Statines : le rapport bénéfice/risque reste favorable malgré le risque identifié de diabète

Par DAVID PAITRAUD -
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Le risque accru de diabète de type 2 observé chez les patients traités par statines ne remet pas en cause le rapport bénéfice/risque de ces médicaments hypocholestérolémiants en prévention cardiovasculaire, selon un point d'information de l'ANSM.

Selon les données actuellement disponibles, le bénéfice des statines reste largement supérieur à leurs risques, diabète compris : l'augmentation du risque de diabète est estimée entre 9 et 15 %, alors que le risque de complications cardiovasculaires diminuerait de 15 à 23 %.
Structure de l'HMG-CoA réductace (illustration @Wikimedia).

Structure de l'HMG-CoA réductace (illustration @Wikimedia).


Plusieurs études ayant mis en évidence un effet diabétogène des statines (cet effet indésirable est mentionné dans les AMM des spécialités), ont conduit les autorités de santé américaine (FDA) et européenne (EMA) à réévaluer le rapport bénéfice/risque de ces médicaments hypocholestérolémiants.
Selon les conclusions de cette réévaluation, l'augmentation du risque de survenue de diabète de type 2 chez les patients traités par statines ne remet pas en cause le rapport bénéfice/risque de cette classe thérapeutique dans la prévention des complications cardiovasculaires(1).

Un risque de diabète sous statines accru par des facteurs de risque préexistants
Selon les données actuellement disponibles(2), le traitement par statines (toutes statines confondues) permet de réduire le risque d'événement cardiovasculaire de 15 à 23 % selon le type d'événement (angine de poitrine, infarctus du myocarde, attaque cérébrale). Le taux de mortalité toutes causes est réduit de 10 %.

En comparaison, l'augmentation du risque de survenue de diabète est estimée entre 9 et 15 %, et est favorisée par la présence de facteurs de risque pré-existants à la prescription de statines(3), par effet de classe :
  • glycémie à jeun >= 5,6 mmol/L ;
  • index de masse corporelle (IMC) > 30 kg/m2 ;
  • augmentation des triglycérides ;
  • antécédents d'hypertension artérielle.
Pour les autorités de santé, le bénéfice des statines en prévention cardiovasculaire primaire ou secondaire est donc largement supérieur aux risques, diabète inclus.

Une meilleure compréhension de l'effet diabétogène des statines
Cette augmentation du risque de survenue d'un diabète semble être directement liée au mécanisme d'action des statines, c'est-à-dire à l'inhibition de l'hydroxy-méthyl-glutaryl coenzyme A réductase (HMG-CoA-réductase). 
Une nouvelle méta-analyse de 20 essais randomisés(4) a montré pour la première fois que deux polymorphismes du gène de l'HMG-CoA-réductase (rs17238484-G et rs12916-T) sont associés à une baisse des taux de LDL-cholestérol, un poids plus élevé, une insulinémie et une glycémie augmentées ainsi qu'une augmentation du risque de diabète. 

Autrement dit, de la même façon que ces polymorphismes sont associés à un risque diabétogène augmenté (indépendamment de la prise de statines), les statines, qui sont de puissants inhibiteurs de l'HMG-CoA-réductase, entraînent par cette action spécifique (responsable de la baisse du cholestérol) une augmentation de la glycémie.

Pour mémoire
En France, 5 statines sont actuellement commercialisées : la pravastatine, la simvastatine, l'atorvastatine, la rosuvastatine, la fluvastatine

Ces médicaments sont indiqués pour diminuer le taux de cholestérol dans le sang :
  • soit en prévention primaire (c'est-à-dire pour éviter un accident cardiovasculaire chez un sujet qui n'en n'a jamais été victime) chez des patients présentant des facteurs de risques cardiovasculaires (dont le diabète), lorsque les mesures hygiéno-diététiques ne suffisent pas à la diminution du taux de cholestérol ;
  • soit en prévention secondaire chez des patients présentant des antécédents notamment d'infarctus du myocarde, d'insuffisance coronaire ou d'accident vasculaire cérébral.

Pour aller plus loin :
  1. Statines et risque de diabète : le rapport bénéfice/risque reste toujours positif - Point d'Information (ANSM, 9 décembre 2014)
  2. Evaluation des technologies de santé – Analyse médico-économique. HAS, juillet 2010
  3. HMG-CoA Reductase Inhibitors (atorvastatin, fluvastatin, lovastatin,pravastatin, simvastatin, pitavastatin, rosuvastatin) and safety the risk of newonset diabetes/impaired glucose metabolism. Agreed by PhVWP March 2012. Heads of Medicines Agencies, mars 2012
  4. Swerdlow D et al. HMG-coenzyme A reductase inhibition, type 2 diabetes, and bodyweight : evidence from genetic analysis and randomized trials (Lancet, 24 septembre 2014)

Sur VIDAL.fr :
Statines : efficacité, tolérance, efficience, conditions de prescription, régimes, perspectives... Entretien avec le Pr Jacques Blacher (30 Octobre 2014)
Prise en charge de la rosuvastatine et de l'ézétimibe : accord préalable nécessaire (septembre 2014)

Sources : EMA (European Medicines Agency), ANSM (Agence Nationale de Sécurité du Médicament)

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