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Un cas de diphtérie à Dunkerque : la DGS appelle les professionnels de santé à la vigilance

Un cas de diphtérie ORL porteur du gène tox à Dunkerque appelle à la vigilance. Angine à fausses membranes ou plaie qui ne guérit pas chez une personne migrante ou sans domicile ? Il faut y penser. La DGS rappelle la conduite à tenir : « Isoler, prélever, déclarer, traiter ».

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Vacciner contre la diphtérie est le moyen le plus efficace d’éviter la maladie et sa transmission.

Vacciner contre la diphtérie est le moyen le plus efficace d’éviter la maladie et sa transmission.quantic69 / iStock / Getty Images Plus / via Getty Images

Résumé
  • Un cas de diphtérie ORL à souche toxinogène (gène tox) a été identifié à Dunkerque. Aucun cas secondaire à ce jour.
  • La DGS appelle à la vigilance vis-à-vis des cas d'infection par Corynebacterium diphtheriae, en particulier dans le Dunkerquois et le Calaisis, zones de flux migratoires et d'hébergement collectif.
  • Penser à une infection par Corynebacterium diphtheriae notamment devant une angine à fausses membranes ou une plaie infectée persistante chez une personne migrante ou sans domicile fixe, surtout si son statut vaccinal est inconnu ou incomplet.
  • Devant un cas suspect :
    • isoler le patient (masque, hygiène des mains) ;
    • contacter le SAMU pour transfert et prélèvement hospitalier ;
    • commencer l'antibiothérapie (amoxicilline ou macrolide) dès les prélèvements réalisés ;
    • déclarer sans délai à l'ARS en cas de gène tox positif.
  • La vaccination reste le moyen le plus efficace de prévention. Le statut vaccinal des patients, notamment voyageurs et migrants, doit être vérifié et mis à jour.

Un cas de diphtérie dû à une souche de Corynebacterium diphtheriae porteuse du gène tox (responsable de la production de la toxine diphtérique) a été récemment identifié au centre hospitalier de Dunkerque (Hauts-de-France). La souche était résistante à l'amoxicilline et sensible aux macrolides. Le patient a été pris en charge dans un circuit adapté et l'Agence régionale de santé (ARS) Hauts-de-France a mis en place les mesures nécessaires pour dépister et éviter toute transmission. À ce jour, aucun cas secondaire n'a été rapporté.

La direction générale de la Santé (DGS) appelle les professionnels de santé à « une vigilance renforcée vis-à-vis de la survenue de cas isolés ou groupés d'infection à C. diphtheriae en France métropolitaine, notamment dans les territoires du Dunkerquois et du Calaisis, caractérisés par des flux migratoires importants et des situations d’hébergement collectif » [1].

Le statut vaccinal des personnes migrantes ou des voyageurs doit être systématiquement vérifié et mis à jour si besoin : en l'absence de preuve de vaccination, ces personnes doivent être considérées comme non protégées.

Une atteinte principalement ORL : angine ou pharyngite suspecte

La diphtérie est une maladie due à plusieurs espèces bactériennes du genre Corynebacterium, dont C. diphtheriae, bacille à Gram positif à transmission interhumaine dont l'homme est le seul hôte. Seules les souches porteuses du gène tox produisent la toxine diphtérique.

La transmission se fait par voie aérienne (toux, éternuements), plus rarement par contact indirect avec des objets, tissus contaminés ou lésions cutanées. L'incubation est courte, généralement de 2 à 5 jours.

La maladie se manifeste sous deux formes locales :

  • ORL : angine à fausses membranes (parfois hémorragique), fièvre modérée, adénopathies cervicales. Dans les formes les plus graves, les fausses membranes peuvent obstruer le larynx et provoquer une asphyxie mortelle ;
  • cutanée : fausses membranes sur une plaie, plus fréquente en zone tropicale et généralement moins sévère (des cas cutanés surviennent épisodiquement à Mayotte) [2].

Les manifestations dues à la toxine sont à l'origine des complications les plus graves :

  • cardiaques : myocardite (troubles du rythme ou de la conduction, risque de mort subite), insuffisance cardiaque ;
  • neurologiques : paralysie périphérique, du voile du palais, des membres inférieurs ;
  • rénales, plus rarement (néphrite).

Que faire en médecine de ville ?

Devant un patient présentant un tableau compatible (signes cliniques apparus moins de 10 jours après une exposition ou une exposition compatible), a fortiori si la vaccination est absente ou incertaine (cf. Fiche Coreb nationale, 21 septembre 2026) :

  • isoler le patient dans un box ou une pièce dédiée, lui faire porter un masque chirurgical et proposer une friction hydro-alcoolique des mains. Appliquer un pansement hermétique sur la plaie si lésion cutanée ;
  • rechercher les signes de gravité : obstruction respiratoire, atteinte cardiaque ou atteinte neurologique ;
  • contacter le SAMU (15) pour organiser le transfert vers une structure hospitalière, où sera réalisé le prélèvement (écouvillonnage ORL ou cutané) ;
  • ne pas donner d'antibiothérapie empirique avant le transfert, sauf avis contraire du centre 15 ou de l'infectiologue référent ;
  • se rapprocher de l'ARS pour les consignes concernant les personnes ayant eu un contact avec le cas dans les 7 jours précédents (statut vaccinal, surveillance) :
    • membres de la famille vivant sous le même toit, relations intimes (baisers, etc.),
    • sujets travaillant dans la même classe ou la même pièce,
    • visites fréquentes,
    • passagers occupant les places voisines lors d’un voyage de plusieurs heures en transport en commun,
    • personnel de santé exposé aux sécrétions oropharyngées ou contact sans gants avec la plaie.

En milieu hospitalier

Un prélèvement est réalisé en milieu hospitalier par écouvillonnage ORL ou cutané pour un diagnostic microbiologique en urgence et un antibiogramme.

En cas d'isolement de C. diphtheriae, C. ulcerans ou C. pseudotuberculosis, la recherche du gène tox est demandée en urgence au Centre national de référence des Corynebactéries à l’Institut Pasteur de Paris) :

  • si le gène tox est présent : déclaration obligatoire à l'ARS (compléter le formulaire) ;
  • si le gène tox est absent : levée de toutes les mesures.

L'antibiothérapie (amoxicilline, ou macrolide en cas d'allergie ou de résistance) est commencée immédiatement après les prélèvements. La sérothérapie est instaurée sans délai en cas d'atteinte cardiaque ou neurologique évocatrice d'une expression toxinique - le sérum équin fait l'objet d'une demande d'autorisation d'accès compassionnel via e-Saturne.

Un vaccin efficace

Selon l'Organisation mondiale de la santé (OMS), de 5 à 30 % des personnes infectées non vaccinées décèdent en l'absence de traitement. C'est grâce à une couverture vaccinale élevée que la diphtérie due à C. diphtheriae a quasiment disparu de France hexagonale et que les cas autochtones ont disparu des pays d'Europe de l'Ouest (cf. Encadré).

En France, la primo-vaccination est obligatoire chez l'enfant à 2, 4 et 11 mois, suivie de rappels à 6 ans, 11-13 ans, 25 ans, 45 ans, 65 ans, puis tous les 10 ans. Elle est obligatoire chez les professionnels de santé et particulièrement recommandée chez les voyageurs en zone d'endémie.

À noter que la maladie n'étant pas constamment immunisante, un patient ayant été infecté doit être vacciné à distance (3 doses) ; en cas de sérothérapie, un délai de 3 mois est à respecter avant la vaccination.

Encadré - Diphtérie : les chiffres clés en France [3]

Période

Situation

1990-2019

Quelques rares cas importés en France hexagonale

2022-2023

Épidémie au sein de la population migrante

2024

Quelques cas, probablement d'origine autochtone, principalement chez des personnes sans domicile

2025

14 cas en France hexagonale, 7 cas à Mayotte, 1 cas en Guyane

 

Sources

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