IVG médicamenteuse : le risque de douleurs intenses nécessite anticipation et adaptation thérapeutique

Par Stéphane KORSIA-MEFFRE -
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Parce que les conséquences douloureuses des IVG médicamenteuses leur semblaient sous-évaluées, les équipes du centre de planification Clotilde Vautier (Nantes), avec le soutien de la Fondation de l’Avenir et de l’INSERM, ont réalisé une enquête auprès de 450 femmes ayant recours à cette forme d’IVG.
 
Les résultats de cette enquête montre que plus d’un quart des patientes souffrent de douleurs intenses, avec un pic au 3e jour après l’administration de mifépristone (ou RU 486).

De plus, un profil de femmes particulièrement à risque pour ces conséquences douloureuses a été identifié : les femmes nullipares ayant des antécédents de règles douloureuses.
 
Les responsables de cette enquête insistent sur la nécessité d’un accompagnement renforcé chez ces patientes avec, si nécessaire, a prescription d’antalgiques de palier 2 et d’un arrêt de travail de quelques jours. Il semble aussi que les douleurs sont moins fréquentes lorsque 600 mg de mifépristone (et non 200 mg) sont administrés.
Les conséquences douloureuses des IVG médicamenteuses sont sous-estimées

Les conséquences douloureuses des IVG médicamenteuses sont sous-estimées


Les IVG médicamenteuses représentent plus de la moitié des IVG effectuées en France
Les IVG médicamenteuses représentent aujourd'hui 57 % des 220 000 IVG qui ont lieu chaque année en France.

Elles sont pratiquées à l'hôpital, en centre de planification ou chez le médecin généraliste.

Pour mieux évaluer l'impact de l'IVG médicamenteuse sur la qualité de vie, une enquête vient d'être menée sous l'égide de la Fondation de l'Avenir, une émanation du mouvement mutualiste, avec l'aide de l'INSERM.
 
L'IVG médicamenteuse repose sur la prise de 2 médicaments et peut être effectuée jusqu'à la 9e semaine après le début des dernières règles
L'IVG médicamenteuse repose sur la prise de deux substances : la mifépristone (ou RU 486 : 
MIFEGYNE 200 mg ou MIFFEE 200 mg) qui prépare l'expulsion et qui est prise sous contrôle médical, et, 36 à 48 heures plus tard,[édit 2/12] le misoprostol (MISOONE 400 µg) qui la déclenche.

Pour mémoire, le CYTOTEC, qui contient aussi du misoprostol, est contre-indiqué dans l'IVG médicamenteuse et dans le cadre de l'accouchement, comme l'avait par exemple rappelé l'ANSM en 2013  
[/édit 2/12] .

Ces prises sont suivies d'une visite de contrôle entre le 14e et le 21e jour après la prise de la mifépristone.

Elle est possible jusqu'à la 7e semaine après le début des dernières règles (la fin de la 5e semaine de grossesse), voire la 9e semaine après le début des dernières règles en milieu hospitalier avec un protocole particulier.
 
Une étude menée par questionnaire auprès de plus de 450 femmes pour évaluer l'éventuel impact douloureux de cette IVG
Pour tenter d'évaluer l'importance des effets indésirables douloureux après une IVG médicamenteuse, les équipes du Centre Clotilde Vautier (clinique mutualiste Jules Verne, Nantes) se sont associées à la Fondation de l'Avenir et à une équipe de l'INSERM.

Pour cela, des questionnaires ont été distribués à 453 femmes pour lesquelles une IVG médicamenteuse avait été prescrite, avec un journal de la douleur à remplir sur les 5 jours suivant la prise de mifépristone, dans 11 centres pratiquant cette forme d'IVG.
 
Des douleurs sévères chez plus d'une femme interrogée sur 4
L'analyse des questionnaires montre que, chez 27 % des femmes interrogées, les douleurs liées à l'IVG médicamenteuse étaient très intenses (entre 8 et 10 sur une échelle de 10), avec un pic au troisième jour après la prise de mifépristone.

Plus de 8 femmes sur 10 ont pris au moins un antalgique
83 % des femmes interrogées
ont eu recours à des médicaments antalgiques. Parmi celles-ci, 56 % ont pris des AINS, 49 % du paracétamol et 22 % des antispasmodiques.
 
De l'inquiétude vis-à-vis de l'importance des saignements chez plus d'1 femme sur 4
27 % des femmes interrogées ont déclaré s'être inquiétées de l'importance des saignements lors de l'expulsion de l'œuf (6 % ont été très inquiétées par ces saignements).

6 % ont déclaré n'avoir pas été suffisamment informées sur la possible importance des saignements et sur le fait qu'ils pouvaient être incompatibles avec une vie active.
 

D'autres effets indésirables fréquents, auxquels s'ajoutent des sentiments négatifs...
Globalement, 94 % des femmes interrogées ont déclaré avoir connu au moins un effet indésirable dans les 5 jours suivant la prise de mifépristone : fatigue (88 %), nausées (70 %), vertiges (42 %), maux de tête (42 %), diarrhées (37 %) ou vomissements (28 %) par exemple.

À ces effets indésirables, vis-à-vis desquels elles n'étaient pas toujours suffisamment sensibilisées, s'ajoutent des sentiments de solitude et de culpabilité, en particulier chez celles qui sont rentrées chez elles après les prises de traitement.

... mais plus de 8 femmes sur 10 referaient cette IVG médicamenteuse si nécessaire
En dépit de ces effets indésirables, 92 % des femmes interrogées se sont déclarées satisfaites de l'accompagnement de l'équipe soignante, et 81 % le referait si nécessaire.
 
Identification de 3 facteurs de risque de douleurs sévères
Cette enquête fait également apparaître un profil de femmes plus exposées aux douleurs intenses lors d'une IVG médicamenteuse :
- les femmes dont c'était la première grossesse,
celles qui avaient des antécédents de règles douloureuses,
- et celles qui avaient reçu 200 mg de mifépristone à la première prise par rapport à celles qui en avaient reçu 600 mg).

Par contre, l'âge de la patiente, son niveau de précarité et son statut psycho-affectif ne semblaient pas influencer l'intensité des douleurs ressenties.
 
Nécessité d'un meilleur accompagnement, en particulier chez les femmes présentant 1 ou plusieurs de ces 3 facteurs de risque
Les promoteurs de cette enquête proposent d'améliorer l'accompagnement des femmes qui ont recours à l'IVG médicamenteuse, en particulier celles qui ont un profil particulièrement à risque de complications douloureuses :
  • prescription d'un arrêt de travail de quelques jours chez les femmes dont les occupations professionnelles risquent d'être perturbées par l'IVG ;
  • prescription d'une dose de mifépristone de 600 mg à la première prise ;
  • recommandations sur l'usage préventif des antalgiques de palier 1 (avant l'apparition de douleur), voire prescription d'antalgiques de palier 2 à prendre si nécessaire.
 
Pour aller plus loin
 
L'étude de la Fondation de l'Avenir
« IVG médicamenteuse : prendre en charge la douleur », Fondation de l'Avenir, novembre 2016.
 
Les recommandations de la HAS
« Interruption médicamenteuse de grossesse : les protocoles à respecter – Fiche BUM », Haute autorité de santé, février 2015.
« Interruption volontaire de grossesse par méthode médicamenteuse – Recommandations », Haute autorité de santé, décembre 2001.


Sur VIDAL.fr : 
VIDAL Reco "IVG"
Les sages-femmes peuvent réaliser des IVG médicamenteuses et des vaccinations depuis le 6 juin 2016 (juin 2016)
Nouvelles mesures pour améliorer l'accès à l'IVG en 2016 (janvier 2016)
Sites d'information sur l'IVG : Marisol Touraine appelle les internautes à se mobiliser pour le site public (janvier 2016)
IVG : lancement d'un numéro national d'information anonyme et gratuit, campagne de réaffirmation du droit à l'avortement (octobre 2015)
Accessibilité estivale aux centres IVG : Marisol Touraine appelle les ARS à la mobilisation (août 2014)

Sources : Fondation pour l'Avenir

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