Le principe de consultations longues ménopause pour les sages-femmes est déjà acté par le ministère. Svitlana Hulko / iStock / Getty Images Plus / via Getty Images
La ministre de la santé, Stéphanie Rist, souhaite "examiner avec sérieux" le renforcement de la place des sages-femmes dans la prise en charge des femmes en périménopause ou en ménopause et a notamment saisi la Haute Autorité de santé (HAS) afin d'examiner les conditions dans lesquelles ces professionnelles de santé pourraient prescrire le traitement hormonal de la ménopause (THM), a-t-elle déclaré le 15 octobre en clôture des premières Assises de la ménopause, organisées à Paris.
La tenue d'assises sur la ménopause ainsi que l'autorisation des sages-femmes à prescrire des THM faisaient partie des préconisations de la mission parlementaire sur la ménopause confiée en octobre 2024 à Stéphanie Rist alors qu'elle était députée. Au moment de la remise de son rapport en avril 2025, le gouvernement avait annoncé de premières mesures pour améliorer la prévention et l'accompagnement des femmes.
L'élargissement des professionnels pouvant prescrire le THM viserait à faciliter le parcours de soins des femmes concernées dans un contexte de faible nombre de gynécologues médicaux et d'inégalités territoriales d'accès à un médecin.
En 2025, 496.245 femmes, soit 2,5 % des femmes de plus de 40 ans et 4,4 % de celles âgées de 45 à 60 ans, prenaient un THM en France, selon des données publiées en juin par le groupement d'intérêt scientifique (GIS) Epi-Phare.
Les sages-femmes "assurent déjà des consultations gynécologiques" à l'âge de la périménopause et de la ménopause, "sont confrontées à ces situations au quotidien" et "elles pourront assumer demain des consultations longues ménopause", a rappelé Stéphanie Rist.
Pour la ministre de la santé, des familles, de l'autonomie et des personnes handicapées, ce sont "des professionnelles de la prévention, dont le rôle peut être renforcé dès lors que l'on n'entre pas dans des indications à risque". "Elles connaissent leurs limites", a-t-elle insisté.
Pour examiner "les conditions et les garanties" dans lesquelles les sages-femmes pourraient prescrire le THM, elle a saisi la HAS. Celle-ci devrait rendre son avis au premier trimestre 2027, a précisé Stéphanie Rist à APMnews lors d'un micro tendu à l'issue des assises.
Dans son discours, elle a assuré qu'elle ne préjugeait pas de l'avis de la HAS et qu'elle se fonderait sur ce que la science dit : "Elle s'impose à tous et je sais ici que tout le monde s'y attache."
Ce sujet a largement fait débat lors des assises. La Pr Geneviève Plu-Bureau, présidente du conseil scientifique d'Agir pour le cœur des femmes, gynécologue et épidémiologiste à l'hôpital Cochin-Port-Royal (Paris, AP-HP), a estimé que la primoprescription devait être réservée aux médecins généralistes et gynécologues afin de bien étudier tous les facteurs de risque alors qu'une autre gynécologue dans la salle a regretté cette frilosité. Du côté des sages-femmes, Isabelle Derrendinger, présidente du Conseil national de l'ordre des sages-femmes (Cnosf), a déclaré qu'elles étaient "prêtes" à prescrire le THM, en insistant sur la nécessité d'une gradation des soins et de l'"interprofessionnalité".
Négociations prochainement avec les sages-femmes pour les consultations longues
S'agissant des consultations longues ménopause permettant aux femmes d'avoir un "bilan à 360 degrés" réalisé par un médecin ou une sage-femme, la ministre a rappelé que conformément à un engagement du président de la République, Emmanuel Macron, elle a inscrit leur principe dès son arrivée au ministère.
"Ces consultations doivent désormais être appliquées grâce aux négociations conventionnelles entre les professionnels et l'assurance maladie", a-t-elle observé.
Pour les médecins, ces négociations ouvertes au printemps "n'ont pas abouti" mais "d'autres devront s'ouvrir". Et pour les sages-femmes, les négociations conventionnelles, incluant cette consultation longue, vont débuter "dans les toutes prochaines semaines".
Depuis septembre, les kinésithérapeutes sont autorisés à prescrire certains traitements locaux non hormonaux, a-t-elle rappelé.
Un site d'information spécifique et une future campagne de sensibilisation
Au début de son discours, la ministre a déploré que les femmes aient souvent à se "débrouiller" seules pour comprendre ce qui leur arrive au moment de la périménopause, démêler des informations parfois contradictoires, rencontrer le bon professionnel et trouver les mots pour en parler dans sa vie intime ou professionnelle. Elle a fustigé un "impensé collectif" pour les politiques, les entreprises et le combat féministe.
Pour mieux informer, Stéphanie Rist a promis le lancement d'une campagne de sensibilisation sur les réseaux sociaux en janvier 2027, avec Santé publique France (SPF) et le média Mesdames Productions. Elle prendra la forme de 10 vidéos courtes qui aborderont 10 dimensions très concrètes de la périménopause et de la ménopause.
L'objectif sera "d'informer sans créer de climat anxiogène et de reconnaître les difficultés sans réduire la ménopause à une période de déclin", a-t-elle expliqué.
Elle a aussi annoncé l'élaboration d'un guide des bonnes pratiques de communication sur la ménopause pour les acteurs publics car "des mots peuvent maladroitement être enfermant plutôt que libérateurs". Un guide de bonnes pratiques a par ailleurs été publié jeudi pour les créateurs de contenu afin de "mieux identifier les sources fiables, présenter avec justesse ce que dit la science et ce qu'elle ne dit pas, repérer les signes de désinformation et orienter vers les ressources adaptées".
Un "minisite entièrement dédié à la ménopause" est également mis en ligne jeudi sur le site santé.fr, à l'image de ce qui existe sur l'endométriose.
Enfin, elle a indiqué que le sujet de la ménopause sera "pleinement intégré" aux travaux en cours sur la désinformation en santé.
Des recommandations de la HAS pour la fin du premier semestre 2027
Pour les professionnels, elle a rappelé que la HAS élabore actuellement des recommandations sur la prise en charge globale de la ménopause, après avoir confirmé en octobre 2025 la place du THM dans la prise en charge des troubles du climatère et la prévention de l'ostéoporose post-ménopausique chez les femmes à risque de fracture.
Une représentante de la HAS a précisé qu'elles devraient être diffusées à la fin de premier semestre 2027. La ministre souhaite qu'elles fassent alors l'objet d'une communication spécifique de l'assurance maladie à destination des professionnels et qu'elles alimentent les chantiers sur les outils d'aide à la décision médicale.
"Aujourd'hui, la qualité de la réponse dépend encore trop souvent du professionnel rencontré, non pas que les professionnels de santé manquent de bonne volonté, mais ils manquent de repères communs", a-t-elle déploré. "Demain, les mêmes connaissances devront irriguer l'ensemble du système de santé".
Le sujet de la ménopause sera aussi intégré parmi les orientations prioritaires de la formation continue des professionnels et auprès de l'ensemble des unités de formation et de recherche en santé, a-t-elle fait valoir.
Enfin, elle a fait savoir qu'elle allait confier au Haut-Commissariat à la stratégie et au plan une mission sur le coût social et économique du manque d'information, d'accompagnement et de prise en charge de la ménopause, "pour les femmes, pour les employeurs et pour la société". Ce chiffre a été estimé à 11 milliards d'euros par an au Japon, a-t-elle observé. Les conclusions de cette mission sont attendues pour 2027 à l'occasion de la journée mondiale de la ménopause, le 18 octobre.
Les assises étaient organisées par le ministère de la santé, avec le ministère du travail et des solidarités et le ministère de l'égalité entre les femmes et les hommes et de la lutte contre les discriminations.
D'après une dépêche publiée par APMnews le 15 octobre 2026.
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