Méthodes. Cette analyse médico-économique pré-spécifiée, conduite par le comité d'analyse économique du groupe coopérateur canadien d’oncologie, s'appuie sur les données individuelles des 889 participants de l'essai de phase III Challenge, âgés de 19 à 84 ans. Cet essai avait démontré qu'un programme d'exercice structuré (PES) de 3 ans, délivré par des professionnels formés (physio-kinésithérapeutes) avec des séances toutes les deux semaines la première année puis mensuelles les deux années suivantes, améliorait la survie sans maladie et la survie globale par rapport à la simple remise de documents d'éducation à la santé (DES), chez des patients opérés d'un cancer du côlon de stade III ou stade II à haut risque après chimiothérapie adjuvante.
Résultаts. En prenant une borne d’évaluation à 5 ans et après correction de l’inflation, le PES s'est révélé rentable sur le plan économique : malgré un coût initial de 2 917 dollars canadiens (CAD, base : 2024) par participant, le coût total était inférieur de 1 589 CAD par participant à celui du groupe DES (31 957 contre 33 546 CAD en coût moyen), tout en générant un gain brut de 0,05 année de vie et de 0,10 année ajustée sur la qualité de vie (QALY) par participant. Les principales économies provenaient de la réduction des récidives, des nouveaux cancers et des traitements anticancéreux ultérieurs, cohérentes avec les taux de récidive plus faibles observés dans le bras PES. Les analyses de sensibilité et de différents scénarii (horizon à 10 ans, perspective sociétale intégrant les pertes de salaire, ou un triplement du coût de délivrance du programme), confirmaient la robustesse du résultat ; le seuil de rentabilité n'était franchi que dans des scénarios extrêmes, comme un doublement du coût horaire du kinésithérapeute.
Conclusion. Les auteurs replacent ce résultat dans le contexte des médicaments anticancéreux remboursés au Canada en 2025, dont le ratio coût-efficacité incrémental moyen atteignait 435 729 CAD/QALY, soulignant le caractère exceptionnel d'une intervention à la fois moins coûteuse et plus efficace. Ils insistent sur un paradoxe d'implémentation en pratique clinique : si le PES était un médicament offrant un bénéfice de survie comparable, même avec une toxicité et un coût bien plus élevés, il serait déjà financé et déployé à grande échelle dans la plupart des systèmes de santé. Une revue de la littérature antérieure portant sur 30 programmes d'exercice oncologique avait pourtant identifié un accès et une adoption globalement faibles, freinés par un financement limité et un manque de plan d'implémentation structuré.
Malgré l’absence de possibilité de comparaison directe, notamment du fait de la différence des systèmes de financement de la santé nord-américains par rapport à la France, cette analyse médico-économique favorable dans le contexte d’un problème de santé publique majeur comme le cancer colorectal invite à poser un regard neuf et à considérer comme nécessaire l’implémentation future et rapide d’une intervention non médicamenteuse dans l’arsenal thérapeutique contre le cancer.
Article rédigé par Martin Duval.
Source | Chan KKW, et al. Structured exercise program after adjuvant chemotherapy for colon cancer: a cost-Utility analysis of the CHALLENGE trial, J Clin Oncol., 2026. 44, 2130-2139. DOI : 10.1200/JCO-26-00765
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