Consommation d'antibiotiques en France : une tendance à la reprise confirmée en 2015

Par David PAITRAUD -
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Comme chaque année, l'ANSM publie un rapport annuel sur la consommation des antibiotiques en France. 
Les enseignements de ce travail intégrant les données 2015 ne montrent pas de changements fondamentaux : malgré une diminution globale de 11,4 % de la consommation d'antibiotiques entre 2000 et 2015, la reprise amorcée en 2010 se confirme en 2015, avec une progression de 5,4 % sur cette période. 

En termes de volume, la ville représente 93 % de la consommation d'antibiotiques contre 7 % dans le secteur hospitalier où elle semble stabilisée.


Même si elle se situe encore parmi les pays dont le niveau de consommation est élevé, la France n'est plus, pour le secteur de ville, le 1er consommateur d'antibiotiques européen comme c'était le cas au début des années 2000 : elle se situait en 2015 au 4e rang européen.

Ce rapport met également en évidence des situations préoccupantes, comme l'utilisation majoritaire de l'amoxicilline en association avec l'acide clavulanique bien que génératrice de résistances ou, à l'hôpital, la progression des carbapénèmes.

Pour les auteurs du rapport, la maîtrise de la consommation d'antibiotique repose sur un effort quantitatif mais également une évolution qualitative, en évitant les prescriptions injustifiées, trop longues on non conformes aux recommandations en vigueur. 
Du début des années 2000 à 2015, la France est passée du 1er au 4e rang des pays consommant le plus d\'antibiotiques en Europe, pour la médecine ambulatoire (source : ECDC).

Du début des années 2000 à 2015, la France est passée du 1er au 4e rang des pays consommant le plus d\'antibiotiques en Europe, pour la médecine ambulatoire (source : ECDC).

 
L'ANSM (Agence française de sécurité du médicament et des produits de santé) publie la cinquième édition de son rapport annuel portant sur l'évolution de la consommation d'antibiotiques en France, entre 2000 et 2015. 

Cet état des lieux permet d'identifier les principales tendances en termes consommation d'antibiotiques en France, dans le secteur de ville, à hôpital et en Europe. Ce travail s'inscrit dans le dispositif de lutte contre l'antibiorésistance (plan pluri-annuel) et complète un autre rapport de l'ANSM publié en novembre dernier (notre article du 24 novembre 2016).


L'année 2015 confirme la tendance à la reprise de la consommation
Le précédent rapport portait sur les données de consommation d'antibiotiques de 2000 à 2014. Le rapport a été actualisé et intègre les données 2015.

Il fait état d'une diminution de 11,4 % de la consommation totale d'antibiotiques en France entre 2000 et 2015 mais il met néanmoins en évidence une tendance à la reprise depuis 2010 avec une augmentation de 5,4 % entre 2010 et 2015 (Cf. Figure 1).
En 2015, la hausse constatée peut être attribuée en partie à l'incidence élevée des pathologies hivernales. 

 
Figure 1 - Evolution de la consommation d'antibiotiques en France
La consommation est présentée en nombre de Doses Définies Journalières pour 1000 habitants et par Jour (DDJ/1000H/J). Définie par le « Collaborating Centre for Drug Statistics Methodology » de l‘OMS, la DDJ, ou posologie standard pour un adulte de 70 kg, permet de calculer, à partir du nombre d'unités vendues, et en fonction du nombre d'habitants, la consommation de chaque molécule.
 
Par rapport à l'Europe
Avec une consommation de 29,9 DDJ/1000H/J, la France se place au 4e rang des pays consommant le plus d'antibiotiques en Europe, pour la médecine ambulatoire, derrière la Grèce, la Roumanie et Chypre.
La moyenne européenne est de 22,4 DDJ/1000H/J.
 

Concernant la consommation hospitalière, la France se situe désormais à un niveau proche de la moyenne européenne
 
Figure 2 - Consommation d'antibiotiques en 2015 dans le secteur ambulatoire

 
La ville reste le plus gros marché des antibiotiques
La consommation des antibiotiques reste majoritaire en ville.
En volume, 93 % de la consommation d'antibiotiques provient du secteur ville, et seulement 7 % du secteur hospitalier. 
En 2015, 123,8 millions d'unités ont été vendues pour le secteur de ville contre 17,8 millions dans le secteur hospitalier.
La consommation s'élève à 29,9 DDJ/1000H/J en ville et 2,2 DDJ/1000H/J
(Doses Définies Journalières pour 1000 habitants et par Jour).
En volume, la prescription des antibiotiques représente environ 4 % de la consommation de médicaments en 2015.

Une consommation dominée par les pénicillines
Les bêta-lactamines, pénicillines et céphalosporines (J01C+J01D) représentent exactement 70 % de la consommation ambulatoire.

Cette consommation est dominée par les pénicillines, notamment l'amoxcilline et l'association amoxicilline/acide clavulanique.
Leur utilisation s'est même accrue (13,9 % en 2000 et 24,1 % en 2015) alors que la consommation a diminué pour presque toutes les classes d'antibiotiques. Cette large utilisation des pénicillines explique l'augmentation globale de la consommation d'antibiotiques en ville (Cf. Figure 3). 

 
Figure 3 - Part des différentes classes d'antibiotiques dans la consommation de ville
en 2000 et 2015

L'utilisation croissante de l'association amoxicilline/acide clavulanique (inhibiteur d'enzyme) est particulièrement préoccupante car génératrice de résistance bactérienne.
Si on observe depuis 2014 une stabilisation de l'utilisation de cette association, elle n'est reste pas moins le deuxième antibiotique le plus utilisé après l'amoxcilline seule
Cette utilisation massive explique aussi que plus d'un antibiotique sur 3 (plus de 37 %) prescrit en 2015 appartient à la liste des antibiotiques "critiques". 

Moins de substances, plus de présentations
Entre 2000 et 2015, on observe une diminution des substances antibiotiques de l'ordre de 20 % (103 substances en 2000 et 79 en 2015). 
Au total, 34 substances ont été supprimées du marché, contre 12 nouvelles substances commercialisées (Cf. Figure 4). 
Les auteurs du rapport souligne que cet appauvrissement de l'offre est observé au niveau mondial et accroit le risque d'impasses thérapeutiques.

A l'inverse, le nombre de présentations référencées a augmenté (657 présentations en 2000 et 866 en 2015). Ce phénomène peut s'expliquer par l'arrivée des médicaments génériques en masse dans ce domaine thérapeutique.
En 2015, les génériques d'antibiotiques ont représenté 84,5 % de la consommation d'antibiotiques en ville.

 
Figure 4 - Evolution du nombre d'antibiotiques commercialisés en France


Caractéristiques des prescriptions de ville
Pour 76,5 % des prescriptions, la durée de traitement est comprise entre 5 et 8 jours
La moyenne se situe à 9,2 jours et la médiane à 6 jours, comme en 2013.

Les prescriptions de longue durée (au moins 3 mois) concernent principalement les tétracyclines, en raison de leur indication dans le traitement de l'acné. Les durées de prescription les plus courtes sont observées avec la fosfomycine.

Les antibiotiques sont majoritairement prescrits pour traiter les affections des voies respiratoires (67 % soit 2 prescriptions sur 3), selon la répartition suivante (Cf. Figure 5) :
  • 42 % pour les affections ORL ;
  • 25 % pour les affections des voies respiratoires basses.

Figure 5 - Principaux diagnostics associés aux prescriptions d'antibiotiques

Les médecins généralistes sont les principaux prescripteurs (71 % soit plus de 2 prescriptions sur 3). Douze pour cent des prescriptions dispensées en ville proviennent de prescripteurs hospitaliers (Cf. Figure 6). 
 
Figure 6 - Répartition des prescriptions d'antibiotiques par prescripteur


Les antibiotiques à l'hôpital : des évolutions positives en 2015
Là encore, la consommation est dominée par les pénicillines. L'amoxicilline est majoritairement utilisée avec l'acide clavulanique (Cf. Figure 7).

Autre constat négatif, l'utilisation des carbapénèmes a poursuivi sa progression alors que cet antibiotique est générateur de résistances

A l'inverse, des évolutions positives peuvent être remarquées :
  • la stabilisation de la consommation des céphalosporines de 3e et de 4e générations ;
  • la diminution, parmi les "autres antibactériens" (J01X), de la consommation de la colistine injectable, qui exige un suivi spécifique en raison du développement de souches bactériennes multi-résistantes.

Figure 7 - Part des différentes classes d'antibiotiques dans la consommation à l'hôpital
et comparaisons 2000-2015
 
Améliorer la prescription d'un point de vue quantitatif mais également qualitatif
Sur la base de ces données actualisées, l'ANSM conclut à la nécessité d'agir à 2 niveaux pour maîtriser la consommation d'antibiotiques en France :
  • au niveau quantitatif, en diminuant la prescription d'antibiotiques ;
  • au niveau qualitatif, en améliorant le bon usage de ces médicaments.
Ce qui se traduit par une prescription justifiée (éviter les prescriptions inutiles), conforme aux recommandations (respecter les antibiotiques de première intention), d'une durée juste (éviter les longues durées). 

Pour aller plus loin
Evolution des consommations d'antibiotiques en France entre 2000 et 2015 - Point d'Information (ANSM, 10 janvier 2017)

Evolution des consommations d'antibiotiques en France entre 2000 et 2015 - Rapport (ANSM, janvier 2017)
Consommation d'antibiotiques et résistance aux antibiotiques en France : nécessité d'une mobilisation déterminée et durable (ANSM, novembre 2016)

Sur VIDAL.fr
Bon usage des antibiotiques : la HAS publie 9 nouvelles fiches mémos sur les infections les plus fréquentes (24 novembre 2016)
Consommation d'antibiotiques : la France toujours dans le peloton de tête européen (19 novembre 2015)

Sources : ANSM (Agence Nationale de Sécurité du Médicament)

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Vidal News du 2017-04-20