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Dénutrition et COVID-19 : des troubles qui peuvent persister

- Date de publication : 19 Novembre 2020
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À l'occasion de la semaine nationale de la dénutrition, organisée par le Collectif de lutte contre la dénutrition, une conférence interactive a permis de mieux comprendre la relation COVID-19 - dénutrition, notamment chez le sujet âgé. L'infection par le SARS-CoV-2 peut en effet induire des symptômes favorisant cette dénutrition du début de la maladie, pendant l'hospitalisation, puis la phase de convalescence. Une vigilance particulière des professionnels de santé doit permettre une prise en charge aux différentes phases de la maladie.


Dans le cadre de la semaine nationale de la dénutrition, qui a eu lieu du 12 au 19 novembre 2020, Marie-France Vaillant, diététicienne-nutritionniste au CHU de Grenoble, a présenté les résultats de l'enquête NutriCovid30 dont elle était la coordinatrice.
Cette étude prospective, observationnelle et longitudinale a été menée dans 11 établissements de santé français, au cours de laquelle 403 patients, ayant été hospitalisés entre mars et juin 2020 pour COVID-19, ont été appelés par téléphone 30 jours après le retour à leur domicile.
Ces patients (63 % d'hommes et 37 % de femmes) avaient un âge médian de 62 ans, c'est-à-dire que la moitié avaient moins de 62 ans et l'autre moitié plus de 62 ans, mais avec un écart d'âge important (22 à 97 ans). La durée médiane du séjour hospitalier avait été de 13 jours, mais, là encore, avec des différences notables (de 1 à 97 jours), 1 patient sur 3 ayant été pris en charge en réanimation.

Près de 7 patients hospitalisés sur 10 sont dénutris
En dehors des symptômes d'alerte connus de COVID-19, les signes orodigestifs ont été particulièrement fréquents :
  • 58 à 78 % des patients ont déclaré une perte d'appétit, des troubles digestifs, et notamment, une diarrhée, des modifications du goût et de l'odorat ;
  • 19 à 47 % ont mentionné des aversions alimentaires, des douleurs buccales, des nausées et/ou des vomissements, des difficultés à la déglutition ou pour boire.

En moyenne, la perte de poids a été de 8 %. Au cours de leur hospitalisation, 67 % des malades présentaient tous les critères de dénutrition.
Face à cela, des actions adaptées sont possibles, en tenant compte :
  • du niveau de risque des patients (ceux qui ont eu des troubles alimentaires au début de leur maladie, les obèses, les diabétiques, etc.) ;
  • des conditions préalables limitant la prise alimentaire (isolement, difficulté à faire les courses, etc.),
  • des symptômes rendant l'alimentation difficile.

En pratique, la fièvre doit faire augmenter les apports hydriques ; les difficultés liées aux troubles respiratoires, qui fatiguent les malades, peuvent bénéficier de la fragmentation de l'alimentation proposée en petits volumes ; pour les troubles du goût les difficultés à avaler, l'adaptation des textures fait partie des solutions à envisager.
La mise en évidence d'une dénutrition nécessite l'intervention d'un diététicien ou d'un médecin, de façon à enrichir l'alimentation et de prescrire des compléments nutritionnels oraux.

Un mois après le retour à domicile, 1 malade sur 4 a toujours des difficultés à s'alimenter
Une extrême fatigue, une toux ou des difficultés respiratoires, des douleurs persistant 1 mois après le retour à domicile ont été rapportées par 24 à 39 % des personnes interrogées.
Sur le plan nutritionnel, bon nombre de symptômes (perte d'appétit, modification du goût et de l'odorat, nausées/vomissements, difficultés à avaler et à boire, douleurs buccales) ont de même été signalés par 10 à 22 % des patients.
Globalement, 1 mois après la sortie de l'hôpital, 47 % des malades étaient encore dénutris. Là encore, des stratégies nutritionnelles, comme le fractionnement des repas, peuvent permettre de limiter ces difficultés alimentaires et in fine la perte de poids.

Le paradoxe du confinement
Un accent a aussi été mis sur le « paradoxe » des messages nutritionnels adressés lors du confinement, ce qui a pu être une source de confusion pour les patients. Il est en effet capital de penser systématiquement à la dénutrition due à la COVID-19, alors que les médias ont surtout alerté sur le risque de prise de poids. De ce fait, certains malades s'estimaient contents d'avoir maigri du fait de leur infection, alors qu'ils étaient en réalité dénutris.
Pour conclure ce chapitre, Marie-France Vaillant a résumé les résultats de l'enquête au moyen de quelques messages-clés :
  • la dénutrition touche les personnes de tous âges ;
  • ce risque est très important (4 personnes sur 10 à 1 mois) ;
  • il ne faut pas minimiser une perte de poids rapide ;
  • en particulier chez les sujets à risque (âgés, diabétiques, obèses, etc.).

L'importance du dépistage de la sarcopénie chez le sujet âgé
Le Dr Samuel Sanchez, gériatre-nutritionniste à Paris (hôpital Bichat), s'est penché plus spécifiquement sur les problématiques des sujets âgés.
Il a notamment insisté sur le fait que la dénutrition était une vraie maladie, qui influence le pronostic, et que l'infection par le SARS-CoV-2 provoquait une augmentation importante des besoins en énergie du fait d'un hypercatabolisme faisant le lit d'une fonte musculaire. De plus, une période même courte d'alitement et d'immobilisation peut conduire à aggraver cette perte musculaire.
Avant la sortie de l'hôpital, une consultation diététique, parfois associée à un suivi téléphonique, peut être mise en place. Au domicile, la prescription de compléments nutritionnels peut être utile. Le suivi du poids, une fois par semaine, par le patient, est aussi préconisé, de même que la réévaluation à un mois par le médecin traitant. Le dépistage de la sarcopénie après une COVID-19 peut être réalisé, soit par un questionnaire rapide, soit, plus simplement, en appréciant la force musculaire (5 levers de chaise, par exemple) et les performances physiques (vitesse de marche, équilibre). Ces données peuvent alors servir d'éléments de base pour remettre en place une activité physique adaptée.

Sujet âgé confiné : une vigilance spécifique
Un point particulier est le cas des personnes âgées confinées à leur domicile, pour lesquelles il faut s'assurer de la continuité des systèmes d'aide, du respect de mesures barrières renforcées, de l'approvisionnement en repas et de la mise en place d'une surveillance psychologique.
Enfin, Le Dr Sanchez a évoqué le sujet assez médiatisé du couple vitamine D-COVID-19.
En bref, la vitamine D est connue pour être impliquée dans l'immunité ; elle est aussi bénéfique pour le muscle et l'os. Néanmoins, on manque actuellement de preuves pour attester un impact de l'administration de vitamine D sur l'évolution de la COVID-19. Il existe par ailleurs beaucoup de facteurs de confusion (âge, diabète, couleur de la peau, etc.). Quoi qu'il en soit l'association confinement-sujet âgé-hiver doit conduire à une supplémentation en vitamine D.

©vidal.fr

Pour en savoir plus



 

Sources : VIDAL

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