline auto-injectable ont, elles, progressé de 336 %.

Des anaphylaxies fatales surtout chez les adolescents
Ces données montrent donc que si, au cours de la période 1998-2018, les hospitalisations pour anaphylaxie d'origine alimentaire ont constamment progressé au Royaume-Uni, les décès en rapport ont diminué.
Les enfants d'âge préscolaire sont les plus à même d'être hospitalisés, mais le risque de mortalité dans cette tranche d'âge est faible. Aujourd'hui ce sont les adolescents qui sont les plus à risque de décès, suggérant l'existence d'une vulnérabilité liée à l'âge.
Globalement, la proportion des décès dus à l'arachide et aux fruits à coque a chuté alors que celle liée au lait de vache a augmenté. Habituellement, l'allergie aux protéines de lait de vache concerne essentiellement les jeunes enfants, mais, lorsqu'elle persiste chez des enfants plus grands, elle est souvent associée à d'autres maladies atopiques, comme un asthme, susceptibles d'accroître le risque de réactions sévères.

Le cas des enfants de moins de 4 ans
Une étude française (2) a repris les cas d'anaphylaxie alimentaire des enfants de 0 à 4 ans déclarés au Réseau d'allergo-vigilance (RAV), entre 2002 et 2019.
Au cours de cette période, 392 cas d'anaphylaxie alimentaire ont été rapportés chez 389 enfants. Une hausse des cas d'anaphylaxie a été notée, passant de 12 en 2002 à 27 en 2019, avec une prédominance masculine (64 %) et une fréquence plus élevée entre l'âge de 24 et 36 mois. Les aliments en cause étaient, quel que soit l'âge, l'arachide (24 %), la noix de cajou et la pistache (23 %), puis le lait de vache (15 %).
- Chez les enfants de moins de 1 an, les pourcentages étaient les suivants : lait de vache (51 %), œuf (26 %), blé (9 %) et arachide (6 %).
- De 1 à 4 ans, l'arachide, la noix de cajou et la pistache étaient les causes les plus fréquentes (47, 5 %).
Un autre constat important a été celui la fréquence élevée de polyallergies et de polysensibilisations : 26 % des enfants avaient plus de deux allergies ou sensibilisations.
L'adrénaline a été peu utilisée, mais ceci peut être en rapport au fait que, d'une part, l'anaphylaxie était le plus souvent inaugurale et que, d'autre part, les données colligées par le RAV l'ont été avant la diffusion des recommandations concernant le recours à l'adrénaline dans l'anaphylaxie.

L'importance de la prévention primaire
Les auteurs précisent enfin que ces résultats portent uniquement sur les données déclarées au RAV et qu'elles sont donc loin d'être exhaustives. Ils insistent aussi sur le problème des polysensibilisations, source d'une altération importante de la qualité de vie et majorant le risque d'accidents graves.
La prévention primaire doit comporter des conseils pour freiner l'exposition aux allergènes de l'environnement (sans oublier les cosmétiques), promouvoir l'introduction précoce des allergènes dans l'alimentation, et traiter de façon active les dermatites atopiques.

©vidal.fr


Pour aller plus loin

- Bassegio Conrado A et coll. Food anaphylaxis in the United Kingdom : analysis of national data, 1998-2018. BMJ 2021 ; 372:n251.

- Wintrebert G et all. Anaphylaxie à l'arachide et/ou aux fruits à coque du jeune enfant : des données du Réseau d'Allergo-Vigilance® à la prévention primaire l'allergie alimentaire. Revue française d'allergologie 2021 ; 61 : 68-74.







https://www.vidal.fr/medicaments/substances/adrenaline-1356.html

Sources : VIDAL

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