Technologie et innovation

L'usage malveillant de l'IA parmi les deux plus grandes menaces pour la santé humaine d'ici à 2100 (The Lancet)

Une commission du « Lancet » a listé 17 menaces pour la santé humaine d'ici à la fin du siècle. Malgré la pression qui pèse sur les budgets publics, les experts appellent à investir dans les innovations de rupture sous couvert d'une gouvernance de gestion des risques solide.

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La généralisation de l'IA implique d'anticiper les risques pour préserver la santé humaine. 

La généralisation de l'IA implique d'anticiper les risques pour préserver la santé humaine.  Alena Butusava / iStock / Getty Images Plus / via Getty Images

L'usage malveillant de l'intelligence artificielle (IA) a été classé parmi les deux plus grandes menaces pour la santé humaine d'ici à 2100, ayant le potentiel de conduire à une extinction de l'humanité, selon un rapport d'une commission du Lancet mis en ligne le 11 octobre.

L'autre menace classée au même rang est un conflit nucléaire conduisant à une crise alimentaire mondiale (appelée "famine nucléaire") du fait de ses impacts climatiques et environnementaux.

Le risque associé à l'IA proviendrait d'abord d'une potentielle utilisation pour la création de pathogènes "hautement létaux", ensuite de son intégration dans des "infrastructures sociétales essentielles pouvant entraîner des défaillances en cascade ou une exploitation malveillante", enfin de la perte de contrôle d'un agent IA.

Pour les experts, ce risque serait "aussi important" que les bénéfices potentiels de l'IA pour la santé et le bien-être.

L'usage malveillant de l'IA pourrait ainsi conduire à une perte de 10,4 milliards d'années de vie en bonne santé (DALY) d'ici à 2100, contre 9,35 milliards en cas de conflit nucléaire.

Ces deux menaces avec un "potentiel d'extinction" sont accompagnées de 15 autres menaces pour la santé humaine. Elles ont été sélectionnées car pouvant chacune conduire à une perte de plus d'1 milliard de DALY d'ici à la fin du siècle, mais aussi parce que des marges de manœuvre politique existent pour chacune d'elles.

Cela comprend des maladies chroniques (obésité, hypertension), des pratiques addictives (tabagisme, consommation élevée d'alcool), des causes socio-économiques (inégalités de revenus, malnutrition infantile, faible niveau d'études), des causes environnementales (pollution de l'air, changement climatique), liées aux infections (antibiorésistance, pandémies d'origine naturelle), ou encore une faible santé mentale, un vieillissement en mauvaise santé, une baisse de l'aide au développement en santé et les guerres conventionnelles.

17 menaces "interdépendantes"

Au total, en l'absence d'action, les 17 menaces conduiraient à la perte de dizaines de milliards de DALY d'ici à 2100, réparties inéquitablement entre les régions du monde, mais avec pour chaque pays un risque significatif. Au sein de chaque pays, les personnes les plus pauvres seraient les plus touchées.

L'obésité représenterait le plus gros fardeau pour la santé humaine. Agir contre cette maladie permettrait de préserver quelque 23 milliards de DALY d'ici à 2100, soit environ 46 pandémies de Covid-19.

"Ces estimations mettent en évidence l'ampleur des problèmes de santé qui pourraient être évités dans chaque domaine. Certains représentent déjà aujourd'hui un lourd fardeau pour la santé, tandis que d'autres constituent un réel danger s'ils devaient se concrétiser", commente le Pr Christopher Murray de l'université de Washington à Seattle, coprésident de la commission, dans un communiqué du Lancet.

"Il est essentiel de noter que ces 17 menaces sont toutes interdépendantes, c'est pourquoi elles doivent être traitées conjointement, et non isolément", ajoute-t-il.

Trois recommandations prioritaires sont faites par les experts :

  • mettre en place et financer des systèmes de santé capables de faire face aux menaces, s'appuyant sur des structures solides et des financements durables ;
  • augmenter considérablement les investissements dans les innovations de rupture, même en cette période d'incertitude et de pression sur les budgets publics, tout en mettant en place une gouvernance permettant de gérer les technologies à haut risque ;
  • créer un "observatoire des menaces sanitaires mondiales du XXIᵉ siècle" permanent afin de mettre à jour ses évaluations.

D'après une dépêche publiée par APMnews le 12 octobre 2026.

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