L'Afef recommande de dépister le VHB une fois par an chez les personnes avec des conduites à risque. jarun011 / iStock / Getty Images Plus / via Getty Images
La société française d'hépatologie (Afef) a dévoilé le 9 octobre, lors de ses journées scientifiques, de nouvelles recommandations sur les hépatites virales B et delta, qui seront publiées d'ici à la fin de l'année.
Ce document organisé en 13 chapitres, qui regroupe 295 recommandations et auquel 84 experts ont participé, paraîtra deux ans après les recommandations actualisées sur l'hépatite B de l'OMS, publiées en mars 2024, et un an après celles de l'European Association for the Study of the Liver (EASL), parues en août 2025.
Ces recommandations, dont les grandes lignes ont été présentées le 9 octobre lors des journées de l'Afef organisées à Strasbourg, sont plus précises sur certains points que les recommandations de l'EASL (patients dans la "zone grise") et parfois plus prudentes, notamment sur l'arrêt des traitements.
S'agissant du virus de l'hépatite B (VHB), l'Afef recommande comme l'OMS d'introduire un dépistage universel chez les adultes, c'est-à-dire de le proposer au moins une fois dans la vie à tout adulte né en France avant 2018 (date de la vaccination obligatoire).
Elle recommande également de le proposer chez les personnes ayant un risque accru d'exposition au VHB et dans des situations pathologiques spécifiques. Elle juge nécessaire de le renouveler tous les ans chez les personnes ayant des conduites à risque ainsi qu'en cas de découverte d'une hépatopathie évolutive non expliquée et lors de l'instauration de tout traitement immunomodulateur.
L'Afef recommande des stratégies de dépistage adaptées aux populations à risque, en particulier celles dont l'accès aux soins est difficile.
Pour le virus de l'hépatite delta (VHD), virus satellite du VHB qui nécessite l'AgHBs pour entrer dans l'hépatocyte et se propager, elle préconise de le dépister chez tout porteur de l'antigène de surface du VHB (AgHBs) au moment du dépistage du VHB ou, à défaut, au cours du suivi.
Elle prône la stratégie du dépistage réflexe des anticorps anti-VHD qui consiste pour le laboratoire d'analyses à ajouter de manière systématique, sans revenir vers le prescripteur, une recherche des anticorps anti-VHD quand un patient est positif à l'AgHBs lors d'un premier bilan VHB.
Éviter de parler de la "zone grise"
Les indications thérapeutiques du VHB ont relativement peu évolué depuis la dernière génération d'analogues de nucléo(s)tides (NUC) incluant le ténofovir et l'entécavir. Toutefois, "si l'indication de traitement est indiscutable lorsqu'il existe une fibrose hépatique significative et une cytolyse, elle est plus débattue lorsqu'il n'existe pas de fibrose et que les transaminases sont normales", rappelait en mai dans un éditorial François Bailly des Hospices civils de Lyon (HCL), sur le site internet de l'Afef.
Ce qui distingue les recommandations de l'Afef de celles de l'EASL, c'est notamment la volonté des experts d'éviter de parler de "zone grise", dans laquelle se trouvent des patients pour lesquels la décision de commencer ou non un traitement antiviral pose question. Il s'agit des patients AgHBe négatifs sans fibrose significative et ayant une charge virale sérique supérieure à 2 000 UI/ml et des transaminases normales, ou des patients AgHBe positifs sans fibrose significative ayant une charge virale VHB élevée et des transaminases normales.
Les dernières recommandations européennes ont pris le parti de discuter le traitement dans ces deux groupes de patients en considérant leur risque individuel de carcinome hépatocellulaire (CHC), leur risque de transmission éventuel ou la présence de manifestations extra-hépatiques liées au VHB.
Dans les recommandations de l'Afef, les experts préconisent de définir un risque évolutif et pronostique en fonction des facteurs de risque de complications hépatiques (âge, sexe, fibrose, co-infection VIH, consommation excessive d'alcool, etc.).
S'agissant du traitement, l'Afef recommande comme l'EASL un traitement des personnes ayant une infection AgHBe+ au plus tard à 30 ans mais surtout de les traiter au stade d'infection chronique "indépendamment de l'âge en cas de risque de transmission (professionnels de santé, risques sexuels)".
Pour les patients AgHBe-, l'EASL avait étendu les indications de traitement et "on les a encore plus étendues", a observé vendredi Vincent Leroy de l'hôpital Henri-Mondor à Créteil (AP-HP), lors des journées de l'Afef. Les experts recommandent ainsi de traiter au cas par cas quand ces personnes ont un ADN du VHB supérieur à 2 000 UI/ml, des transaminases normales et sans fibrose significatives ainsi que celles avec un ADN viral inférieur à 2 000 UI/ml et des transaminases normales en cas de fibrose modérée ou avancée ou en cas de risque de CHC.
S'agissant de l'arrêt du traitement par NUC de deuxième génération, l'Afef le recommande chez les patients ayant perdu l'AgHBs depuis au moins un an et sans maladie évoluée du foie, sans co-infection et non immunodéprimées. Chez ceux avec une faible quantification de l'AgHBs, les experts restent plus prudents que l'EASL car ils ne préconisent un arrêt que dans le cadre d'un essai clinique afin d'avoir une "surveillance très pointue", a expliqué Marc Bourlière de l'Hôpital Saint-Joseph à Marseille.
Pour le VHD, il est recommandé de le traiter par une bithérapie bulévirtide (Hepcludex*, Gilead) et interféron pégylé sauf contre-indication et de l'associer à un traitement du VHB par NUC.
S'agissant du dépistage du CHC, il est notamment recommandé en cas de cirrhose virale B, d'antécédent familial de premier degré chez les personnes mono-infectées sans fibrose hépatique avancée. Ce dépistage devrait se faire tous les six mois par une échographie doppler hépatique, probablement associée à un dosage sérique de l'alphafœtoprotéine.
Vaccination systématique en cas de PrEP à action prolongée contre le VIH, sans ténofovir
S'agissant de la vaccination contre le VHB, l'Afef recommande de vacciner les enfants et adolescents de préférence avant la puberté et de faire un rattrapage pour ceux qui ne le sont pas. Elle appelle à vacciner les nouveau-nés de mères AgHBs positives ou de statut AgHBs inconnu dès la naissance, en association avec une séroprophylaxie anti-VHB.
Elle recommande une vaccination des groupes à risque que sont les personnes immunodéprimées, atteintes de maladies chroniques, transplantées ou en attente de transplantation, celles exposées à un risque professionnel ou non.
L'Afef met en avant la situation particulière des personnes recevant une prophylaxie de pré-exposition (PrEP) contre le VIH. Elle recommande de les vacciner contre le VHB même en cas de prise régulière de la PrEP et de vacciner systématiquement celles recevant une PrEP injectable à action prolongée (cabotégravir ou lénacapavir) ne contenant pas de ténofovir et donc sans action sur le VHB. Elle juge aussi nécessaire de contrôler ensuite la sérologie car ces personnes restent à risque.
Les recommandations détaillent par ailleurs le bilan initial à faire pour les infections par le VHB et le VHD mais sans différences par rapport aux recommandations de l'EASL. Elles précisent également le suivi des patients non traités, la prévention de la réactivation des VHB et VHD en cas d'immunosuppression ainsi que la prise en charge des patients co-infectés par le VIH ou par le virus de l'hépatite C (VHC), des femmes enceintes, des nouveau-nés, des insuffisants rénaux et des personnels soignants infectés.
D'après une dépêche publiée par l'APmnews le 12 octobre 2026.
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