Santé publique

Infections respiratoires : un danger dont il faut se protéger à tout âge !

Grippe, Covid-19, VRS et pneumocoque sont trop souvent considérés comme des infections saisonnières banales, malgré leur lourd fardeau sanitaire, social et économique. Alors que les couvertures vaccinales stagnent, l’immunisation est à envisager comme un investissement sociétal.

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Les pathogènes respiratoires peuvent avoir des conséquences au-delà de la phase aiguë.

Les pathogènes respiratoires peuvent avoir des conséquences au-delà de la phase aiguë. wildpixel / iStock / Getty Images Plus / via Getty Images

Résumé
  • Chaque hiver, les infections respiratoires désorganisent les hôpitaux et le système de santé, fragilisent durablement les populations les plus vulnérables – aux deux extrémités de la vie, ou porteuses de pathologies chroniques – et ont un impact significatif sur la productivité et les comptes sociaux du pays.
  • Les études scientifiques récentes ont montré que leurs conséquences dépassent largement la phase aiguë : augmentation du risque cardiovasculaire, déclin fonctionnel ou cognitif, perte d’autonomie chez les personnes âgées, complications respiratoires et recours accru aux antibiotiques chez l’enfant.
  • Malgré cela, certaines couvertures vaccinales – notamment chez l’adulte et le senior – stagnent bien loin des recommandations de l’Organisation mondiale de la santé. Pourtant, ces effets délétères sont évitables grâce aux stratégies et aux outils d’immunisation efficaces, recommandés par les experts et les autorités de santé après une évaluation rigoureuse.
  • Une politique structurée de prévention, reposant sur une meilleure information, un accès simplifié à la vaccination, la mobilisation coordonnée des professionnels de santé et des objectifs mesurables de couverture vaccinale, apparaît aujourd’hui indispensable.

Urgences saturées, hôpitaux en « plan blanc », cabinets médicaux sous tension, familles éprouvées et de nombreux décès liés aux infections respiratoires. Chaque hiver, le même scénario se répète. Pourtant, ces conséquences, aussi dramatiques soient-elles, disparaissent du débat public, dès la fin de l’épisode épidémique.

Cette banalisation « virus de saison » n’est pas le reflet de la réalité. Les différents pathogènes respiratoires (grippe, SARS-CoV-2, virus respiratoire syncytial [VRS], pneumocoque, mais aussi métapneumovirus humain) laissent des traces, qui persistent plus longtemps que nos souvenirs. Ils sont responsables d’hospitalisations, de décompensations de maladies chroniques, d’arrêts de travail et d’une désorganisation récurrente du système de soins. Ces épidémies constituent un enjeu de santé publique avec des implications sanitaires, sociales et économiques majeures qui justifient de passer d’une approche essentiellement réactive à une véritable politique de prévention [1].

Un nouveau paradigme et des conséquences au-delà de la phase aiguë

Les connaissances scientifiques ont profondément évolué. Les infections respiratoires ne peuvent plus être considérées uniquement comme des épisodes aigus dont les effets cesseraient avec la disparition des symptômes [2, 3].

Elles peuvent faire le lit d’une inflammation chronique et d’une fragilisation du système immunitaire. Elles augmentent aussi, chez l’adulte, le risque d’événements cardiovasculaires, de déclin fonctionnel ou cognitif, notamment chez les plus vulnérables [4]. Chez les personnes âgées, une hospitalisation pour infection respiratoire peut constituer un point de rupture et de glissement, trop souvent définitif, vers une perte d’autonomie. Prévenir l’infection et ses complications participe ainsi directement au « bien vieillir » [5].

Chez le nourrisson et le jeune enfant aussi, les conséquences sont parfois importantes : épisodes respiratoires sévères, risque de surinfections bactériennes, otites, recours plus fréquent aux antibiotiques (avec le risque de développement d’une antibiorésistance) et, parfois, augmentation du risque d’asthme [6, 7].

Ce continuum entre infection aiguë et conséquences à moyen ou long terme conduit à reconsidérer la place de la prévention des infections respiratoires dans les politiques de santé.

Des couvertures vaccinales insuffisantes

La vaccination et les autres stratégies d’immunisation permettent de réduire significativement la survenue des infections, des formes graves et de leurs complications. Pourtant, leur diffusion demeure insuffisante y compris dans les populations avec le risque le plus élevé [8, 9].

Lors de l’hiver 2025-2026, la couverture vaccinale contre la grippe est restée bien inférieure à l’objectif de 75 % de l’Organisation mondiale de la santé (OMS) [10, 11] (environ 55 % chez les seniors et moins de 30 % chez les patients à risque de moins de 65 ans). Celle contre la Covid-19 a plongé en dessous de la barre des 20 % pour l’ensemble des personnes ciblées par la vaccination. La protection contre le VRS des nourrissons s’est améliorée grâce aux nouvelles stratégies d’immunisation, mais elle reste inégale, notamment pour les enfants nés en dehors de la saison hivernale [12,13]. Chez les sujets âgés, elle demeure très limitée.

Ces niveaux de couverture sont d’autant plus préoccupants que les bénéfices attendus ne se limitent pas à la prévention de l’infection elle-même. La vaccination contre la grippe est notamment associée à une diminution du risque d’événements cardiovasculaires majeurs, avec un bénéfice particulièrement marqué chez les patients ayant un antécédent de syndrome coronaire aigu. Des publications récentes ont mis en évidence des associations entre plusieurs vaccinations de l’adulte (zona, VRS, diphtérie-tétanos-coqueluche, grippe, mais aussi d’autres) et une réduction du risque de maladie d’Alzheimer ou de démences apparentées [14, 15].

La prévention : un investissement sanitaire et économique

Le poids des infections respiratoires ne se mesure pas uniquement en nombre de consultations ou d’hospitalisations. Il concerne également les aidants, les familles, les professionnels de santé, les entreprises et, plus largement, la collectivité, qui supporte chaque année des coûts directs et indirects considérables.

Dans ce contexte, l’immunisation ne doit pas être appréhendée uniquement comme une dépense de santé. Les programmes d'immunisation de l'adulte peuvent générer, selon une étude conduite dans dix pays et publiée en 2025, un retour pouvant atteindre 19 fois l'investissement initial (selon les hypothèses de valorisation et les pays), en intégrant l'ensemble des bénéfices sanitaires, économiques et sociétaux [15].

Prévenir une infection permet, non seulement, d’éviter des décès et des complications, mais aussi de limiter les arrêts de travail, de préserver les capacités cognitives et de libérer des ressources pour le système de soins. Cette approche conduit à considérer la prévention comme un investissement sociétal transversal contribuant à la soutenabilité du système de santé.

La protection d’un véritable bouclier d’immunisation

Les outils existent aujourd’hui pour mieux protéger les populations les plus fragiles : nourrissons, personnes âgées, patients immunodéprimés ou atteints de maladies chroniques – sans oublier ceux souffrant d’obésité. Les stratégies disponibles et celles en développement, permettent d’envisager une protection adaptée au profil de risque de chacun et administrée au bon moment.

Ces solutions ne sont utiles que si elles sont utilisées et diffusées. Cela justifie :

  • une meilleure communication autour des conséquences des infections respiratoires pour développer l’adhésion de la population ;
  • une mobilisation accrue et coordonnée de tous les professionnels de santé (recommandation d’obligation vaccinale émise par la Haute Autorité de santé [HAS]) ;
  • un accès facilité à la vaccination grâce à l’élargissement des compétences vaccinales ;
  • des objectifs publics de couverture vaccinale par population cible, notamment chez les professionnels de santé ;
  • et une évaluation médico-économique prenant en compte l’ensemble des coûts évités.

Vers un programme national pluriannuel de prévention

La prévention des infections respiratoires gagnerait ainsi à s’inscrire dans un programme national pluriannuel, permettant de sortir d’une gestion essentiellement saisonnière des épidémies.

L’enjeu est de construire une politique de prévention mesurable dans la durée, capable d’identifier les populations insuffisamment protégées et d’adapter les actions en conséquence.

Conclusion

Les infections respiratoires ne sont ni anodines ni inéluctables. Leur répétition chaque hiver ne doit plus conduire à leur banalisation. Elles pèsent sur les patients et les familles, accélèrent la fragilisation de certaines populations, mobilisent fortement les professionnels et les établissements de santé, et représentent un coût important pour la collectivité.

Nous disposons de stratégies d’immunisation permettant de réduire une partie de ce fardeau. Leur déploiement doit devenir un axe structurant de la prévention, au même titre que d’autres politiques visant à réduire les facteurs de risque évitables.

Assurer la sécurité sanitaire de la population relève aussi d’une capacité collective à anticiper. Investir durablement dans l’immunisation, mieux informer et fixer des objectifs de couverture mesurables permettraient de passer d’une gestion répétée des crises hivernales à une véritable politique de prévention des infections respiratoires.

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