L'instauration du portail santé met les facultés au défi d'adapter à temps leur offre de formation. Unaihuiziphotography / iStock / Getty Images Plus / via Getty Images
L'instauration de la licence "portail santé", à la rentrée 2027, en remplacement du système Pass-L.AS (parcours d'accès spécifique santé-licence accès santé), va entraîner une réduction d'environ 20 % des capacités d'accueil en première année, a alerté le 4 novembre la Conférence des doyens des facultés de médecine, lors d'une conférence de presse.
Le décret entérinant la création d'une licence "portail santé", dont la première année se substituera au système Pass-L.AS, a été publié fin octobre.
Cette diminution d'environ 20 % des capacités d'accueil en première année est nécessaire si "on souhaite maintenir la qualité de la formation", a déclaré la Pr Isabelle Laffont, présidente de la Conférence des doyens des facultés de médecine.
Cette diminution porterait sur les capacités d'accueil en première année de licence portail santé, et non sur le nombre de places en deuxième année de médecine, a-t-elle précisé.
Cette estimation de 20 % est la "piste de travail la plus probable" envisagée par chaque université. Elle résulte d'une enquête menée le 3 novembre auprès des unités de formation et de recherche (UFR) de médecine sur les scénarios envisagés par les universités pour mettre en œuvre la réforme à la rentrée 2027, a poursuivi la Pr Laffont.
Il s'agit d'une moyenne, et la baisse du nombre de places pourrait être "plus importante" dans les grandes universités.
Elle a cité l'exemple de son université de Montpellier-Nîmes, où les capacités d'accueil pourraient passer de 2 440 places actuellement en Pass-L.AS à 1 900 dans le cadre de la future licence portail santé, soit une diminution "autour de 20 % à 25 %".
À défaut d'une réduction des effectifs d'étudiants, les facultés seraient contraintes de dégrader leurs conditions d'enseignement du fait d'un manque de place.
"Dans ce cas, la seule réponse que nous aurions serait de dégrader la pédagogie, c'est-à-dire de passer les cours en distanciel parce qu'il n'y aurait plus assez de places dans les amphithéâtres, de supprimer les travaux dirigés et, derrière tout cela, plus assez d'enseignants à mettre en face", a-t-elle développé.
L'explication principale à ce phénomène est qu'avec la licence portail santé, les étudiants devront suivre davantage de cours dans d'autres disciplines que la santé, ce qui augmentera fortement les besoins.
En outre, une telle dégradation de l'enseignement ferait la "part belle aux prépas privées payantes […] alors qu'elles sont, pour nous, socialement inéquitables et complètement inacceptables", a précisé la Pr Laffont.
Manque de financement
Outre le risque de réduire les capacités d'accueil, la Conférence des doyens a alerté sur l'absence de garanties financières suffisantes pour mettre en œuvre la réforme.
Si les 5 millions d'euros (M€) de crédits d'amorçage annoncés en juin ont été notifiés aux universités, "le vrai sujet, ce sont les financements pluriannuels à partir de 2027", a expliqué la Pr Laffont.
"Les besoins ont été évalués dans un rapport en octobre en année pleine à 24 M€ par an" par les inspections générales des affaires sociales (Igas) et de l'éducation, du sport et de la recherche (Igésr) et "à 30 M€ par France Universités". "Or nous n'avons aucune certitude sur ces financements", a-t-elle déploré.
Les doyens ont également dénoncé un calendrier trop serré. "Parcoursup doit être implémenté pour le 15 décembre", alors que les programmes doivent encore être validés par les instances, a alerté la présidente de la Conférence des doyens.
"Or nous sommes déjà la veille, c'est déjà extrêmement tardif. Et nous n'avons pas les arrêtés" précisant le contenu du bloc d'enseignements en santé, les conditions de redoublement et les modalités de classement des étudiants pour accéder aux filières de santé.
Face à toutes ces difficultés, la Conférence des doyens des facultés de médecine a réitéré à de nombreuses reprises son souhait de repousser d'un an l'entrée en vigueur de la réforme de la première année, comme elle le demande déjà depuis plusieurs mois.
ECOS 2026 : les universités "renforcées" par les conclusions de l'inspection
Concernant les soupçons de fraude aux examens cliniques objectifs structurés (ECOS) de 2026, la Conférence des doyens s'est félicitée des conclusions de la mission Igas-Igésr, diligentée après la diffusion d'une lettre anonyme.
Les inspecteurs estiment que "l'hypothèse d'une triche massive est presque nulle" et que le niveau de sécurisation des épreuves est "très acceptable", même s'il est toujours "un peu perfectible, comme lorsqu'il y a une panne de réseau", a commenté la Pr Isabelle Laffont.
De son côté, le Pr Marc Humbert a déploré l'importance accordée à la lettre anonyme, dont le contenu était "très étrange" et "pas crédible". "Je regrette quand même que toute lettre anonyme puisse aboutir à une telle conséquence. Si nous en avons tous les ans, cela va finir par fatiguer les équipes", a-t-il déclaré.
Quoi qu'il en soit, "l'ensemble des facultés de santé sortent renforcées de cette enquête", bien que cette affaire ait "profondément déstabilisé nos étudiants".
Les doyens annoncent cependant vouloir renforcer la sécurité des ECOS, en supprimant notamment le recours aux grilles d'évaluation papier en cas de panne informatique, mais aussi en donnant la possibilité de maintenir les résultats malgré l'invalidation de certaines stations.
La hausse du nombre d'étudiants en deuxième année met les facultés sous tension
La Conférence des doyens a par ailleurs salué la publication en octobre des objectifs nationaux pluriannuels.
Ils vont "augmenter de 18,9 % le nombre de places pour les étudiants en deuxième année de médecine", a déclaré la Pr Laffont.
Elle alerte toutefois sur les moyens nécessaires pour les former. "Nous sommes au maximum de ce que l'on peut faire dans les facultés de médecine, et nous avons toujours besoin de 1 000 postes hospitalo-universitaires supplémentaires pour rattraper notre retard", a-t-elle poursuivi.
En ce qui concerne la quatrième année d'internat de médecine générale, "2 535 docteurs juniors ont été affectés", auxquels s'ajouteront "500 autres en mai 2027", soit "environ 3 000 sur l'année universitaire 2026-2027". Parmi les premiers affectés, "80 % exercent dans des zones sous-denses".
"Nous avons gardé cette vigilance indispensable et absolue sur la qualité de l'encadrement pédagogique des jeunes", a assuré Isabelle Laffont.
Elle a précisé que tous les docteurs juniors étaient encadrés par des maîtres de stage universitaires et qu'ils n'avaient pas vocation à "pallier seuls les déserts médicaux".
"Pour que le dispositif soit efficace sur la question de l'iniquité d'accès aux soins et des déserts médicaux, il faudra qu'ils restent dans les territoires. Pour l'instant, on ne sait pas si cela va marcher", a-t-elle conclu.
D'après une dépêche publiée par APMnews le 4 novembre 2026.
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