Le tour du monde… masqué !

Par Patricia THELLIEZ - Date de publication : 02 avril 2020
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Depuis le déclenchement de l’épidémie COVID-19, la question des masques a fait couler beaucoup d’encre, certes en France, mais aussi dans d’autres régions du globe. Les questionnements abondent en effet sur ce thème : quel type de masque, pour qui, quand le porter, pendant combien de temps, où s’en procurer, peut-on le réutiliser, peut-on en fabriquer soi-même, etc. ? Autant d’interrogations qui n’ont pas de réponse unique, en attestent les différentes attitudes adoptées par plusieurs pays (en dehors de la France) et qui ont été rappelées dans un article du Lancet Respiratory Medicine.
Un risque appréhendé de façon différente selon les pays (illustration).

Un risque appréhendé de façon différente selon les pays (illustration).


Bien que le port de masques par les professionnels de santé et les sujets ayant des symptômes fasse l'unanimité, on constate de nombreuses discordances dans le monde concernant l'usage de masques par la population générale. Pour exemple, le chirurgien général des États-Unis (administrateur de la santé publique) s'est opposé à ce que les personnes non infectées par le SARS-CoV-2 s'achètent des masques. La principale raison avancée est qu'il faut éviter une pénurie de masques pour le personnel soignant ; un autre argument est que les masques n'assurent aucune protection contre l'infection par le SARS-CoV-2.  

Entre absence de preuve et preuve de l'absence
Cependant, comme le soulignent Shuo Feng et son équipe, il est essentiel de faire un distinguo "entre l'absence de preuve et la preuve de l'absence". Ainsi, il y a très peu de données qui montrent une efficacité des masques pour se protéger de l'infection dans la population générale. En revanche, ils assurent une protection des professionnels de santé qui soignent des malades atteints d'infections respiratoires. Il semble donc raisonnable de suggérer aux personnes "fragiles", non seulement d'éviter les foules, mais aussi d'utiliser un masque chirurgical lorsqu'elles doivent être exposées à des zones à risque. Cependant, on sait aujourd'hui que la COVID-19 peut être transmise avant le début des symptômes : il pourrait donc sembler logique, en théorie, que toute la population porte un masque… Mais, en pratique, cette stratégie conduit inéluctablement à une pénurie de masques, à une inflation de leurs prix, ces conséquences ayant un impact délétère sur l'approvisionnement des soignants.

Des réponses très diverses selon les pays
Face à ce dilemme, les états ont répondu de façon très différente (cf. Encadré 1). Ainsi, l'Allemagne et la Corée du Sud ont interdit l'exportation de masques de façon à pouvoir répondre à la demande locale. L'OMS a appelé à augmenter la production des équipements de protection, y compris des masques, de 40 %. La Thaïlande, la Chine et le Japon ont opté pour des masques de fortune ou la réutilisation de masques chirurgicaux. Pour les auteurs, ces derniers choix pourraient toutefois compromettre l'effet protecteur du masque et même accroître le risque d'infection. Quant à la Tchéquie, elle vient de demander le port d'un masque dans tous les espaces publics, selon la revue Science Mag.
Il est important d'ajouter que, dans les pays asiatiques, le port d'un masque est une pratique habituelle, contrairement aux pays européens et d'Amérique du Nord, ce qui peut, bien sûr, peser dans les stratégies de santé nationales. 
En dehors des personnes ayant des symptômes respiratoires et de celles qui s'occupent des patients symptomatiques, Shuo Feng et coll. suggèrent qu'il pourrait être utile que les sujets asymptomatiques en quarantaine portent aussi des masques pour prévenir l'éventuelle contamination d'autres personnes, à l'instar des sujets âgés ou ayant des comorbidités. Les auteurs plaident donc pour une utilisation large des masques… à condition d'en avoir ! Ceci étant une problématique qui concerne quasiment toute la planète.

 
Encadré 1 - Différents exemples de recommandations pour la population générale 
  • OMS
Les personnes en bonne santé ne doivent porter un masque seulement si elles prennent soin d'une autre personne suspectée d'être infectée par le SARS-CoV-2.
  • Chine
Le port de masque dépend du niveau de risque. Les sujets à faible risque (qui restent le plus souvent chez eux, qui ont des activités à l'extérieur ou qui travaillent dans des locaux bien ventilés) n'ont pas à porter de masques chirurgicaux, mais ils peuvent utiliser une protection en tissu.
  • Hong Kong
Les masques chirurgicaux sont recommandés pour les personnes symptomatiques de même que pour les sujets qui prennent les transports en commun ou qui se trouvent dans une foule. Le masque doit être utilisé de façon adéquate, en observant une hygiène des mains correctes avant et après la pose.
  • Singapour
Le port de masque concerne les sujets ayant des symptômes respiratoires comme une toux ou un écoulement nasal.
  • Japon
Porter un masque dans un espace confiné, mal ventilé, peut aider à se protéger contre l'émission de particules infectantes par d'autres personne, mais, à l'extérieur, cela n'est pas très efficace.
  • États-Unis
Le port de masque n'est pas recommandé chez les personnes en bonne santé.
  • Royaume-Uni
Le port de masques a un rôle très important dans certains lieux comme les hôpitaux, mais n'a montré que peu de bénéfices en population générale.
  • Allemagne
Il y a peu de preuves que le port d'un masque puisse empêcher quelqu'un d'être contaminé. De plus, cela peut entraîner un faux sentiment de sécurité et faire négliger les autres mesures-barrières comme l'hygiène des mains.

Un sujet de recherche à part entière
Pour Shuo Feng et son équipe, il est donc temps d'initier des recherches dans ce domaine, notamment sur la durée de protection des masques, les techniques pouvant prolonger cette durée, le développement de dispositifs réutilisables, etc.
Taiwan est l'un des rares pays à avoir eu la clairvoyance de constituer des stocks importants de masques : une leçon sans doute à tirer… pour les futures pandémies.


Pour en savoir plus
Shuo Feng et coll. Rational use of face masks in the COVID-19 pandemic. Lancet Respiratory Medicine. 20 mars 2020.

Kelly Servick. Would everyone wearing face masks help us slow the pandemic ? Science Mag. 28 mars 2020.
 

Sources : VIDAL

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PATBIANCO Il y a un an 0 commentaire associé
Je suis épaté d être aussi obtu quand à l interet des masques . Dans les pays asiatiques ou le port du masque est quasiment institutionnalisé , il ya moins de cas de covid!! Bien sur le virus preuve du contraire ne voyage pas par les airs et est bien souvent manuporté et porté à la bouche mais quand vous avez un masque, vos mains contaminés auront une barrière devant la bouche . Ne pourrait on pas développé un masque réutilisable ! Et j en ai marre d entendre que les gens rirent ce ceux qui en portent à l extérieur . Actuellement il faut adopter des attitudes nouvelles : -des que l on sort on porte un masque - des que l on rentre chez soi on sort son masque et on se lave rigoureusement les mains Elementaire et d'une logique implacable Je serai plus enclin à rire de toutes ces études que l on nous sort qui sont autant contradictoires les unes que les autres ( cf hydroxychloroquine) voila mon point de vue simple mais pratique
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Tartine22 Il y a un an 0 commentaire associé
Bonjour Madame Thelliez,d'abord merci pour votre article qui apporte une bonne synthèse des postures nationales ou institutionnelles quant au port ou non d'un masque. Vous concluez sur la nécessité d'initier des recherches dans ce domaine : avez-vous connaissance de ce site d'enseignement et recherche sur la pollution atmosphérique, basé à Pekin entre autre et qui s'est mis lui aussi à l'heure du COVID19 ? https://smartairfilters.com/... Isabelle
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