Prévention du VIH : depuis 2016, plus de 20 000 personnes ont initié une PrEP

Par Stéphane KORSIA-MEFFRE -
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Le 27 novembre 2019, l’ANSM (Agence nationale de sécurité du médicament et des produits de santé) a publié les résultats de sa dernière évaluation du nombre de personnes ayant initié une prophylaxie pré-exposition au VIH-1 (PrEP). Selon l’ANSM, 20 478 personnes de 15 ans et plus ont initié une PrEP entre le 1er janvier 2016 et le 30 juin 2019.
 
Ce nombre a fortement augmenté sur la période de juillet 2018 à juin 2019
 avec environ 9 600 initiations, ce qui correspond à presque la moitié du total des initiations depuis 2016. Au premier semestre 2019, 850 personnes ont initié une PrEP chaque mois en moyenne, contre 520 au premier semestre 2018.
 
Des progrès restent à faire quant à la disponibilité de la PrEP hors des grandes villes et de la France métropolitaine, ainsi qu'au sein des populations les plus défavorisées. Les femmes ne sont quasiment pas représentées dans ces chiffres (3 %) malgré l’existence de populations féminines à risque élevé d’infection par le VIH (usagères de drogues injectables, travailleuses du sexe, prostituées, par exemple).
En France, environ 20 000 personnes ont initié un traitement prophylactique pré-exposition au VIH (PrEP)

En France, environ 20 000 personnes ont initié un traitement prophylactique pré-exposition au VIH (PrEP)


La prophylaxie pré-exposition au VIH (PrEP)
Depuis le 1er janvier 2016, TRUVADA (ténofovir disoproxil/emtricitabine) et ses génériques sont pris en charge à 100 % par l'Assurance maladie dans la prophylaxie pré-exposition (PrEP) au VIH-1, pour les personnes de plus de 15 ans à haut risque d'acquisition du VIH-1 par voie sexuelle (notre article du 14 mars 2019).
La prescription de la PrEP, initialement hospitalière, a été élargie en juin 2016 aux médecins des Centres gratuits d'information, de dépistage et de diagnostic des infections par le VIH, les hépatites virales et les infections sexuellement transmissibles (CeGIDD).
Depuis le 1er mars 2017, ce traitement peut être renouvelé par tout médecin, en ville ou à l'hôpital, dans le cadre du suivi trimestriel obligatoire. La prescription doit être renouvelée chaque année par un médecin exerçant à l'hôpital ou en CeGIDD.

 
Des patients suivis tous les trimestres
La PrEP ne doit pas être débutée sans consultation médicale préalable et l'utilisation doit être associée à des mesures d'accompagnement. À l'occasion de la prescription initiale et du suivi trimestriel obligatoire sont notamment contrôlés : le statut vis-à-vis du VIH, les autres infections sexuellement transmissibles, la grossesse ainsi que les éventuels effets indésirables.
Il est de plus recommandé de vérifier la fonction rénale avant et pendant le traitement.
Par ailleurs, l'association avec d'autres médicaments ayant une toxicité rénale, comme les anti-inflammatoires non stéroïdiens, est déconseillée.


Le point sur les initiations de PrEP depuis 2016
Le 27 novembre 2019, l'ANSM a publié les résultats de sa dernière évaluation semestrielle du nombre de personnes ayant initié une PrEP. Ce travail basé sur les données du SNDS (Système national des données de santé) a permis d'estimer à 20 478 le nombre de personnes de 15 ans et plus ayant initié une PrEP entre le 1er janvier 2016 et le 30 juin 2019.
Ce nombre a fortement augmenté avec environ 9 600 initiations sur la période de juillet 2018 à juin 2019, ce qui correspond à presque la moitié (47 %) du total des initiations depuis 2016. Ainsi, au premier semestre 2019, 850 personnes ont initié une PrEP chaque mois en moyenne, contre 520 personnes au premier semestre 2018.
Selon les chiffres disponibles début 2019, la France est le pays comptant le plus grand nombre d'utilisateurs de PrEP en Europe.

 
Un renouvellement chez 80 à 85 % des utilisateurs
Les personnes qui renouvellent leur traitement prophylactique comptent pour les deux tiers de l'ensemble des utilisateurs de PrEP depuis 2018.
De plus, chaque semestre depuis 2016, la grande majorité des utilisateurs (80 à 85 %)
ont renouvelé la PrEP au semestre suivant.
Ces résultats devront toutefois être confirmés par des données de suivi longitudinal au niveau individuel.

 
De très rares utilisatrices !
Selon l'ANSM, les personnes ayant initié une PrEP sont presque exclusivement des hommes, âgés de 37 ans en moyenne, résidant en Ile-de-France (45 %) ou dans une grande métropole (75 %, alors que celles-ci ne comptent que pour 40 % de la population métropolitaine).
Par rapport à l'évaluation précédente, les initiations ont davantage concerné les personnes de moins de 25 ans. Selon l'ANSM, il est raisonnable de faire l'hypothèse qu'il s'agit principalement d'hommes ayant des rapports sexuels avec des hommes (HSH).
Les femmes bénéficient rarement de la PrEP : seules 543 femmes (3 %) avaient initié une PrEP entre le 1er janvier 2016 et fin juin 2019, illustrant le fait que le traitement est probablement rarement proposé, même dans les situations exposant les femmes à un risque élevé de contamination par le VIH.

 
Des barrières à l'accès qui persistent
Parmi les 8 000 HSH non infectés par le VIH interrogés en 2017 dans le volet français de l'enquête "European MSM Internet Survey", seule une minorité (9,2 %) utilisaient la PrEP. Parmi les non utilisateurs de PrEP, un tiers y étaient éligibles mais seulement la moitié d'entre eux en avaient connaissance et souhaitaient l'utiliser, suggérant l'existence de barrières persistantes à l'accès à la PrEP parmi les HSH.
De plus, selon un sondage publié par Sidaction à l'occasion de la journée mondiale de lutte contre le sida 2018, seuls 33 % des jeunes de 15 à 24 ans connaissaient l'existence de la PrEP, et seuls 74% d'entre eux se déclaraient prêts à croire qu'elle est efficace.
L'initiation d'une PrEP dans les DOM-TOM est restée rare (1 % des initiations), alors que ce sont dans ces départements, et en premier lieu en Guyane, que les nouveaux diagnostics de séropositivité sont les plus nombreux en comparaison à l'ensemble de la France.
Des efforts restent à faire dans ces départements, mais aussi auprès des populations défavorisées. En effet, dans les initiations de PrEP, la proportion de bénéficiaires de la CMU complémentaire est faible même si ce chiffre est en augmentation.


Des initiations encore essentiellement hospitalières
L'initiation de la PrEP est encore très majoritairement effectuée à l'hôpital (90 % des cas). Une tendance à l'augmentation des initiations de traitement en dehors de l'hôpital (CeGIDD) est observée sur la période la plus récente.
En ce qui concerne les renouvellements de traitement, une grande majorité est également effectuée à l'hôpital, mais dans une mesure légèrement moindre que pour les initiations de traitement (85 % des renouvellements).
Les renouvellements de traitement en dehors de l'hôpital, qui augmentent de façon régulière, sont majoritairement effectués par des médecins généralistes.

L'ANSM conclue son évaluation en rappelant le chemin qui reste à faire : "Ces résultats […] montrent que la diffusion de la PrEP en France se poursuit et s'intensifie. Les indicateurs mesurés illustrent la réelle appropriation de cette stratégie de prévention en France, en particulier parmi les HSH à haut risque d'acquisition du VIH. Toutefois, une marge de progression persiste et les efforts doivent être poursuivis afin d'assurer la plus grande accessibilité à la PrEP pour toutes les populations concernées en France."

 
Pour aller plus loin
Le communiqué de presse de l'ANSM
"Prévention du VIH : Depuis 2016, plus de 20 000 personnes ont initié une prophylaxie pré-exposition (PrEP) - Point d'Information" (27 novembre 2019)
 
Le rapport de l'ANSM sur l'évaluation du nombre de personnes ayant initié une PrEP
"Suivi de l'utilisation de TRUVADA® ou génériques pour une prophylaxie pré-exposition (PrEP) au VIH à partir des données du Système National des Données de Santé (SNDS)" (27 novembre 2019)
 
La brochure de bon usage de la PrEP pour les professionnels de santé
"La prophylaxie pré-exposition (PrEP) au VIH par ténofovir disoproxil/emtricitabine (TRUVADA® et ses génériques)" (ANSM, avril 2019)
 
La fiche Bon usage de la PrEP
"Informations importantes concernant le bon usage de l'emtricitabine/ténofovir disoproxil dans l'indication Prophylaxie pré-exposition (PrEP) au VIH" (HAS, avril 2018)

Sources : ANSM (Agence Nationale de Sécurité du Médicament)

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Vidal News du 2019-12-05

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