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La pharmacovigilance des vaccins contre la COVID-19

- Date de publication : 22 Décembre 2020
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À plus d'un titre, les vaccins ne sont pas des médicaments comme les autres. Et ceux contre la COVID-19 encore plus. Quels sont les différents types de vaccins ? Comment sont-ils développés, étudiés, évalués, surveillés ? Autant de questions qui méritent que l'on s'attarde sur le fonctionnement de la pharmacovigilance des vaccins en général, et de ceux contre la COVID-19 en particulier. Explications avec l'aide du Dr Annie-Pierre Joinville-Béra, responsable du Centre régional de pharmacovigilance de Tours.
Des vaccins sous haute surveillance (illustration).

Des vaccins sous haute surveillance (illustration).


L'arrivée à grand renfort médiatique de vaccins contre la COVID-19, dont l'efficacité est spectaculaire, est l'occasion de rappeler quelques particularités concernant la façon dont on évalue les vaccins et dont on surveille leurs effets indésirables.

Le vaccin est un médicament particulier
Le vaccin est un médicament particulier (1)
, d'une part car il s'adresse habituellement à des sujets en bonne santé et, d'autre part, parce que son bénéfice individuel est hypothétique et différé, alors que son risque est souvent immédiat. Cependant, dans le contexte de la pandémie actuelle, le bénéfice attendu du vaccin contre la COVID-19 sera individuel et rapide puisqu'on en attend l'absence de survenue de l'infection dans un délai court.

Les vaccins sont composés de substances capables de stimuler la production d'anticorps. On en distingue plusieurs types :
  • les vaccins vivants atténués (BCG, rougeole, oreillons, rubéole, varicelle), constitués de germes vivants (virus, bactérie) qui ont été modifiés pour perdre leur pouvoir infectieux, tout en gardant leur capacité à induire une protection ;
  • les vaccins inactivés constitué soit des fragments (paroi ou toxine) de l'agent infectieux (poliomyélite, grippe, hépatite A), soit de la totalité de l'agent infectieux inactivé (leptospirose, rage) ;
  • les vaccins dits recombinants sont produits par génie génétique :  une cellule animale ou une levure sont utilisées pour produire l'antigène vaccinal. Ils ne comportent que des fractions antigéniques : anatoxine (coquelucheux acellulaire, diphtérie, tétanos) ; polyoside conjugué ou non (Haemophilus influenzae B, typhoïde, méningocoques A, C, Y, W, pneumocoque) ; autres protéines (hépatite B, papillomavirus, méningocoque B). S'en rapproche le vaccin ChAdOx1-nCoV19 (AZD1222) d'Oxford-AstraZeneca, qui utilise l'adénovirus du chimpanzé ;
  • les vaccins à ARN messager (ARNm) ont été récemment popularisés par certains vaccins anti-COVID-19 (Pfizer/BioNTech, Moderna). Le vaccin de Pfizer/BioNTech, BNT162b2, contient les instructions génétiques (ARNm) pour produire la protéine spike, protéine de surface du virus que ce dernier utilise pour entrer dans la cellule et l'infecter. Grâce à ces instructions génétiques, l'injection vaccinale entraîne la fabrication de protéines spike auxquelles le système immunitaire du vacciné va réagir via des anticorps et des lymphocytes T. L'ARNm ne pénétrant pas dans les noyaux, ne risque pas de s'intégrer dans le génome.
Des adjuvants entrent également dans la composition de certains vaccins pour augmenter la réponse immunitaire, tandis que des conservateurs et des stabilisants peuvent être utilisés pour maintenir la qualité des vaccins.

Comment est développé un vaccin ?
Le développement d'un vaccin suit les étapes chronologiques de tout médicament, mais, à la différence des autres médicaments, les études ne se font que chez des sujets sains.
Les premières études sont réalisées chez l'animal (étape préclinique), en utilisant la même voie d'administration que celle qui sera employée chez l'homme. Leur objectif est de déterminer les doses optimales, de vérifier, aux doses utilisées, la tolérance et le pouvoir immunogène. Cette étape inclut l'étude des fœtus d'animaux femelles exposés.
Le développement chez l'homme (études cliniques) commence si les résultats précliniques sont favorables. Il se déroule en quatre phases, l'autorisation de mise sur le marché (AMM) étant demandée en fin de phase III. Les études des phases I et II évaluent notamment le pouvoir immunogène du vaccin (pharmacocinétique des anticorps, par exemple), la tolérance avec différentes doses et l'interaction avec d'autres vaccins. Le schéma de vaccination (dose, rythme d'administration), qui est évalué en phase III, est ainsi établi. La phase III est celle des grands essais et la phase IV celle du post-AMM et donc ciblée sur la tolérance vaccinale.

 
  • Les études de phase III visent à établir sur une population plus large (plusieurs milliers de personnes), l'efficacité vaccinale (qualité de la protection) et la tolérance, en suivant une méthodologie identique et incontournable, commune à tous les médicaments : il s'agit d'essais comparatifs (un groupe reçoit le candidat vaccin et un groupe reçoit, soit un placebo, soit un vaccin de référence), randomisés (le tirage au sort attribue le candidat vaccin ou son comparateur), en double aveugle (ni le médecin, ni le sujet ne connaissent le produit reçu).
Ce trépied méthodologique permet seul d'affirmer que les différences observées (en efficacité et/ou en tolérance) entre les deux groupes sont bien dues au vaccin.

L'efficacité vaccinale est en général mesurée par le pourcentage de sujets ayant une montée des anticorps dont on considère qu'ils seront protecteurs en cas de rencontre avec la maladie visée par le vaccin. Ce n'est donc le plus souvent que bien après sa commercialisation que l'on disposera du critère clinique d'efficacité (diminution ou non de l'incidence la maladie que le vaccin est censé prévenir).

Les effectifs de ces essais sont suffisants pour affirmer que des effets indésirables de survenue précoce et d'incidence relativement élevée (réactions locales ou fièvre post-vaccinales) sont liés au vaccin.

En revanche, les effectifs et la durée du suivi de ces essais sont insuffisants pour identifier les effets rares (<1/1 000) ou retardés du vaccin. Cependant, une répartition différente entre les groupes (vaccin et comparateur) de certains effets indésirables sans atteindre une signification statistique, constitue, compte tenu du caractère randomisé et en double aveugle, un signal qui devra être particulièrement surveillé en post-AMM (plan de gestion de risque).

 
  • À la fin de ces 3 phases, l'autorisation de mise sur le marché (AMM) est octroyée lorsque les autorités sanitaires (l'Agence européenne du médicament [EMA] et l'agence nationale de sécurité des médicaments et des produits de santé [ANSM]), considèrent que l'efficacité du candidat vaccin est suffisante et qu'il n'existe pas de signaux pouvant suggérer un risque d'effets secondaires graves.
  • Les vaccins étant des médicaments sensibles (matières premières d'origine biologique et processus complexe soumis à variabilité), leurs conditions de mise sur le marché sont renforcées via un contrôle de libération de chaque lot par l'ANSM, en parallèle du contrôle effectué par le fabricant. L'ANSM définit également l'information pour les professionnels de santé (résumé des caractéristiques du produit [RCP]) et pour le public (notice incluse dans le conditionnement du vaccin).

Le rôle de la Haute Autorité de Santé
En France, dès que le vaccin a obtenu une AMM, le fabricant soumet le dossier à la Haute Autorité de Santé (HAS) pour obtenir une prise en charge par la solidarité nationale (taux de remboursement entre 0 et 65 %) et participe à la fixation de son prix par le Comité économique des produits de santé (CEPS).
Par ailleurs, en ce qui concerne les vaccins, la HAS a pour mission de « participer à l'élaboration de la politique de vaccination et à émettre des recommandations vaccinales, y compris dans des situations d'urgence, à la demande du ministre chargé de la Santé, en fonction des données épidémiologiques, d'études sur les bénéfices et risques de la vaccination et de l'absence de vaccination aux niveaux individuel et collectif et d'études médico-économiques » (2).


Les particularités des procédures d'évaluation des vaccins anti-COVID-19
  • Indiscutablement, le développement des vaccins contre la COVID-19 a été extrêmement rapide, sans doute comme cela n'a jamais été vu avec un autre médicament, mais les standards de l'évaluation en matière de qualité pharmaceutique, de sécurité et d'efficacité ont été respectés du moins dans les dossiers disponibles (Pfizer/BioNTech, Moderna). Ainsi, les essais cliniques de deux candidats vaccins (AstraZeneca et Johnson & Johnson) ont dû être temporairement suspendus en raison d'un événement indésirable et leur reprise n'a été faite qu'après que les autorités de santé ont confirmé l'absence de risque pour les participants.
  • Compte tenu de l'incidence de la COVID-19, le critère principal d'efficacité dans les essais de phase III des vaccins anti-COVID-19 est clinique (développement ou pas de la maladie), donc beaucoup plus robuste que le critère biologique de la réponse immunitaire, également évalué avec les vaccins COVID-19.
  • Compte tenu du caractère randomisé et en double aveugle, une répartition différente entre les groupes (vaccin et comparateur), de certains événements (par exemple, paralysie faciale avec les vaccins à ARNm), sans atteindre une signification statistique, peut être un signal qui sera sûrement particulièrement surveillé en post-AMM.
  • Indiscutablement, l'évaluation de ces vaccins par les autorités est accélérée en raison de l'urgence sanitaire, mais respectera les critères usuels de qualité, efficacité et de sécurité. Ainsi, le délai standard pour l'évaluation d'un médicament par l'EMA est de 210 jours maximum après demande d'AMM, alors qu'elle sera de 1 mois pour le vaccin Pfizer-BioNTech et de 1,5 mois pour le vaccin Moderna). Ce délai très raccourci n'est possible que parce que l'EMA a été destinataire de certaines données dès qu'elles étaient disponibles (qualité des vaccins, résultats de laboratoire, données préliminaires d'efficacité et tolérance). Un groupe d'intervention spécifique (task force), soit un réseau d'experts européens des différentes agences de régulation des médicaments, a facilité la rapidité de ces évaluations.
  • Indiscutablement, la délivrance de ces vaccins est accélérée (moins d'une semaine entre l'AMM du vaccin de Pfizer-BioNTech et les premières injections au Royaume-Uni), les laboratoires ayant pris le risque de produire ces vaccins en grande quantité avant même d'obtenir le feu vert des autorités sanitaires.
  • Le rapport d'évaluation des vaccins contre la COVID-19 sera accessible à tous (délai de 2 semaines), comme pour tous les médicaments autorisés par l'EMA, mais plus rapidement (le jour de l'AMM) pour les vaccins anti-COVID-19 (cf. notre article du 8 octobre 2020 sur les essais de phase III en cours).
  • La décision d'AMM des vaccins contre la COVID-19, sera valide en même temps dans tous les pays de l'Union européenne (3) et sera conditionnelle, c'est-à-dire assortie d'exigences d'un suivi post-AMM d'efficacité et de sécurité. Sera particulièrement étudiée au cours du suivi, l'efficacité dans certaines sous-populations exclues des essais de phase III (immunodéprimés, allergiques, par exemple).
  • Le rôle de la HAS est aussi bien particulier dans le contexte de l'épidémie de COVID-19 puisque les avis de la HAS ne porteront pas sur le niveau de sa prise en charge ni sur le prix du vaccin, mais essentiellement sur les priorités des personnes à vacciner (4).

Surveillance de la tolérance des vaccins après l'AMM, en situation habituelle
Ce n'est qu'après la mise sur le marché, alors que le vaccin est largement prescrit, que pourront être observés les effets indésirables rares. On comprend dès lors l'importance de la pharmacovigilance, indispensable pour assurer la sécurité d'emploi des médicaments en vie réelle (5).
  • La surveillance des effets secondaires est déléguée aux pays qui doivent analyser et faire remonter les informations recueillies sur leur territoire. Elle est structurée au plan régional (Centres régionaux de pharmacovigilance [CRPV]), national (Agence Nationale de Sécurité des Médicaments [ANSM]), européen (European Medecines Agency [EMA] et comité pour l'évaluation des risques en matière de pharmacovigilance [PRAC pour Pharmacovigilance Risk Assessment Committee]) et international via une collaboration avec l'OMS.
  • Les fabricants sont tenus de fournir aux autorités européennes des rapports périodiques actualisés de sécurité (Periodic Safety Update Reports [PSURs]) de leur vaccin (effets indésirables signalés ou décrits dans les revues scientifiques, attention particulière aux femmes enceintes et au non-respect du schéma vaccinal, etc.) tous les six mois pendant les premières années suivant l'AMM et, bien évidemment, de poursuivre des études d'efficacité et de tolérance
  • Le réseau des 31 centres régionaux de pharmacovigilance (CRPV), installés au sein de CHU et dirigés par des pharmacologues, assurent, indépendamment des firmes pharmaceutiques, la surveillance des médicaments en post-AMM. Ils reçoivent et analysent les notifications spontanées d'événements indésirables confirmés ou suspectés en lien avec le vaccin (voir Encadré 1). Ces centres analysent tous les effets indésirables notifiés suivant une méthodologie qui établit l'importance de la relation entre chaque médicament pris par le patient et l'effet indésirable (imputabilité) et déterminent s'il s'agit d'un signal potentiel en fonction de la nouveauté et de la gravité de l'effet indésirable.
 
 Encadré 1. Qu'est-ce que la notification spontanée ? 
La notification spontanée est la déclaration au Centre régional de pharmacovigilance (CRPV), par les professionnels de santé ainsi que par les patients et les associations de malades, des effets indésirables confirmés ou suspectés, ou de toute autre situation particulière en lien avec le vaccin (erreurs, mésusage, inefficacité, etc.). Pour les usagers, cette déclaration peut se faire grâce à un formulaire adapté en quelques clics (signalement-sante.gouv.fr).
  • La déclaration par les professionnels de santé est obligatoire si l'effet est grave (médicalement significatif, provoquant ou prolongeant l'hospitalisation, susceptibles de mettre la vie en danger, entraînant une invalidité, une incapacité ou le décès) ou nouveau (non mentionné dans le RCP). La déclaration, est adressée au CRPV dont dépend géographiquement le notificateur (il existe 31 CRPV, implantés dans des services de pharmacologie de CHU), directement ou via le portail de signalement des événements sanitaires indésirables du ministère chargé de la Santé.
  • Le CRPV analyse l'effet indésirable suivant une méthodologie qui établit l'importance de la relation entre chaque médicament pris par le patient (et pas seulement celui a priori suspect) et l'effet indésirable. Cette « imputabilité » (chronologie des événements, sémiologie de l'effet indésirable, résultats des examens de laboratoire appropriés) est une démarche objective, fondée sur un raisonnement logique, qui nécessite un dialogue entre le clinicien et le médecin de pharmacovigilance.
    • La relation temporelle entre le vaccin et l'effet indésirable (imputabilité chronologique) est difficile à établir lorsque l'événement survient très à distance de l'administration vaccinale. La récidive lors d'une nouvelle administration est analysée en tenant compte du type de vaccin réadministré (même vaccin ou suppression de certaines valences).
    • La « séméiologie » de l'événement indésirable (imputabilité sémiologique) est évocatrice du rôle du vaccin en cas de réaction locale au point d'injection ou lorsque la réaction simule la maladie s'il s'agit d'un vaccin vivant atténué (par exemple : parotidite ou syndrome méningé avec le vaccin anti-ourlien ; éruption ou conjonctivite après le vaccin antirougeoleux). La détermination de la souche virale est alors un élément important pour différencier une réaction post-vaccinale après un vaccin vivant atténué, d'une infection due au virus sauvage.
    • Enfin, la description de cas analogues dans la littérature (imputabilité bibliographique) conforte le rôle du vaccin, mais son absence ne l'exclut pas.

Après avoir évaluer l'imputabilité, l'observation est saisie dans la banque de données nationales de pharmacovigilance, selon un format comportant des renseignements obligatoires constituant un deuxième contrôle de qualité. Elle est ensuite intégrée dans la base de données européenne (EudraVigilance) et dans la base de l'OMS (VigiLyze).
  • Les informations obtenues par la notification spontanée sont différentes de celles des événements indésirables observés au cours des essais de phase III.
    • Les essais de phase III, fournissent une comparaison de la fréquence de symptômes « indésirables » dans les groupes vaccin et placebo. La force de ces données est qu'elles permettent, en cas de différence statistiquement significative entre les groupes, d'établir un lien de causalité entre l'événement indésirable et le médicament. Les faiblesses sont, d'une part que les effets rares ne sont pas identifiables (par exemple, narcolepsie identifiée par la notification spontanée avec le vaccin H1N1, non signalée dans les essais) et que la présentation en listing des symptômes empêche parfois d'identifier une maladie.
    • La notification spontanée, ne permet pas d'établir un lien de causalité entre l'événement indésirable et le médicament. En revanche, à travers le dialogue entre le clinicien, qui observe un événement, et le médecin pharmacologue du CRPV, elle permet d'établir un diagnostic précis et l'imputabilité du médicament. Enfin, elle participe à l'identification d'effets retardés, puisque tous les événements notifiés en post-AMM sont analysés quel que soit le délai.

 
 
  • En cas d'événements indésirables graves ou inattendus (signal), le cas est rapidement transmis à l'ANSM qui peut décider d'ouvrir une enquête de pharmacovigilance et/ou mettre en place des études pharmaco-épidémiologiques (voir encadré 2) et de transmettre ce signal à l'EMA.
Encadré 2. Méthodologie des études pharmaco-épidémiologiques
Les études de pharmaco-épidémiologie s'appuient sur des méthodologies spécifiques, qui ont pour objectif de confirmer une association entre l'exposition à un vaccin et la survenue d'un effet indésirable, et d'estimer la force de l'association. Elles sont entreprises en cas de signal de tolérance généré par la notification spontanée en post-AMM. Elles utilisent de larges populations, en s'appuyant sur des bases de données (Assurance-maladie, consultations, hospitalisations). Elles ne permettent pas d'affirmer une relation causale entre le vaccin et l'effet indésirable que seuls permettent les essais randomisés.
  • Les cohortes étudient la fréquence d'un ou plusieurs « événements indésirables » chez des sujets vaccinés et chez des sujets non vaccinés.
  • Les études cas/témoin comparent l'exposition au vaccin dans un groupe de sujets ayant eu un événement indésirable (les cas) et un autre groupe, aussi comparable que possible, de sujets n'ayant pas eu cet effet indésirable (les témoins). La comparabilité des groupes est améliorée par un appariement sur les facteurs de risque connus de l'effet indésirable. Les études cas/témoin sont particulièrement adaptées lorsqu'un signal de tolérance « observé » mérite d'être confirmé ou infirmé parce qu'il est grave, rare ou qu'il se manifeste à distance de l'acte vaccinal.
  • Les études cas « attendus/observés » comparent le nombre d'effets indésirables enregistrés dans une population à celui attendu dans la même population en l'absence de vaccin.
  • Le registre est un recueil systématique de tous les cas d'un événement donné (l'effet indésirable) dans une zone géographique déterminée. Il décèle les modifications de fréquence d'une pathologie et les compare à la date d'introduction du vaccin.

Dans un second temps, si le signal se confirme, des mesures de réduction des risques peuvent être décidées dans le respect des procédures européennes et nationales applicables (modifications du RCP, inscription sur une liste de prescriptions particulières, voire suspension ou retrait de l'AMM).

Rapidité de détection du signal dans le cadre du dispositif renforcé de surveillance des vaccins contre la COVID-19 (6)
Les fabricants seront tenus de fournir les PSURs de leur vaccin chaque mois, au lieu de tous les six mois pour les autres vaccins.
  • L'ANSM a mis en place une surveillance renforcée sur le territoire français, qui s'intègre dans le plan de gestion des risques coordonné par l'EMA. Ce suivi repose sur la stimulation de la déclaration des effets indésirables et l'analyse des signaux en temps réel.
  • La déclaration des effets indésirables sera renforcée par rapport au fonctionnement habituel par les démarches suivantes :
    • la demande faite aux personnes qui vaccinent de saisir les réactions post-vaccinales immédiates sur le portail de l'ANSM (signalement.social-sante.gouv) ;
    •  l'envoi d'un SMS au sujet vacciné dans les 7 jours suivant la vaccination lui demandant de saisir d'éventuelles manifestations graves sur le même portail ;
    • l'enregistrement exhaustif, dans une vingtaine d'Ehpad, de tous les effets indésirables graves post-vaccinaux (étude en collaboration avec les agences régionales de santé [ARS]).

Pour éviter d'engorger le système de pharmacovigilance par un afflux de signalements de manifestations bénignes et bien identifiées dans les essais, il sera demandé de ne rapporter que les effets graves (ayant nécessité une consultation médicale ou une hospitalisation).
  • La détection du signal sera, elle aussi, renforcée par la transmission le jour même à l'ANSM et au CRPV rapporteurs (deux pour chacun des vaccins) de tout effet grave qui pourrait constituer un signal. Ces CRPV rapporteurs établiront une synthèse hebdomadaire des cas saisis dans la base de pharmacovigilances issues des CRPV et de l'industriel. Afin d'identifier ou de confirmer des signaux de sécurité, ces rapports seront discutés au sein d'un comité de suivi de l'ANSM, réuni de façon hebdomadaire, avec notamment des représentants des CRPV et de l'ANSM. Ces données pourront également être croisées avec celles émanant d'essais cliniques, de la veille documentaire et de la veille statistique de la base nationale de pharmacovigilance. Ces synthèses hebdomadaires seront rendues publiques par l'ANSM.

Constitution de cohortes dans le cadre du dispositif renforcé de surveillance des vaccins contre la COVID-19
  • Le Groupement d'Intérêt Scientifique EPI-PHARE (7), constitué par l'ANSM et la CNAM fournit des informations individuelles sur les consommations de soins (Système national d'information inter-régimes de l'Assurance - maladie [SNIIRAM]) et les hospitalisations (programme de médicalisation des systèmes d'information [PMSI]) de la quasi-totalité de la population française. Seront notamment utilisées des informations sur la vaccination (date, dose, lieu de vaccination, etc.), les caractéristiques des personnes vaccinées (âge, sexe, pathologies, etc.) et la survenue éventuelle d'événements graves après la vaccination (par exemple, une hospitalisation). Les informations issues de ces études fondées sur une approche populationnelle comparative seront complémentaires de celles obtenues par le système de pharmacovigilance.
  • L'Inserm, avec l'appui du réseau REACTing, de Santé publique France, des CHU et du Collège national des généralistes enseignants, a lancé une plateforme d'évaluation clinique des candidats vaccins contre la COVID-19, baptisée CoviReivac (8). Cette plateforme ambitionne, en particulier, d'obtenir des données sur la sécurité des vaccins contre la COVID-19, en collaboration avec des réseaux de médecins généralistes et l'ANSM. Elle prévoit de s'intéresser particulièrement aux personnes âgées étudiées en vie réelle.
  • La cohorte Constances (9), pilotée par la CNAM et l'Inserm, est constituée d'un échantillon représentatif des affiliés du régime général, âgés de 18 à 69 ans à l'inclusion. Dans ce cadre, il a été développé un programme de recherche sur la COVID-19 dont l'un prévoit d'étudier, en vie réelle, 200 000 sujets vaccinés et les éventuels événements indésirables.

Ce sont sûrement ces cohortes, notamment EPI-PHARE, qui seront sollicitées pour le suivi à long terme des personnes vaccinées et identifier d'éventuels effets rares et retardés puisqu'il est prévu que le suivi de sécurité soit de 2 ans. 

Partage des données européennes, dans le cadre du dispositif renforcé de surveillance des vaccins contre la COVID-19
  • La surveillance se fera en lien avec l'Agence européenne du médicament (EMA) via le PRAC (Pharmacovigilance Risk Assessment Committee) et son portail de déclaration des effets indésirables, EudraVigilance (10). Ainsi, dans le cas d'un signal détecté en France ou à l'international, les autorités compétentes des États membres de la Communauté européenne s'informeront mutuellement, afin de prendre des dispositions concertées.
  • De plus, l'EMA a mis en place un projet ACCESS (vACcine Covid-19 monitoring readinESS) avec le réseau des 22 centres européens de pharmaco-épidémiologie et pharmacovigilance, coordonné par l'université d'Utrecht, pour "monitorer" les effets indésirables dits d'intérêt des vaccins contre la COVID-19, en vie réelle.
  • L'EMA partagera également les données sur les vaccins COVID-19 au niveau international avec l'ICMRA (International Coalition of Medicines Regulatory Authorities) (11)

Vaccin COVID-19 : transparence et communication
La France est classée dans les études internationales comme le pays du paradoxe : une confiance quasi aveugle en son corps soignant et une défiance à l'égard des vaccins tout aussi importante. De fait, la proportion de Français déclarant qu'ils se feront certainement vacciner contre le SRAS-CoV-2 ne cesse de diminuer depuis le mois de mai. En novembre 2020, selon Santé publique France seule la moitié des personnes interrogées (53 %) répondait vouloir « certainement ou probablement » se faire vacciner contre la COVID-19.
Pour contrer cette méfiance, les autorités politiques et scientifiques ont lancé des appels réitérés à la « transparence » dans l'élaboration de la campagne de vaccination contre la COVID-19.
  • L'ANSM s'est engagée à rendre publique la synthèse hebdomadaire des données collectées par les CRPV via un site dédié.
  • Santé publique France devra communiquer sur le vaccin contre la COVID-19, en termes d'efficacité et de tolérance en vie réelle.
  • Le site grand public Pharmacovid, créé par la Société Française de Pharmacologie et de Thérapeutique, qui répond aux questions sur le médicament dans le cadre notamment de l'épidémie COVID-19, devrait participer à réduire la méfiance des Français à l'égard des vaccins (12).

En conclusion, la méthodologie d'étude de la tolérance des vaccins s'appuie sur une identification de signal par la notification spontanée d'événements indésirables, confirmée ou non par des études pharmaco-épidémiologiques.
Au-delà de cette surveillance des médicaments après leur mise sur le marché, la pharmacovigilance des vaccins contre la COVID-19 bénéficiera d'un suivi renforcé, tant par les structures nationales qu'européennes. À ce jour, nul ne peut savoir si les effets d'intérêt rares observés dans les essais seront confirmés en vraie vie et tout le monde en ignore les éventuels effets à long terme, mais tout semble en place pour les capter rapidement.


©vidal.fr

Pour en savoir plus
  1. L'ANSM et les vaccins.
  2. Article 4 de la loi n° 2017-220 du 23 février 2017.
  3. ANSM. COVID-19-Vaccins.
  4. HAS. 1/ Stratégie vaccinale contre la Covid-19 – Avis n° 3/2020 du conseil pour l'engagement des usagers Validée par le Collège le 5 novembre 2020. 2/ Stratégie vaccinale contre la Covid-19. Stratégie de déploiement des vaccins disponibles. Validée par le Collège le 23 juillet 2020. 3/ Vaccination contre la Covid-19 : la HAS précise ses recommandations sur la priorisation des publics cibles. Mis en ligne le 18 décembre. 2020.
  5. ANSM. Organisation de la pharmacovigilance européenne
  6. L'ANSM mobilisée.
  7. EPI-PHARE.
  8. CoviReivac.
  9. Cohorte Constances.
  10. EMEA. EudraVigilance.
  11. nternational Coalition of Medicines Regulatory Authorities.
  12. Société française de pharmacologie et de thérapeutique. Réponses d'experts à vos questions sur le COVID-19.

Sources : VIDAL

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