Très fréquents et de sévérité variable, les nausées et vomissements de la grossesse peuvent avoir un impact important sur la qualité de vie. Ils ne doivent pas être banalisés car, lorsqu’ils sont sévères, ils ont des conséquences psychologiques et peuvent même avoir un effet négatif sur le déroulé de la grossesse.
Les nausées et vomissements sont l’un des symptômes les plus fréquents au cours de la grossesse. Ils touchent plus de la moitié des femmes. Heureusement, ils sont le plus souvent peu graves, sans impact majeur sur la qualité de vie et disparaissent à la fin du premier trimestre. Dans 15 à 30 % des cas, les femmes souffrent d’une forme plus sévère et handicapante, appelée « hyperémèse gravidique », où les symptômes affectent la vie quotidienne et professionnelle. Pour moins de 3 % des grossesses, les vomissements sont impossibles à contrôler et constituent la principale cause d’hospitalisation au cours du premier trimestre de la grossesse.
Quels sont les symptômes des nausées de la grossesse ?

Dans la majorité des cas, les nausées surviennent le matin, à jeun. Pour certaines femmes enceintes, les nausées se limitent à un manque d’appétit ou à un dégoût pour quelques aliments. Pour d’autres, les nausées sont plus sévères et entraînent de grandes difficultés pour s’alimenter, en particulier lorsqu’elles s’accompagnent de vomissements. Si l’alimentation est difficile et la perte de poids conséquente, il est essentiel d’en parler avec son médecin ou la sage-femme qui suit la grossesse car cela peut nuire à la croissance du fœtus.
Quelles sont les causes des nausées de la grossesse ?
Les causes des nausées de la grossesse sont mal comprises, en raison de leur origine multifactorielle mais aussi du fait qu’elles touchent certaines femmes mais pas d’autres.
La cause hormonale est le facteur le plus documenté à ce jour. Le pic des symptômes apparaît lorsque les taux sanguins de certaines hormones sont le plus élevés : hormone chorionique gonadotrope humaine (hCG), hormones thyroïdiennes, hormones stéroïdiennes comme le cortisol, les estrogènes et la progestérone. Des travaux expérimentaux récents ont par ailleurs mis en évidence la probable influence de deux substances impliquées dans la régulation de l'appétit et de la perception du goût, le Growth Differentiation Factor 15 (GDF15) et l'Insulin-like Growth Factor-Binding Protein 7 (IGFBP7).
L’hypothèse d’une origine psychologique, longtemps avancée, n’a jamais été confirmée par les données de la recherche scientifique.
Quels facteurs de risque pour les nausées de la grossesse ?
Certains facteurs de risque ont été évoqués, mais ils n’ont pas été confirmés par les études : présence de la bactérie Helicobacter pylori dans l’estomac, prédisposition génétique, femmes très minces, fœtus de sexe féminin, grossesses multiples ou antécédents de nausées lors d’une grossesse précédente.
Quelles peuvent être les conséquences des nausées sévères de la grossesse ?
Les formes sévères de nausées de la grossesse peuvent diminuer la qualité de vie familiale et professionnelle et peuvent avoir des conséquences psychologiques, voire psychiatriques (stress, troubles anxiodépressifs, état de stress post-traumatique et idées suicidaires), tant durant la grossesse qu’après l’accouchement. Dans certaines études, elles conduiraient à une demande d’interruption volontaire de grossesse (IVG) dans 5 à 15 % des cas.
La survenue de ces nausées pourrait également avoir un impact sur le déroulement de la grossesse : risque de petit poids de naissance, de petit poids pour l’âge gestationnel et de naissance prématurée.
Enfin, les formes sévères exposent la mère à un risque d’encéphalopathie de Gayet-Wernicke (une carence en vitamine B1 qui se traduit par de la confusion mentale, des troubles des mouvements et des troubles oculomoteurs), notamment en cas de réhydratation intraveineuse sans supplémentation en vitamine B1.
Comment le médecin évalue-t-il la sévérité des nausées de la grossesse ?
L’évaluation de la sévérité des nausées et vomissements de la grossesse repose sur 3 critères :
- la perte de poids rapportée au poids avant la grossesse ;
- la recherche de signes de déshydratation : fatigue, soif intense, hypotension orthostatique (vertiges en passant de la position couchée à la position debout), baisse de la quantité d’urine, etc. ;
- le score PUQE modifié (Pregnancy Unique Quantification of Emesis and nausea). Ce score, simple et rapide, comporte trois questions :
- En moyenne durant une journée, combien de temps vous sentez-vous nauséeuse ou avez-vous mal au cœur ?
Pas du tout (1 point), moins de 1 h (2 points), 2-3 h (3 points), 4-6 h (4 points) ou plus de 6 h (5 points) - En moyenne durant une journée, combien de fois vomissez-vous ?
Pas du tout (1 point), 1-2 fois (2 points), 3-4 fois (3 points), 5-6 fois (4 points), plus de 7 fois (5 points) - En moyenne durant une journée, combien de fois avez-vous des haut-le-cœur ou des renvois sans véritable vomissement ?
Pas du tout (1 point), 1-2 fois (2 points), 3-4 fois (3 points), 5-6 fois (4 points) ou plus de 7 fois (5 points).
Le score total, compris entre 3 et 15, permet de classer les symptômes en 3 niveaux de sévérité : légers (6 points ou moins), modérés (7 à 12 points) et sévères (13 points ou plus).
Quand parle-t-on d’hyperémèse gravidique et non plus de nausées sans gravité ?
Les nausées et vomissements non compliqués sont définis comme ceux associés à une perte de poids de moins de 5 %, sans signes cliniques de déshydratation et avec un score PUQE inférieur ou égal à 6. Dans ce cas, aucun bilan biologique n’est nécessaire.
On parle d’hyperémèse gravidique lorsque les nausées et vomissements sont associés à au moins un des 3 signes suivants : une perte de poids de 5 % ou plus, un ou des signes cliniques de déshydratation et/ou un score PUQE de 7 ou plus. Dans ce cas, un bilan biologique est nécessaire pour rechercher des éléments pouvant justifier une hospitalisation (par exemple, les taux sanguins de potassium, de sodium ou de créatinine, et/ou une bandelette urinaire).
L’hospitalisation n’est proposée qu’aux patientes avec une hyperémèse gravidique compliquée, définie par une perte de poids significative (10 % ou plus) ou des troubles sanguins nécessitant une correction rapide par intraveineuse.
Comment soigne-t-on les formes légères de nausées de la grossesse ?
Dans les formes légères, l’arrêt des vitamines prénatales et de la supplémentation en fer est proposé, en maintenant l’apport en vitamine B9 (acide folique, folates). Aucune modification du régime alimentaire ou du mode de vie n’a prouvé son efficacité dans ce contexte et il est donc conseillé aux femmes d’adapter librement leur alimentation en fonction de leurs symptômes et de leur mode de vie. En cas de vomissements, mieux vaut boire au moins 2 litres d’eau par jour pour éviter la déshydratation.
Le gingembre, l'acupression, l'acupuncture et l'électrostimulation peuvent être envisagés uniquement dans les formes légères, même si leurs bénéfices ne sont pas formellement démontrés.
L'aromathérapie, en revanche, est déconseillée, en raison de l'absence d'efficacité démontrée et des risques liés aux huiles essentielles chez la femme enceinte.
| Quelques conseils pratiques en cas de nausées de la grossesse |
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Quels sont les traitements médicamenteux possibles ?
L’usage des médicaments est réservé aux formes modérées à sévères. Le traitement est ajusté, en évaluant son efficacité après 48 à 72 heures selon la gravité des symptômes. En premier lieu, les experts recommandent le gingembre, l’association doxylamine-pyridoxine (CARIBAN, XONVEA), ou le diménhydrinate. En l’absence d’efficacité, le médecin peut prescrire du métoclopramide ou de la métopimazine. D’autres substances (chlorpromazine, prométhazine), qui n’ont pas d’indication officielle dans les nausées, peuvent également être proposées.
En conclusion, lorsqu’elles sont importantes ou prolongées, les nausées de la grossesse peuvent avoir des conséquences sur la qualité de vie et justifier un soutien psychologique. Des associations de patientes investies dans l’accompagnement des femmes qui souffrent de nausées sévères et éprouvantes (et de leur entourage) existent : Association HG et Groupe Facebook « 9 mois avec ma bassine ».
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