LYRICA et génériques (prégabaline) : mise en garde sur les risques d'abus, de mésusage et de dépendance

Par DAVID PAITRAUD -
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L'ANSM met en garde les professionnels de santé sur les risques d'abus, de mésusage et de dépendance liés à l'utilisation de la prégabaline, substance active de LYRICA (et génériques), indiqué dans le traitement de l'épilepsie, des douleurs neuropathiques et de l'anxiété généralisée

Cette mise en garde fait suite à la publication d'une étude de cohorte française (13 869 sujets, données du SNIIRAM) menée dans la cadre de la surveillance renforcée des spécialités à base prégabaline depuis 2013, en raison d'une utilisation croissante couplée à des notifications d'abus et de dépendance en France et dans d'autres pays européens.

Les résultats de cette étude ont permis de confirmer ce signal d'addictovigilance et de préciser les facteurs associés et les populations à risque.

Bien que cette mise en garde soit déjà mentionnée dans le RCP des spécialités à base de prégabaline, l'ANSM rappelle l'importance d'utiliser ces médicaments avec prudence dans ces populations à risque et de surveiller étroitement les signes évoquant une dépendance pharmacologique ou un usage abusif.
LYRICA est indiqué chez l'adulte dans la prise en charge des douleurs neuropathiques, de l'épilepsie et du trouble anxieux généralisé (illustration).

LYRICA est indiqué chez l'adulte dans la prise en charge des douleurs neuropathiques, de l'épilepsie et du trouble anxieux généralisé (illustration).


Une étude de cohorte confirme les cas de mésusage de la prégabaline en France
Depuis 2013, la prégabaline fait l'objet d'un suivi national d'addictovigilance en raison de signalements de cas d'abus, de dépendance et de mésusage à des fins récréatives (recherche d'un effet euphorisant), rapportés en France et Europe chez des sujets traités par LYRICA et génériques. 

Dans ce contexte, le Centre d'évaluation et d'information sur la pharmacodépendance (CEIP) de Toulouse a conduit une étude de cohorte à partir d'un échantillon (EGB = échantillon généraliste des bénéficiaires issu des données du Système National d'Information Inter-Régime de l'Assurance Maladie [SNIIRAM]) de 13 869 sujets initiant un traitement par prégabaline (n = 8692, 62,7 %), gabapentine (n = 1963, 14,2 %) et duloxétine (3214, 23,2 %).

Les groupes gabapentine et duloxétine constituaient les groupes témoins. Ces substances étaient prescrites dans des indications similaires à celles de la prégabaline (Cf. Encadré 1).
 
Encadré 1 - Les indications de LYRICA
LYRICA est indiqué chez l'adulte dans les situations suivantes :
  • douleurs neuropathiques : traitement des douleurs neuropathiques périphériques et centrales (VIDAL Reco Douleur de l'adulte) ;
  • épilepsie : traitement, en association, des crises épileptiques partielles avec ou sans généralisation secondaire (VIDAL Reco Epilepsie de l'adulte) ;
  • trouble anxieux généralisé : traitement du trouble anxieux généralisé (TAG) (VIDAL Reco Trouble anxieux généralisé).

Le critère principal de jugement était la survenue d'une consommation quotidienne strictement supérieure à 600 mg (soit deux doses journalières délivrées), calculée par cycle d'exposition au médicament (un cycle correspond à des délivrances continues du médicament, avec un intervalle strictement supérieur à 35 jours entre deux délivrances).

Après un suivi de 18 mois en moyenne, les résultats ont montré que le risque d'abus était significativement différent avec 13 % d'abus dans le groupe prégabaline (n = 1129), contre 6,62 % dans le groupe gabapentine (n = 130) et 10 % dans le groupe duloxétine (n = 322). 
En outre, il est apparu que la majorité des cas d'abus survenaient au cours des 2 premières années de traitement (83 % des cas).

Les facteurs associés à l'abus de prégabaline
En analyse multivariée, l
es facteurs associés à l'abus de prégabaline étaient :
  • l'âge jeune, surtout dans la catégorie des 18-45 ans comparés aux plus de 70 ans (risque relatif  = 2,1 ; IC95% [1,77-2,5] ; p < 0,0001), 
  • un nombre de prescripteurs élevé,
  • l'existence d'une pathologie responsable de douleurs chroniques (SEP, neuropathies, cancers), 
  • l'association, notamment à l'inclusion, à un traitement par méthadone. L'hypothèse d'une potentialisation entre ces traitements est avancée.

Le signal d'un traitement de la douleur insuffisant ?
Les résultats de cette étude ont été présentés en 2015 au Comité technique des CEIP (
CfCompte-rendu séance du 28 mai 2015) pour qui "Cette étude montre qu'il existe un abus de prégabaline et que les patients qui augmentent les doses de prégabaline le font dès les premiers mois de traitement, ce qui peut s'expliquer par un traitement de la douleur insuffisant. Par ailleurs, plus de la moitié des sujets commençant un traitement par prégabaline (60 %) ne reçoivent qu'une seule délivrance de ce médicament, confortant cette hypothèse. "

Deux formes de mésusage identifiées 
Selon le dernier bilan du suivi des données nationales d'addictovigilance (Cf. Compte-rendu de séance de la Commission des stupéfiants et psychotropes du 25 juin 2015), 2 formes de mésusage de la prégabaline ont été identifiées :
  • détournement des prescriptions avec falsifications d'ordonnance et nomadisme médical et/ou pharmaceutique ; 
  • augmentation de l'utilisation de la prégabaline au sein de populations à risque, pouvant évoluer vers une consommation à finalité non thérapeutique liée à une obtention illégale. Il s'agit notamment de sujets traités par des médicaments de substitution aux opiacés ou présentant des antécédents d'abus.

Abus de prégabaline : quels risques somatiques ?
Selon la Commission des stupéfiants et psychotropes, "
Il reste à mesurer l'impact de cet abus en termes de morbimortalité pour vérifier s'il ressemble à celui qui est observé notamment dans les pays nordiques, où la prégabaline est de plus en plus souvent impliquée dans les décès d'origine toxique."

La Commission précise également qu'"une enquête de pharmacodépendance a identifié des risques particuliers, souvent en association avec d'autres produits, en particulier l'alcool : décès, troubles neurologiques, convulsions, coma. L'addiction est un problème qui peut se gérer. C'est plus l'impact morbide qui doit être exploré avec ce produit."


L'ANSM met les prescripteurs en garde vis-à-vis des prescriptions de prégabaline 
Bien que les risques de mésusage et d'abus soient déjà mentionnés dans le RCP des spécialités de prégabaline (Cf. Encadré 2), ces nouvelles données conduisent l'Agence nationale de sécurité du médicament et des produits de santé (ANSM) à recommander aux prescripteurs d'être prudents lors de la prescription de prégabaline, en particulier chez les patients qui présentent des antécédents de toxicomanie (Cf. Point d'information, ANSM 30 juin 2016).

La surveillance doit notamment porter sur les signes évoquant un mésusage, un abus ou une dépendance comme : 
  • le développement d'une tolérance
  • l'augmentation des doses
  • un comportement de recherche du médicament.
 
Encadré 2 - Extrait du RCP de LYRICA, rubrique Mises en garde et précautions d'emploi
Mésusage, abus médicamenteux ou dépendance :
Des cas de mésusage, d'abus médicamenteux et de dépendance ont été rapportés.
Une précaution doit être prise chez les patients avec des antécédents de toxicomanie.
Les symptômes de mésusage, d'abus ou de dépendance à la prégabaline doivent être surveillés chez ces patients (développement de tolérance, augmentation de dose, comportement de recherche de médicament ont été rapportés).

Pour aller plus loin
Risques d'abus, de mésusage et de pharmacodépendance liés à l'utilisation de la prégabaline (Lyrica et génériques) - Point d'Information (ANSM, 30 juin 2016)
Comité technique des Centres d'Evaluation et d'Information sur la Pharmacodépendance - séance du 28 mai 2015  : présentation des résultats de l'étude de cohorte menée par le CEIP de Toulouse (Compte-rendu, 24 décembre 2015)
Commission des stupéfiants et psychotropes - Séance du 25 juin 2015 (Compte-rendu, 22 décembre 2015)

Sources : ANSM (Agence Nationale de Sécurité du Médicament)

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