Alzheimer : des spécialistes s'inquiètent d'un risque de transmission par transfusion sanguine des peptides amyloïdes

La revue « The Lancet » a publié un rapport sur le risque de transmission de peptides amyloïdes par transfusion sanguine. Pour les chercheurs, il est urgent de vérifier l'hypothèse de formes iatrogènes d'Alzheimer et de réfléchir aux mesures à mettre en place le cas échéant.

1
2
3
4
5
(aucun avis, cliquez pour noter)
Les tests sanguins détectant la présence de peptides Aβ pourraient aider à stratifier le risque.

Les tests sanguins détectant la présence de peptides Aβ pourraient aider à stratifier le risque.AnnaStills / iStock / Getty Images Plus / via Getty Images

Alors que les données épidémiologiques, expérimentales et cliniques convergent dans le sens d'un risque de transmission par transfusion sanguine de peptides amyloïdes - qui sont impliqués dans la maladie d'Alzheimer et l'angiopathie amyloïde cérébrale -, des spécialistes appellent à réfléchir dès maintenant aux mesures à déployer pour éviter une "nouvelle tragédie iatrogène" au sein des services de transfusion sanguine, dans un "viewpoint" publié dans le Lancet.

Ce travail s'inspire de discussions entre experts cliniciens, scientifiques, épidémiologistes, responsables gouvernementaux et autres parties prenantes, réunis en avril 2024 pour discuter de la question de la transmission des peptides amyloïdes par transfusion sanguine lors d'un workshop organisé à l'University College London (UCL) par la MRC Prion Unit, où travaillent notamment les premier et dernier auteurs, Gargi Banerjee et John Collinge.

Si les spécialistes sont inquiets, c'est que des formes iatrogènes de maladie d'Alzheimer et d'angiopathie amyloïde cérébrale ont récemment été identifiées chez l'homme. Celles-ci, observées chez des patients ayant été sujets à des procédures médicales comme une greffe de dure-mère ou l'administration d'hormone de croissance provenant de cadavres humains, apparaissent en général après plusieurs décennies sans signes cliniques.

Jusqu'alors, et même si elle était déjà bien documentée chez l'animal, la possibilité de transmission d'une pathologie amyloïde chez l'homme en cas d'inoculation intracérébrale ou périphérique demeurait incertaine.

Les auteurs mentionnent en outre une vaste étude épidémiologique suédoise, publiée en 2023, qui a révélé un risque accru d'hémorragie intracérébrale chez les patients transfusés avec des globules rouges de donneurs ayant par la suite souffert de multiples hémorragies intracérébrales, ce qui est "un phénotype clinique caractéristique de l'angiopathie amyloïde cérébrale". Il n'y avait en revanche pas de surrisque pour les patients transfusés avec des globules rouges de donneurs n'ayant fait qu'une seule ou aucune hémorragie intracérébrale.

S'il existe des limites inhérentes au caractère observationnel de cette étude, "les résultats concordent avec l'hypothèse selon laquelle un agent, transmissible du donneur au receveur, serait associé au risque d'hémorragie intracérébrale", et "le plus plausible sur le plan biologique" est qu'il s'agisse d'agrégats de peptides β-amyloïdes (Aβ), pointent les chercheurs.

Toutes ces observations suggèrent que la maladie d'Alzheimer et l'angiopathie amyloïde cérébrale pourraient être transmises par le biais des produits sanguins, à la manière de ce qui s'est passé pour le nouveau variant de la maladie de Creutzfeldt-Jakob (vMCJ), une maladie à prion, écrivent-ils.

Recourir aux tests sanguins ?

Les chercheurs rappellent que les peptides Aβ sont détectés dans le sang (qui joue un rôle dans leur élimination depuis les régions centrales), qu'ils sont produits par les plaquettes sanguines et qu'ils adhèrent à la surface des globules rouges. C'est aussi un biomarqueur de la maladie d'Alzheimer.

Les chercheurs soulignent qu'en l'absence de tests pour déterminer la capacité d'infection des peptides Aβ circulant dans le sang, il pourrait être utile de mettre à profit les tests sanguins utilisés dans le cadre du diagnostic de la maladie d'Alzheimer pour stratifier le risque associé aux dons du sang et ainsi guider l'exclusion des donneurs les plus à risque.

Les taux mesurés sont en effet "fortement corrélés" à la pathologie amyloïde parenchymale chez les patients symptomatiques, et des données préliminaires suggèrent aussi l'existence d'une corrélation en cas de symptômes légers, voire en l'absence de symptômes, font-ils valoir, tout en pointant les importantes questions éthiques associées au fait de mesurer des biomarqueurs de maladie d'Alzheimer ou d'angiopathie amyloïde chez des donneurs asymptomatiques.

Une des options pourrait être de faire se correspondre l'âge du donneur et du receveur, ou encore de réserver les produits sanguins provenant de jeunes donneurs aux receveurs dont on suppose qu'ils auront une espérance de vie plus longue (comme les enfants ou les femmes enceintes). Cependant, cette stratégie semble difficile à déployer au vu des tensions existantes dans les réserves de sang mais aussi de la démographie des donneurs, qui sont de plus en plus âgés, exposent les chercheurs.

Selon eux, le plus urgent à ce stade est de procéder à la réplication épidémiologique de l'étude suédoise sur les hémorragies intracérébrales, d'identifier les populations les plus à risque de développer une maladie d'Alzheimer iatrogène par transfusion (par exemple celles nécessitant plusieurs transfusions du fait d'une maladie chronique), et d'établir si les tests sanguins de maladie d'Alzheimer peuvent être utilisés pour stratifier les donneurs en fonction du risque amyloïde associé.

À plus long terme, il sera nécessaire de mettre en place des "infrastructures nationales centralisant et chaînant les registres de donneurs et de receveurs".

Les chercheurs appellent par ailleurs à se pencher sur les risques associés à d'autres protéines s'agrégeant dans des maladies neurodégénératives, comme tau, alpha-synucléine et TDP-43. Celles-ci peuvent se comporter comme des amorces de protéinopathies dans des conditions expérimentales, mais pour l'heure, aucune transmission entre humains n'a été mise en évidence.

D'après une dépêche publiée dans APMnews le 1er septembre 2026.

Sources

Commentaires

Ajouter un commentaire
En cliquant sur "Ajouter un commentaire", vous confirmez être âgé(e) d'au moins 16 ans et avoir lu et accepté les règles et conditions d'utilisation de l'espace participatif "Commentaires" . Nous vous invitons à signaler tout effet indésirable susceptible d'être dû à un médicament en le déclarant en ligne.
Pour recevoir gratuitement toute l’actualité par mail Je m'abonne !