Vitamine D et COVID-19 : la supplémentation présente-t-elle un intérêt ?

- Date de publication : 26 janvier 2021
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Depuis le début de la pandémie de COVID-19, des appels s’élèvent pour recommander une supplémentation générale en vitamine D dans un but d’améliorer la protection vis-à-vis de cette infection, voire de réduire le risque de forme sévère. Le 8 janvier 2021, La Revue du Praticien a publié une tribune signée par 73 experts, 5 sociétés savantes et une association, appelant à cette supplémentation dans la population générale, comme chez les personnes atteintes de COVID-19.

En termes de prévention primaire, les méta-analyses d’essais randomisés évaluant l’effet de la vitamine D vis-à-vis des infections respiratoires aiguës montrent un effet protecteur modeste (RR 0,89), plus important chez les personnes en déficit avéré, à condition d’avoir opté pour une supplémentation quotidienne ou hebdomadaire pendant les 12 mois précédents. Il semble donc assez raisonnable de veiller au statut en vitamine D des personnes les plus vulnérables, dans le respect des valeurs de référence habituellement retenues, tant en population générale que chez les personnes à risque d’ostéoporose. Avec, le cas échéant, une supplémentation adéquate pour corriger le déficit.

Concernant la prescription de fortes doses de vitamine D chez les personnes souffrant de COVID-19, y compris celles hospitalisées pour une forme sévère, aucune donnée scientifique de qualité ne justifie cet usage, en dépit des recommandations de l’Académie de Médecine ou de celles des signataires de la tribune publiée le 8 janvier.
Une supplémentation en vitamine D est-elle intéressante pour prévenir ou traiter la COVID-19 ? (illustration)

Une supplémentation en vitamine D est-elle intéressante pour prévenir ou traiter la COVID-19 ? (illustration)


Les différents appels recommandant une supplémentation en vitamine D dans le contexte de la COVID-19 ne sont pas étonnants, la vitamine D ayant été, depuis plusieurs années, promue comme facteur de prévention de très nombreuses maladies, souvent sur la base d'études observationnelles riches en corrélation, mais pauvres en causalité. Dans le cancer ou les maladies cardiovasculaires par exemple, ces allégations ont été contredites par des essais cliniques randomisés de grande taille. Néanmoins, la vitamine D continue de bénéficier d'une image de panacée, en lien avec l'idée que nos modes de vie entraînent un statut déficitaire pour cette vitamine. Mais que disent les études sur son intérêt dans le contexte de la COVID-19 ?

La vitamine D, en carence de consensualité…
La vitamine D, ou calciférol, joue un rôle important dans la croissance et la minéralisation osseuses, ainsi que dans certains aspects de l'immunité, en particulier l'immunité innée. Au-delà de ces fonctions, qui font l'objet d'un consensus, de nombreuses incertitudes demeurent autour des autres propriétés de cette vitamine.
De plus, des désaccords subsistent sur l'interprétation des taux sanguins de 25(OH)D (25-hydroxyvitamine D, la forme habituellement dosée). Le périmètre de cet article est trop étroit pour entrer dans ce débat, nous rappellerons simplement les valeurs qui sont couramment utilisées en pratique :
  • dans la population générale, une concentration sanguine de 25(OH)D supérieure à 20 ng/mL (50 nmol/L) est considérée comme suffisante ;
  • dans la population à risque d'ostéoporose liée à l'âge, une maladie ou un traitement chronique, ce taux sanguin de référence devrait, selon les recommandations du GRIO (Groupe de recherche et d'information sur les ostéoporoses), être supérieur à 30 ng/mL (75 nmol/L).
En termes de toxicité, on estime que le risque d'effets indésirables (hypercalcémie, calculs rénaux, par exemple) apparaît lorsque les taux sanguins sont durablement supérieurs à 50-60 ng/mL.
Selon l'Agence nationale de sécurité sanitaire de l'alimentation, de l'environnement et du travail (Anses), les apports journaliers de vitamine D devraient être de 15 microgrammes (600 UI) par jour pour un adulte. En 2017, l'étude INCA 3 a montré que, chez les Français âgés de 18 à 79 ans, l'apport moyen quotidien se situe plutôt autour de 3,1 microgrammes (124 UI) par jour. Selon les études épidémiologiques, on estime que, en termes de taux sanguins de 25(OH)D, 40 à 50 % de la population française se situe au-dessous de 20 ng/mL et 80 % au-dessous de 30 ng/mL (voir également les données de Santé Publique France).
Comme observé pour les valeurs de référence sanguines, la définition d'une carence ou d'une insuffisance en vitamine D n'est pas complètement consensuelle. Selon les recommandations de la Haute autorité de santé (HAS), dans la population générale, on parle de déficience sévère pour un taux sanguin inférieur à 5 ng/mL (12,5 nmol/L), de déficience modérée pour un taux compris entre 5 et 10 ng/mL (12,5-25 nmol/L), et de déficit pour un taux compris entre 10 et 20 ng/mL (25-50 nmol/L).

La vitamine D, facteur de prévention universel… ou pas !
Les seules indications reconnues des suppléments de vitamine D par voie orale ou injectable sont le traitement du rachitisme et de certains troubles de la parathyroïde, ainsi que la prévention de l'ostéoporose.
Mais, depuis des années, la supplémentation en vitamine D fait régulièrement la Une des médias dans le contexte de la prévention d'une grande variété de maladies : cancers, maladies cardiovasculaires, infections respiratoires (voir ci-dessous), sclérose en plaques et autres maladies auto-immunes, etc. Ces allégations proviennent en général d'études observationnelles qui constatent que les personnes malades ont des taux sanguins de 25(OH)D faibles ou, à l'inverse, que les personnes qui prennent des suppléments de vitamine D semblent partiellement protégées contre ces maladies.
À titre d'exemple et sans entrer dans le détail, l'espoir d'un rôle positif de la vitamine D dans la prévention des cancers et des maladies cardiorespiratoires n'a pas été confirmé en 2019 par la publication des résultats de VITAL, l'étude interventionnelle randomisée avec placebo en double aveugle menée sur 25 000 personnes âgées de plus de 50 ans (hommes) ou 55 ans (femmes), pendant une durée médiane de 5,3 ans (avec administration de 2000 UI de vitamine D par jour). Cette étude n'a montré aucun effet protecteur de la supplémentation en vitamine D sur le risque de cancer ou de maladie cardiovasculaire. (Edit du 28 janvier 2021 : en 2019, une méta-analyse des essais randomisés sur la vitamine D pour la prévention des cancers, incluant VITAL, a calculé que "la réduction du risque de décès par cancer (5 essais, 1591 décès) et d'incidence des cancers (10 essais, 6537 cancers) était de 0.87 (IC95% 0.79-0.96) and 0.98 (IC95% 0.93–1.03), respectivement." Un effet mineur sur la mortalité mais pas l'incidence, donc.)

Les éléments qui interrogent sur la place de la vitamine D dans la COVID-19
Outre la grande popularité de la vitamine D comme facteur de prévention putatif en général, quelles sont les raisons qui ont pu amener les scientifiques à penser à un éventuel rôle de cette vitamine dans la prévention ou le traitement de la COVID-19 ?
On peut distinguer divers arguments selon les sources. Par exemple :
  • les populations les plus à risque de carence en vitamine D (personnes âgées, personnes d'origine africaine ou asiatique, patients souffrant d'obésité, de diabète ou d'hypertension artérielle) sont aussi celles les plus à risque de formes sévères de COVID-19. Que l'origine ethnique puisse être associée au risque aggravé pour des raisons socio-économiques est rarement abordé par les défenseurs de cet argument... ;
  • le déficit en vitamine D semble être associé à un risque augmenté d'infections respiratoires aiguës et, à l'inverse, la supplémentation semble réduire ce risque chez les personnes carencées (voir ci-dessous) ;
  • au printemps 2020, une étude a observé que la mortalité de la COVID-19 augmentait de 4,4 % pour chaque degré de latitude au nord du 28e parallèle Nord, après ajustement pour l'âge (p = 0,031), donc avec une moindre exposition au soleil ;
  • la vitamine D est impliquée dans l'immunité innée et pourrait stimuler la synthèse de cytokines anti-inflammatoires et réduire celle de cytokines pro-inflammatoires, ce qui pourrait prévenir les formes sévères de COVID-19.
D'autres arguments sont parfois évoqués, dont quelques études observationnelles assez médiocres suggérant que le déficit en vitamine D est associé à un risque plus élevé de COVID-19. Mais l'argument qui revient le plus souvent est l'action protectrice de la vitamine D contre les infections respiratoires. Qu'en est-il ?

La supplémentation en vitamine D prévient-elle les infections respiratoires aiguës ?
Depuis 2012, une équipe d'épidémiologistes de la Queen Mary University of London, a publié 3 méta-analyses portant, au fil des années, sur un nombre croissant d'essais cliniques randomisés évaluant les effets de la supplémentation en vitamine D pour prévenir les infections respiratoires aiguës.
Si, en 2012, les résultats de cette méta-analyse montraient des résultats contradictoires, dès 2017, une méta-analyse de 25 essais randomisés (11 321 patients de 0 à 95 ans) montrait que la supplémentation en vitamine D réduit modérément le risque relatif de ces infections (RR 0,88, IC95% 0,81-0,96, p < 0,001). Cet effet était nettement plus marqué pour les personnes présentant des taux sanguins de 25(OH)D inférieurs à 10 ng/mL (25 nmol/L, RR 0,30, IC95% 0,17-0,53) que pour celles présentant des taux supérieurs à 10 ng/mL (25 nmol/L, RR 0,75, IC95% 0,60-0,95). De plus, cet effet n'était observé que chez les personnes supplémentées tous les jours ou toutes les semaines (pas chez celles recevant une dose élevée à une moindre fréquence – un « bolus »).
En juillet 2020, cette même équipe a publié le pré-print d'une méta-analyse actualisée : 40 essais randomisés, 30 956 patients de 0 à 95 ans. La réduction relative du risque d'infection respiratoire aiguë liée à la supplémentation en vitamine D était de 0,89 (IC95% 0,81-0,98, p = 0,009). Cette réduction était maximale pour une supplémentation quotidienne de 400 à 1000 UI, pendant une période inférieure ou égale à 12 mois. Pressentant d'éventuelles conclusions hâtives, les auteurs de cette méta-analyse récente précisent que « la pertinence (de ces résultats) dans le cas de la COVID-19 n'est pas connue et nécessite des recherches dédiées », les études analysées n'ayant, bien évidemment, pas inclus la COVID-19 dans les infections respiratoires prises en compte.

Depuis un an, plusieurs appels à supplémenter les personnes carencées en vitamine D
Depuis le début de la pandémie de COVID-19, de nombreuses « lettres ouvertes » et « opinions » ont été publiées dans la presse scientifique évoquant l'intérêt potentiel de la supplémentation en vitamine D pour prévenir ou traiter la COVID-19, soit à la lumière des méta-analyses décrites ci-dessus, soit à celle d'une prévalence qui semblait géographiquement hétérogène selon l'ensoleillement. Jusqu'au Dr Anthony Fauci, directeur des National Institutes for Allergy and Infectious Diseases (NIAID), qui a déclaré le 10 septembre 2020 se supplémenter en vitamine D.
Le 7 décembre 2020, 210 personnalités internationales, dont 127 médecins, regroupées sous la bannière du mouvement #VitaminD4All, ont publié un manifeste pour demander, dans l'optique d'une protection contre la COVID-19 :
  • que l'on vise un taux sanguin de 30 ng/mL (75 nmol/L) de 25(OH)D pour tous ;
  • que toute personne non supplémentée commence par la prise quotidienne de 10 000 UI (250 µg) pendant 2 à 3 semaines jusqu'à obtenir un taux sanguin de 30 ng/mL ;
  • que ces personnes enchaînent avec la prise quotidienne de 4 000 UI de vitamine D (100 µg), ou au moins 2 000 UI, pour maintenir ce taux sanguin ;
  • que les personnes les plus à risque de déficit prennent 2 fois cette dose (avec contrôle sanguin pour éviter les surdosages) ;
  • que tous les patients hospitalisés pour une COVID-19 soit dosés pour la 25(OH)D et qu'une supplémentation soit mise en place pour atteindre un taux sanguin de 30 ng/mL.
En avril 2020, des médecins irlandais ont également publié une recommandation de supplémentation pour les personnes âgées, les patients hospitalisés, les résidents d'EHPAD et les populations vulnérables (diabète, immunodépression, peaux pigmentées, végétariens et végans, personnes en surpoids et obèses, fumeurs et professionnels de santé) : 20 à 50 µg de vitamine D par jour (800 à 2000 UI).
À l'opposé de ces appels, plusieurs mises en garde ont été publiées pour prévenir les professionnels de santé de l'absence de preuves quant à cet usage de la vitamine D, tant pour la prévention que pour la prise en charge de la COVID-19. C'est le cas, par exemple, des National Institutes of Health (NIH), de la Société française de pharmacologie et de thérapeutique ou des hôpitaux universitaires de Genève (qui proposent une revue critique de la littérature sur le sujet).

La tribune publiée en janvier 2021 dans La Revue du Praticien
En écho au manifeste publié en décembre 2020, 73 experts francophones, 5 sociétés savantes et une association de médecins/patients ont publié, le 8 janvier 2021, une tribune dans La Revue du Praticien qui invite les médecins généralistes à prescrire de la vitamine D à la population générale et plus particulièrement aux personnes testées positives pour SARS-CoV-2.
Coordonnée par le Pr Cédric Annweiler, gériatre au CHU d'Angers, et le Pr Jean-Claude Souberbielle, Service d'explorations fonctionnelles – Hôpital Necker Enfants Malades, cette tribune a été signée par l'Association française de lutte antirhumatismale (AFLAR), la Société française d'endocrinologie (SFE), la Société française de gériatrie et gérontologie (SFGG), la Société française de pédiatrie (SFP), la Société française d'endocrinologie et diabétologie pédiatrique (SFEDP) et la Société francophone de néphrologie dialyse et transplantation (SFNDT). À noter l'absence de la Société française de rhumatologie (SFR), du GRIO ou des sociétés savantes de pneumologie et d'infectiologie.

Les recommandations de la tribune de La Revue du Praticien en termes de prévention de la COVID-19
En termes de prévention primaire de la COVID-19, cette tribune s'appuie sur les éléments discutés précédemment, études observationnelles et méta-analyses relatives à la prévention des infections respiratoires aiguës. Les auteurs recommandent :
  • de « supplémenter en vitamine D tout au long de l'année les personnes à risque d'hypovitaminose D (c'est-à-dire les personnes de 80 ans et plus, ou malades, ou fragiles, ou dépendantes, ou obèses, ou vivant en EHPAD), et la population générale pendant la période hivernale. L'objectif est que la majorité de la population générale atteigne une concentration de 25(OH)D sérique entre 20 et 60 ng/mL. Les études les plus solides méthodologiquement indiquent que des apports de 1 200 UI/j sont nécessaires pour cela, ce qui, en l'absence de formes pharmaceutiques de vitamine D adaptées à une prise journalière simple, pourrait être remplacé par une prise de 50 000 UI de vitamine D3 par mois. Le double de cette dose devrait être prescrit aux sujets obèses ;
  • chez certains patients (les patients en situation de « fragilité osseuse », les patients insuffisants rénaux chroniques avec DFG < à 45 mL/min/1,73 m², les patients ayant une malabsorption ou en post-chirurgie bariatrique malabsorptive de type by-pass, et les patients âgés chuteurs), de viser une concentration-cible située plutôt entre 30 et 60 ng/mL ».

Mais cette tribune ne s'arrête pas à la prévention primaire : elle propose que la supplémentation en vitamine D puisse contribuer à prévenir les formes sévères lors de COVID-19. Pour justifier cette proposition, les auteurs s'appuient à la fois sur l'hypothèse d'un effet anti-inflammatoire et immunorégulateur de la vitamine D, comme exposé précédemment, mais également diverses études observationnelles sur les taux de vitamine D des personnes subissant ces formes graves, ainsi que sur le fait que les personnes le plus à risque de développer ces formes soient aussi celles le plus à risque de déficit en vitamine D. De nouveau, plus de corrélation que de causalité.
Pour rappel, en France, l'Académie de médecine avait publié, le 22 mai 2020, un communiqué (sans citer aucune évidence expérimentale allant dans ce sens) recommandant « de doser rapidement le taux de 25(OH)D chez les personnes âgées de plus de 60 ans atteintes de COVID-19, et d'administrer, en cas de carence, une dose de charge de 50 000 à 100 000 UI qui pourrait contribuer à limiter les complications respiratoires ». Elle recommandait également « d'apporter une supplémentation en vitamine D de 800 à 1000 UI/jour chez les personnes âgées de moins de 60 ans dès la confirmation du diagnostic de COVID-19 ».
Les auteurs de la tribune de La Revue du Praticien vont dans le même sens en s'appuyant sur 4 études interventionnelles ayant évalué les effets de la supplémentation en vitamine D sur des personnes souffrant de COVID-19. Il est intéressant de se pencher sur ces études, les seules à même de soutenir un rôle de la vitamine D dans la prise en charge de la COVID-19.

La vitamine D protège-t-elle des formes sévères de COVID-19 ?
La première étude signalée dans la tribune de La Revue du Praticien est une étude indienne randomisée contrôlée vs placebo menée chez 40 individus asymptomatiques ou légèrement symptomatiques présentant un déficit en vitamine D (taux sanguin inférieur à 20 ng/mL), avec PCR positive pour le SARS-CoV-2. Les participants ont été randomisés pour recevoir quotidiennement 60 000 UI de vitamine D durant 7 jours (dans le but d'atteindre > 50 ng/mL), ou un placebo. Les patients nécessitant une ventilation invasive ou présentant des comorbidités importantes étaient exclus.
Dix participants du groupe vitamine D (62,5 %) et 5 participants du groupe placebo (20,8 %) ont eu une PCR négative dans les 21 jours (p < 0,018). Mais cette étude pêche par son faible effectif, sa randomisation non également distribuée (16 vs. 24) et l'absence de randomisation (et d'information) sur les comorbidités.

La deuxième étude est une étude pilote espagnole randomisée ouverte, portant sur 76 patients hospitalisés pour COVID-19, qui a évalué l'effet de la prise de vitamine D (532 µg - 21 280 UI - à l'admission, puis 266 µg - 10 640 UI - à J3 et J7, puis une fois par semaine jusqu'à la sortie de l'hôpital) en plus d'un traitement standard (hydroxychloroquine et azithromycine) vs ce traitement standard seul.
Dans le groupe vitamine D (50 patients), un patient (2 %) a été admis en soins intensifs, contre 13 (50 %) dans le groupe standard (26 patients, p < 0,001), après ajustement pour l'hypertension artérielle et le diabète de type 2. Cette étude souffre de son petit effectif, mais également d'une mauvaise randomisation : 57,7 % d'hypertension dans le groupe contrôle vs 24,2 % dans le groupe vitamine D (p = 0,002), facteur de mauvais pronostic présent chez 61,5 % des patients du groupe standard vs 48 % des patients du groupe vitamine D.

Les auteurs de la tribune s'appuient également sur deux études dites « quasi-expérimentales » issues des travaux de l'équipe du Pr C. Annweiler. L'une d'elles (GERIA-COVID) visait à déterminer si la supplémentation en vitamine D au cours de l'année précédente (groupe 1, N = 29), ou après le diagnostic de COVID-19 (groupe 2, N = 16), était efficace pour améliorer la survie de 77 patients âgés fragiles hospitalisés pour COVID-19. Le groupe contrôle était constitué de participants n'ayant pas reçu de vitamine D (groupe 3, N = 32). La survie à J14 était, dans le groupe 1 de 93,1 %, dans le groupe 2 de 81,2 % (p = 0,33) et dans le groupe 3 de 68,7 % (p = 0,02). Le groupe 1, mais pas le groupe 2 (p = 0,40), était associé à un risque plus faible d'aggravation clinique par rapport au groupe 3 (OR 0,08, p = 0,03), suggérant ainsi l'absence d'effet d'une supplémentation au moment du diagnostic. Néanmoins, de fortes différences existaient entre les groupes : proportion de femmes, prescription de corticoïdes (respectivement 20,7 %, 12,5 % et 15,6 %), d'antibiotiques ou d'aérosols (respectivement 3,5 %, 12,5 % et 21,9 %), CRP à l'admission (respectivement 44,0, 69,0 et 59,0 mg/L).

La deuxième étude « quasi-expérimentale » de cette équipe, menée dans le cadre d'un EHPAD, repose sur la même méthodologie (avec des défauts de randomisation similaires). Les patients supplémentés semblaient avoir un meilleur taux de survie (mais plus de risque d'être hospitalisés, malgré la plus grande fréquence de prescription d'antibiotiques dans ce groupe).

(Edit du 15 février 2021 : Le 22 janvier 2021, un préprint a été publié présentant une étude randomisée menée dans les hôpitaux de Barcelone. Selon ce préprint, l'administration de vitamine D (calcifédiol) à l'admission en hôpital réduit considérablement le risque de décès (60 % de réduction, plus qu'aucun traitement évalué à ce jour) : 15 % de décès dans le groupe contrôle (57 sur 379 patients) et 6,5 % dans le groupe vitamine D (36 décès sur 551 patients, p=0,001). Cette étude est gravement biaisée car il ne s'agit pas de randomisation de patients, mais de randomisation de services hospitaliers (5 dans le groupe vitamine D, 3 dans le groupe contrôle). L'admission des patients dans ces services n'a, elle, pas été randomisée, avec pour conséquence un taux de base de vitamine D à l'admission significativement plus faible dans les services du groupe contrôle (témoignant d'un moins bon état général des patients en question). Cette randomisation « par grappes » (cluster randomization) exige des outils d'analyse statistique particuliers qui n'ont pas été utilisés ici. De la limite des préprints...)

(Edit du 18 février 2021 : Une étude randomisée (240 personnes hospitalisées pour une COVID-19 modérée à sévère) a comparé l'administration d'une dose unique de 200 000 UI de vitamine D ou d'un placebo, au moment de l'hospitalisation. Ces personnes n'étaients pas carencées (taux sanguin moyen de vitamine D à l'admission : 20,9 ng/ml). Aucune différence n'a été observée entre les 2 groupes (durée d'hospitalisation, admission en soins intensifs, intubation) malgré un doublement significatif du taux sanguin de vitamine D dans le groupe traitement.)

Reconnaissant la faiblesse de ces études, et pour tenter de combler le manque de données fiables, l'équipe du Pr C. Annweiler propose un essai randomisé contrôlé ouvert, COVIT-TRIAL, destiné à 260 personnes de plus de 65 ans atteintes de COVID-19 et présentant au moins un facteur de risque d'aggravation (plus de 75 ans, SpO2 <= 94 %, PaO2/FiO2 <= 300 mmHg). Ces patients seront randomisés pour recevoir soit un traitement de vitamine D à forte dose (400 000 UI à l'inclusion), soit un traitement standard (50 000 UI à l'inclusion). Le critère primaire d'efficacité sera la mortalité toutes causes à J14, avec un suivi de 28 jours.

La vitamine D protège-t-elle les patients admis en unité de soins intensifs ?
Les résultats des études précédentes peuvent être mis en regard de ce que l'on sait des effets d'une supplémentation massive (bolus) de vitamine D chez des patients admis en unité de soins intensifs (USI), toutes pathologies confondues. Deux essais randomisés contrôlés ont cherché à évaluer ces effets.
Le premier de ces essais a comparé à un placebo l'administration de 540 000 UI de vitamine D par voie orale dans les 12 heures suivant l'admission en USI (N = 1 078 patients avec un déficit en vitamine D, soit < 20 ng/mL). La mortalité à 90 jours a été similaire dans les deux groupes : 23,5 % dans le groupe vitamine D et 20,6 % dans le groupe placebo (p = 0,26). Aucune différence clinique importante n'a été signalée entre les deux groupes pendant l'hospitalisation.
Le second essai randomisé contrôlé (étude VITdAL-ICU) a étudié l'administration de 540 000 UI de vitamine D par voie orale à l'admission en USI (suivie de doses de maintien mensuelle de 90 000 UI pendant 5 mois) chez 249 patients en déficit de vitamine D (> 20 ng/mL) comparé à un placebo (chez 243 patients également en déficit). L'administration de vitamine D n'a pas réduit la durée des hospitalisations, ni la mortalité pendant l'hospitalisation, ni la mortalité à 6 mois.

Les recommandations des auteurs de la tribune sur l'usage de la vitamine D lors de diagnostic de COVID-19
Malgré la faiblesse des études interventionnelles dans le cadre de la COVID-19, et l'absence d'effets chez les patients admis en USI, les auteurs de la tribune de la Revue du Praticien recommandent l'usage de la vitamine D lors d'un diagnostic de COVID-19. Ils proposent « de prescrire chez l'adulte, en traitement adjuvant aux protocoles de traitements standards disponibles, une dose de charge de vitamine D dès le diagnostic de COVID-19, par exemple 100 000 UI de vitamine D3 per os (200 000 UI chez les patients obèses et/ou ayant d'autres facteurs de risque de gravité de COVID-19), à renouveler après une semaine ».

En conclusion, il semble que la recommandation de s'assurer, dans un but de prévention primaire de la COVID-19, que les valeurs sanguines de 25(OH)D soient alignées avec celles proposées par la HAS (20 ng/mL pour la population générale) ou le GRIO (30 ng/mL pour les personnes âgées) puisse être justifiée au vu des méta-analyses relatives à la prévention des infections respiratoires aiguës (à défaut du contexte particulier de la COVID-19).
À condition, comme l'indiquent ces méta-analyses, de privilégier, en cas de déficit avéré (moins de 20 ng/mL), une supplémentation quotidienne ou, éventuellement, hebdomadaire.
Néanmoins, le contrôle des taux sanguins de 25(OH)D, ainsi que celui des effets d'une supplémentation, se heurtent aux conditions de remboursement du dosage qui se limitent à six situations cliniques qui n'incluent pas la population générale.

Choisir un objectif plus élevé que 30 ng/mL, comme évoqué par la tribune de La Revue du Praticien (jusqu'à 60 ng/mL), ne semble pas justifié au vu des méta-analyses et pourrait exposer à un risque d'hypercalcémie ou de calculs urinaires (même si les données des essais randomisés de grande taille sur les infections respiratoires aiguës sont plutôt rassurantes).

Quant à la prescription de fortes doses de vitamine D chez les personnes souffrant de COVID-19, avec ou sans hospitalisation, aucune donnée de bonne qualité méthodologique ne la justifie à ce jour, ni pour prévenir les formes sévères, ni pour améliorer l'état de santé des personnes admises en unité de soins intensifs.

©vidal.fr

Pour aller plus loin

Les recommandations du GRIO relatives à la supplémentation en vitamine D
Souberbielle JC, Cormier C, Cavalier E et al. Vitamin D Supplementation in France in patients with or at risk for osteoporosis: Recent data and new practices. Joint Bone Spine. 2020 Jan;87(1):25-29.

L'avis de la Haute autorité de santé sur le dosage de la vitamine D
Utilité clinique du dosage de la vitamine D, Haute autorité de santé, janvier 2013

Les documents de l'Anses sur les apports en vitamine D
Vitamine D : pourquoi et comment assurer un apport suffisant ?, 18 janvier 2021
Confinement : Assurer un apport suffisant en vitamine D grâce à l'alimentation, 17 avril 2020

L'étude INCA 3 sur les habitudes alimentaires des Français
INCA 3 : Evolution des habitudes et modes de consommation, de nouveaux enjeux en matière de sécurité sanitaire et de nutrition. Anses, 2017

Sur l'épidémiologie du statut en vitamine D en France
Souberbielle JC. Épidémiologie du déficit en vitamine D. Geriatr Psychol Neuropsychiatr Vieil 2016; 14 (1):7-15.

Statut en vitamine D de la population adulte en France : l'Etude nationale nutrition santé (ENNS, 2006-2007), Santé Publique France, 2012

Les résultats de l'étude VITAL relatifs à la supplémentation en vitamine D
Manson JE, Cook NR, Lee IM et al. Vitamin D Supplements and Prevention of Cancer and Cardiovascular Disease. N Engl J Med 2019; 380:33-44

Sur le rôle de la vitamine D lors d'infection
Xu J, Yang J, Chen J et al. Vitamin D alleviates lipopolysaccharide-induced acute lung injury via regulation of the renin-angiotensin system. Mol Med Rep. 2017 Nov; 16(5): 7432–7438.

Bishop EL, Ismailova A, Dimeloe S, et al. Vitamin D and Immune Regulation: Antibacterial, Antiviral, Anti-Inflammatory. JBMR Plus. 2020 Aug 22;10.1002/jbm4.10405.

Des exemples d'études observationnelles sur la vitamine D dans la COVID-19
Hastie CE, Mackaya DF, Hoa F et al. Vitamin D concentrations and COVID-19 infection in UK Biobank. Diabetes & Metabolic Syndrome: Clinical Research & Reviews, Volume 14, Issue 4, July–August 2020, Pages 561-565

Ling SF, Broad E, Murphy R et al. High-Dose Cholecalciferol Booster Therapy is Associated with a Reduced Risk of Mortality in Patients with COVID-19: A Cross-Sectional Multi-Centre Observational Study. Nutrients 2020, 12(12), 3799

Hernandez JL, Nan D, Fernandez-Ayala M et al. Vitamin D Status in Hospitalized Patients with SARS-CoV-2 Infection. The Journal of Clinical Endocrinology & Metabolism, 27 octobre 2020

Mercola J, Grant WB & Wagner CL. Evidence Regarding Vitamin D and Risk of COVID-19 and Its Severity. Nutrients. 2020 Oct 31;12(11):3361.

Bergman P. The link between vitamin D and COVID?19: distinguishing facts from fiction. J Intern Med. 2020 Aug 5 : 10.1111

Meltzer DO, Best TJ, Zhang H et al. Association of Vitamin D Status and Other Clinical Characteristics With COVID-19 Test Results. JAMA Netw Open. 3 septembre 2020.

Rhodes, JM, Subramanian S, Laird E et al. Perspective: Vitamin D deficiency and COVID-19 severity – plausibly linked by latitude, ethnicity, impacts on cytokines, ACE2, and thrombosis (R1). J Intern Med. 2020 Jul 2 : 10.1111/joim.13149.

Les méta-analyses sur les effets de la vitamine D sur le risque d'infection respiratoire aiguë
Jolliffe DA, Griffiths CJ & Martineau AR. Vitamin D in the prevention of acute respiratory infection: systematic review of clinical studies. J Steroid Biochem Mol Biol. 2013 Jul;136:321-9.

Martineau AR, Jolliffe DA, Hooper RL et al. Vitamin D supplementation to prevent acute respiratory tract infections: systematic review and meta-analysis of individual participant data. BMJ. 2017; 356: i6583.

Jolliffe DA, Camargo CA, Sluyter JD et al. Vitamin D supplementation to prevent acute respiratory infections: systematic review and meta-analysis of aggregate data from randomised controlled trials. medRxiv, 14 juillet 2020

Les déclarations du Dr Anthony Fauci sur sa prise de vitamine D
Dr. Fauci says to take vitamin D if you're deficient - here's how to know, CNBC, 28 septembre 2020

L'appel du collectif #VitaminD4All
#VitaminD4All. Over 200 Scientists & Doctors Call For Increased Vitamin D Use To Combat COVID-19. 7 décembre 2020

Les recommandations irlandaises
McCartney M & Byrne DG. Optimisation of Vitamin D Status for Enhanced Immuno-protection Against Covid-19. Ir Med J; Vol 113; No. 4; P58

La fiche sur Vitamine D et COVID-19 des NIH
Vitamin D. NIH, 17 juillet 2020

L'avis de la Société française de pharmacologie et de thérapeutique
La vitamine D est-elle efficace pour prévenir ou traiter la COVID-19 ?, SFPT, 2 décembre 2020

La revue de littérature des Hôpitaux universitaires de Genève (HUG)
Terrier J & Samer C. Vitamine D et COVID-19: évaluation pharmacologique. Service de pharmacologie et toxicologie cliniques, Département de médecine aiguë, 23 novembre 2020

Le communiqué de presse des signataires de l'article de La Revue du Praticien
Covid-19 : 73 experts autour du Pr Annweiler pour supplémenter les Français en vitamine D. 18 janvier 2021

La tribune de La Revue du Praticien
Annweiler C, Souberbielle JC et al. Effet bénéfique de la vitamine D dans la Covid : quelles sont les données ?, La Revue du Praticien, 18 janvier 2021

Le communiqué de l'Académie nationale de médecine
Vitamine D et Covid-19, Académie nationale de médecine, 22 mai 2020

Les quatre études d'intervention
Rastogi A, Bhansali A, Khare N et al. Short term, high-dose vitamin D supplementation for COVID-19 disease: a randomised, placebo-controlled, study (SHADE study), Postgraduate medical journal, 11 novembre 2020

Entrenas Castillo M, Entrenas Castillo LM, Vaquero Barriosa JM et al. Effect of calcifediol treatment and best available therapy versus best available therapy on intensive care unit admission and mortality among patients hospitalized for COVID-19: A pilot randomized clinical study. The Journal of Steroid Biochemistry and Molecular Biology, Volume 203, October 2020

Annweiler G, Corvasier M, Gautier J et al. Vitamin D Supplementation Associated to Better Survival in Hospitalized Frail Elderly COVID-19 Patients: The GERIA-COVID Quasi-Experimental Study. Nutrients 2020, 12(11), 3377

Annweiler C, Hanotte B, Grandin de l'Eprevier C et al. Vitamin D and survival in COVID-19 patients: A quasi-experimental study. J Steroid Biochem Mol Biol. 2020 Nov;204:105771.

L'essai COVIT-TRIAL
Annweiler C, Beaudenon M, Gautier J et al. Covid-19 and high-dose VITamin D supplementation TRIAL in high-risk older patients (COVIT-TRIAL): study protocol for a randomized controlled trial. Trials volume 21, Article number: 1031 (2020)

Les deux études sur l'administration d'un bolus de vitamine D aux patients carencés admis en soins de réanimation
Amrein K, Schnedl C, Holl A et al. Effect of high-dose vitamin D3 on hospital length of stay in critically ill patients with vitamin D deficiency: the VITdAL-ICU randomized clinical trial. JAMA 2014 Oct 15;312(15):1520-30.

National Heart, Lung, and Blood Institute, Ginde AA,Brower Rg et al. Early High-Dose Vitamin D 3 for Critically Ill, Vitamin D-Deficient Patients N Engl J Med. 2019 Dec 26;381(26):2529-2540.

Les conditions de prise en charge du dosage de la vitamine D
Dosage de la vitamine D - Conditions de prise en charge par l'Assurance Maladie, septembre 2014

 

Sources : VIDAL

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