Le volet contraception de l'étude a porté sur 1 062 dossiers de femmes âgées de 16 à 55 ans.nensuria / iStock / Getty Images Plus / via Getty Images
Parmi les patientes reçues par le Bus du cœur des femmes, 40 % à 60 % avaient des prescriptions de contraception estroprogestative qui leur était pourtant contre-indiquée en raison de facteurs de risque cardiovasculaire, selon une étude de la fondation Agir pour le cœur des femmes publiée le 28 septembre 2026.
Le risque accru de thrombose veineuse, d'accident vasculaire cérébral et d'infarctus du myocarde lors de la prise de pilules contraceptives combinées estroprogestatives est reconnu depuis les années 1970. L'effet synergique du tabagisme et d'autres facteurs de risque cardiovasculaire chez les femmes utilisant ces pilules a également été décrit, conduisant à l'élaboration de recommandations pour leur prescription, rappelle-t-on.
Pour évaluer le respect de ces recommandations, les données de l'"observatoire national de la santé des femmes" ont été analysées de 2021 à mi-2025. Cet observatoire recense les dossiers médicaux issus des dépistages réalisés par le Bus du cœur des femmes.
L'étude, qui a fait l'objet d'une thèse et dont les résultats sont divulgués la veille de la journée mondiale du cœur, a porté sur 14 652 dossiers médicaux, parmi lesquels seuls 1 062 ont été retenus car ils concernaient des femmes de 16 à 55 ans (38,9 ans en moyenne) pour lesquelles le type de contraception était renseigné. L'étude s'est intéressée aux prescriptions de contraception estroprogestative (pilule, anneau vaginal, patch cutané), qui concernaient près d'un quart de ces femmes.
En tenant compte des seuls facteurs de risque cardiovasculaire, 40,7 % de ces prescriptions sont apparues inadaptées, est-il indiqué dans un communiqué.
Les femmes ayant eu ces prescriptions étaient principalement hypertendues, a précisé le 28 septembre à APMnews la Pr Claire Mounier-Véhier, cofondatrice d'Agir pour le cœur des femmes, cardiologue et médecin vasculaire au CHU de Lille.
L'hypertension concernait près d'un quart de ces femmes, l'obésité associée à un âge supérieur à 35 ans 15 % et le tabac associé à un âge supérieur à 35 ans 8 %.
Si les contre-indications incluent les antécédents cardiovasculaires familiaux au premier degré (sans tenir compte de l'âge de survenue de l'évènement cardiovasculaire), en plus des autres facteurs de risque cardiovasculaire, 59,8 % des prescriptions s'avéraient inadaptées.
Pour la fondation, il est inacceptable "aujourd'hui de mourir d'une embolie pulmonaire massive, d'un infarctus ou d'un accident vasculaire cérébral" à cause d'une contraception "inadaptée".
"En France, toutes les femmes ont la possibilité d'avoir une consultation longue remboursée par l'assurance maladie avec leur médecin traitant ou leur gynécologue lors de la prescription de la première contraception", pour faire un point sur les éventuels facteurs de risque cardiovasculaire et rechercher les contre-indications, a rappelé la Pr Claire Mounier-Véhier.
"Ensuite, lors de chaque renouvellement, il est important de vérifier l'absence d'apparition de contre-indications cardiovasculaires", a-t-elle poursuivi.
Pour la Pr Geneviève Plu-Bureau, présidente du conseil scientifique d'Agir pour le cœur des femmes, gynécologue et épidémiologiste à l'hôpital Cochin-Port-Royal (Paris, AP-HP), également citée dans le communiqué, les prescriptions inadaptées de contraception estroprogestative constituent un "enjeu de santé publique majeur". Elle appelle à renforcer la formation des professionnels de santé sur les contre-indications de ce type de contraception et à informer les femmes sur les différents modes de contraception possibles ainsi que sur leurs contre-indications.
La Pr Mounier-Véhier a indiqué à APMnews que l'observatoire ne permettait pas de savoir quel professionnel de santé (gynécologue, médecin, sage-femme…) avait fait la prescription inadaptée.
En juillet 2025, une petite étude prospective multicentrique financée par la Société française de cardiologie (SFC) avait montré que près de la moitié (43 %) des infarctus du myocarde chez les femmes de moins de 50 ans utilisant une contraception orale combinée aurait pu être évitée si les recommandations de prescription avaient été suivies.
Un constat « alarmant » sur la santé cardiovasculaire des femmes
L'analyse de l'ensemble des dossiers médicaux compilés dans l'"observatoire national de la santé des femmes", portant sur des femmes de 15 à 85 ans (âge médian de 57 ans), dresse par ailleurs un constat "alarmant" de leur santé cardiovasculaire, souligne la fondation.
Il en ressort que neuf femmes sur 10 cumulent au moins deux facteurs de risque cardiovasculaire, la moitié présente en plus deux facteurs de risque gynéco-obstétrique, deux tiers montrent des signes d'alerte cardiovasculaire (palpitation, essoufflement, douleur thoracique, malaise…) mais huit sur 10 n'ont aucun suivi cardiovasculaire alors que 36 % d'entre elles ont déjà fait un accident cardiovasculaire. De plus, la moitié présente des "chiffres tensionnels élevés" alors que seulement une sur cinq est traitée. Quatre sur dix ont une anomalie des troncs supra-aortiques et/ou de l'aorte abdominale et des artères des membres inférieurs (plaque de cholestérol ou sténose athéromateuse).
En France, 200 femmes meurent chaque jour d'une maladie cardiovasculaire, déplore la fondation.
D'après une dépêche publiée dans APMnews le 28 septembre 2026.
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