"On n’anticipe pas assez les conséquences des résistances bactériennes" Dr Véronique Mondain, infectiologue

- Date de publication : 14 mai 2014
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Au 8ème Congrès de la Médecine Générale, qui se tenait à Paris début avril, nous avons rencontré le Dr Véronique Mondain, praticien hospitalier dans le service d’infectiologie du CHU de Nice.

Voici son point de vue les résistances bactériennes,  leur évolution actuelle et le rôle des médecins généralistes pour tenter de préserver l’écologie microbienne. 
Détermination de la sensibilité d'une bactérie à plusieurs antibiotiques (antibiogramme, illustration).

Détermination de la sensibilité d'une bactérie à plusieurs antibiotiques (antibiogramme, illustration).


VIDAL : Où en sommes-nous aujourd'hui sur les résistances aux antibiotiques ?
Dr Véronique Mondain : Aujourd'hui, nous sommes confrontés en France, mais aussi dans l'ensemble des pays d'Europe et surtout au niveau planétaire, à quelque chose d'assez récent depuis une dizaine d'années, c'est l'augmentation de la résistance (cf. rapport OMS 2014), notamment des entérobactéries, à tous les antibiotiques. Je pense qu'il faut vraiment que les médecins généralistes se sentent concernés par cela, même si en France l'on est encore un petit peu à l'abri de ces résistances bactériennes : globalement on a des Escherichia coli qui sont, dans 5 à 10 % des cas en France, touchées par un mécanisme de multi-résistance que l'on appelle bêta-lactamase à spectre étendu (BLSE), ce qui réduit énormément les possibilités thérapeutiques.
 
 
VIDAL : Cette résistance inquiétante est-elle suffisamment prise en compte ?
Dr Véronique Mondain : On ne le sait pas assez, on n'anticipe pas cette situation parce que malheureusement, l'industrie pharmaceutique ne fait plus de nouveaux antibiotiques et l'on va être, je pense à court terme, confronté à des impasses thérapeutiques. Donc il y a en France des instances qui ont créé des outils pour nous aider, notamment aussi des propositions comme le "Plan national d'alerte sur les antibiotiques 2011-2016" qui insiste sur le fait que nous sommes de très forts consommateurs d'antibiotiques en France (au troisième ou quatrième rang européen) et qu'il est impératif que nous réduisions d'environ 25 % notre consommation d'ici 3, 4 ans (cf. cet article sur l'évolution de la consommation d'antibiotiques en France depuis 2000), si l'on veut déjà être dans la moyenne européenne et si l'on veut surtout éviter la pression de sélection qui fait émerger la résistance.

VIDAL : Comment le médecin généraliste peut-il réagir face à la demande d'antibiotiques des patients ?
Dr Véronique Mondain : Souvent les médecins croient que les patients demandent un antibiotique, mais lorsque nous faisons des enquêtes, comme celles effectuées par le CHU de Nice avec des généralistes, nous nous rendons compte que souvent, ce n'est pas la réalité. Ce que les patients veulent, c'est être rassurés sur ce qu'ils ont : ils s'attendent à ce qu'on leur donne un peu une histoire de la maladie, qu'on leur dise "cela va durer tant de jours, peut-être que vous allez passer par une expectoration purulente (je prends un exemple qui me vient à l'esprit, la bronchite) mais, ne vous inquiétez pas, vous n'avez pas de facteur de risque, il ne vous arrivera rien, cela va se passer comme cela".

C'est cela la demande du patient, qu'il soit écouté, qu'on lui explique ce qu'il a. Si l'on fait tout cela bien, et cela veut dire que le médecin lui-même est rassuré par rapport à ce qu'il dit, le patient a alors une bonne connaissance de la maladie, en général, il n'y a pas de demande d'antibiothérapie.

VIDAL : Faut-il faire systématiquement un TDR (test de diagnostic rapide) en cas d'angine clinique ?
Dr Véronique Mondain : Les pays du Nord, qui ont commencé à mettre en place les Tests de Diagnostic Rapide de l'angine, sont aujourd'hui allés plus loin. C'est-à-dire qu'ils ont fait une étude comparant les personnes qui avaient vraiment une angine à streptocoques, traitée ou non par antibiotiques. Ils se sont rendu compte que la seule différence entre les deux groupes, c'était 24 heures de symptômes supplémentaires dans le groupe traité.

Quel est le risque d'une angine au jour d'aujourd'hui ? Trois jours de fièvre. On va dire cela comme cela. C'est un peu schématique, c'est un peu caricatural, je mets à part les scarlatines, mais l'angine de base, c'est 3 jours de fièvre, c'est tout. Donc, globalement, est-ce qu'il faut encore traiter les angines par antibiotique ? Les Danois et les Norvégiens disent non. Les Français ont beaucoup de mal à faire un Test de Diagnostic Rapide et nous, infectiologues, nous sommes de toute façon absolument pour ce Test de Diagnostic Rapide, qui permet déjà d'éviter 60 % des traitements antibiotiques (dans cette indication).

VIDAL : Avez-vous d'autres messages préventifs à faire passer sur les résistances bactériennes ?
Dr Véronique Mondain : Pas forcément sur les antibiotiques, mais il y a un message à faire passer sur l'hygiène : là aussi on n'en parle pas. Je pense qu'il est impératif que les médecins soient le relais des précautions d'hygiène de base. Les gens ne se lavent pas assez les mains, les gens ne savent pas qu'il faut se laver les mains après avoir été aux toilettes, les gens font un petit peu n'importe quoi et donc je pense que si l'on pouvait aussi faire passer des messages d'hygiène, ce serait vraiment bien : en cabinet, en discussion avec le patient, il faudrait repositionner le rôle de se laver, d'avoir son propre linge de toilette, de faire la lessive assez régulièrement, des choses toutes simples, mais l'hygiène des mains, on le sait, c'est le véhicule du transport des bactéries.

VIDAL : Que pensez-vous des expérimentations de transplantation fécale en cas d'infections récidivantes ?
Dr Véronique Mondain : Malheureusement l'infection à Clostridium difficile récidive chez un certain nombre de patients qui ne font pas d'anticorps parce que ils sont âgés, ils sont ceci, ils sont cela. Effectivement, la transplantation fécale, c'est l'avenir (voir la fin de cet article sur Vidal.fr) mais les Français y sont un peu réticents, parce que ce n'est pas très glamour quand même… Donc je pense qu'il faut que l'on développe cette technique et à mon avis, oui, là c'est en train de se lancer, il y a une publication qui est parue très récemment, je crois que c'est dans le New England ou The Lancet (NDLR : c'est dans le NEJM, 2013), qui montre justement la supériorité évidente de la transplantation fécale sur toutes les autres approches thérapeutiques.

De toute façon, le microbiote, notre flore fécale, c'est notre avenir ! Donc déjà aussi, il faudrait faire réaliser aux gens que quand ils prennent une semaine d'antibiotiques, ils se modifient leur flore fécale pour 4 ans. Et cela, les gens ils ne le savent pas. Donc il faut vraiment insister sur le fait que l'écologie, cela commence par notre propre écologie bactérinne, et c'est très important.
 
Propos recueillis au 8ème Congrès de la Médecine Générale France (CMGF), Paris, avril 2014
 
En savoir plus :
- Premier rapport de l'OMS sur la résistance aux antibiotiques: une menace grave d'ampleur mondiale, OMS, avril 2014
-Bêtalactamases à spectre étendu, présentation du Dr Christian CATTOEN (CH Valenciennes) pour le Diplôme d'Université d'Antibiothérapie et Chimiothérapie Anti-infectieuse, année 2010 – 2011, Module IV "Infections nosocomiales – infections sur terrain particulier" (Faculté de Médecine Henri Warembourg, Lille)
- Plan national d'alerte sur les antibiotiques 2011-2016, Sante.gouv.fr
- Duodenal Infusion of Donor Feces for Recurrent Clostridium difficile, NEJM, janvier 2013
 
Sur Vidal.fr :
- VIDAL Recos : Angine
- VIDAL Recos : Antibiotiques, antiviraux (traitement par)
- Consommation d'antibiotiques en France entre 2000 et 2012 : constats et préconisations de l'ANSM (juin 2013)

Sources : VIDAL

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