Temps de travail des médecins : l'Igas et l'IGF constatent une baisse « durable » des jours d'exercice en libéral

L'Igas et l'IGF ont publié un rapport sur le temps de travail des médecins à l'hôpital et en ville. Ils soulignent une baisse des jours d'exercice libéral, mais une intensification de l'activité sur les jours travaillés. Et une préférence vers le regroupement en cabinet.

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Trois enquêtes sur 14 725 médecins en établissements de santé et 1 560 médecins libéraux.

Trois enquêtes sur 14 725 médecins en établissements de santé et 1 560 médecins libéraux.Tinpixels / iStock / Getty Images Plus / via Getty Images

Le nombre de jours d'exercice en libéral des médecins a diminué entre 2021 et 2025, notamment en lien avec "les transitions démographiques" de la profession, observent l'inspection générale des affaires sociales (Igas) et l'inspection générale des finances (IGF) dans un rapport publié fin août 2026.

Le rapport (473 pages, dont plus de 400 pages d'annexes) est consacré au temps de travail des médecins à l'hôpital ainsi qu'en ville.

Il s'appuie sur trois enquêtes conduites auprès des directions d'établissements publics de santé (230 réponses sur 284 questionnaires adressés), de 14.725 médecins de ces établissements et de 1.560 médecins libéraux, ainsi que sur des entretiens et des déplacements dans trois établissements hospitaliers (Hospices civils de Lyon, centre hospitalier de Tourcoing, groupe hospitalier universitaire Paris Saclay de l'Assistance publique-hôpitaux de Paris).

Pour objectiver l'évolution du temps d'activité des médecins libéraux, les inspections ont notamment exploité les données de remboursement du système national des données de santé (SNDS).

Ce travail a permis de quantifier une baisse du nombre de jours d'exercice libéral chez les médecins généralistes ainsi que dans huit spécialités : anesthésie-réanimation, cardiologie, chirurgie, dermatologie, gynécologie, ophtalmologie, pédiatrie et psychiatrie.

Une baisse de 3 % à 8 % des jours d'exercice libéral…

Entre 2021 et 2025, le nombre de jours d'exercice libéral a diminué dans l'ensemble des spécialités étudiées. La baisse atteint environ 8 % chez les médecins généralistes et les pédiatres et se situe entre 3 % et 5 % pour les autres spécialités.

En 2025, les généralistes exerçaient ainsi en moyenne 205 jours en libéral contre 222 en 2021, soit environ 4,4 jours par semaine. Pour les spécialistes étudiés, cette moyenne est passée de 191 à 184 jours, soit environ 3,9 jours par semaine.

Parallèlement, la proportion de médecins exerçant en libéral quatre jours par semaine ou moins a progressé, passant de 18 % à 29 % chez les généralistes entre 2021 et 2025 et de 43 % à 51 % chez les spécialistes.

La baisse du nombre de jours d'exercice se concentre en particulier sur la fin de semaine : la diminution du nombre de vendredis et samedis travaillés représente la moitié de la réduction totale observée sur la période.

"Le genre demeure également un facteur explicatif important, même si les écarts entre hommes et femmes se réduisent", précisent les inspections. Les femmes exercent en moyenne 11,5 jours de moins par an que les hommes en 2025, mais l'écart se réduit puisqu'il était de 14 jours en 2021.

Le nombre de jours d'exercice libéral varie également avec l'âge. Il atteint son maximum chez les 55-65 ans, puis diminue après 65 ans.

… mais une intensification de l'activité

Cependant, cette diminution du nombre de jours travaillés en libéral ne se traduit "pas mécaniquement par une réduction équivalente de l'offre de soins", soulignent l'Igas et l'IGF.

Chez les généralistes, si le nombre de jours d'exercice a donc reculé de 8 % entre 2021 et 2025, le nombre de contacts avec des patients a diminué dans le même temps de 6 %, le nombre d'actes de 5 %, tandis que la file active a augmenté de 2 %.

Autrement dit, l'activité des généralistes se concentre davantage sur un nombre de jours travaillés plus réduit, avec davantage de contacts avec les patients chaque jour d'exercice.

Dans plusieurs spécialités, le nombre de contacts a même augmenté malgré la réduction du nombre de jours travaillés, avec une hausse de 9 % en cardiologie, de 8 % en ophtalmologie, de 6 % en chirurgie, de 2 % en anesthésie-réanimation et de 1 % en dermatologie, ce qui traduit donc une intensification de l'activité lors des jours travaillés.

Cependant, "il n'est pas possible à partir des données de remboursement d'inférer si cette intensification s'est faite au prix d'une diminution de la durée des consultations ou d'un allongement du volume horaire de la journée d'exercice", précisent l'Igas et l'IGF.

Malgré la baisse observée du nombre de jours d'exercice libéral, 35 % des spécialistes interrogés estiment que leur temps de travail a augmenté au cours des cinq dernières années, tandis que 40 % considèrent qu'il est resté à peu près identique.

À noter que 48 % déclarent souhaiter réduire leur temps de travail dans les prochaines années, contre 41 % qui souhaitent maintenir leur rythme actuel.

De plus en plus de salariat et de regroupements

L'Igas et l'IGF observent par ailleurs une évolution des modes d'exercice avec un poids croissant du salariat et, chez les médecins libéraux, un recul de l'exercice isolé en cabinet au profit de regroupements.

Ainsi, en 2024, 11 % des médecins libéraux avaient également une activité à l'hôpital, essentiellement dans les établissements privés lucratifs, contre 7,2 % en 2012.

Dans le même temps, l'exercice en cabinet regroupant plusieurs médecins est devenu majoritaire, avec 51 % des médecins libéraux dans ce mode d'exercice en 2024 contre 46,3 % en 2012.

Revoir les projections de démographie médicale

Toutefois, si les inspections constatent une diversification des modes d'exercice, elles n'établissent pas de lien entre la réduction du nombre de jours d'exercice libéral et la progression du salariat.

Le constat d'une réduction durable du temps de travail libéral repose davantage sur l'intensification des journées de travail et sur les "transitions démographiques de la profession", les plus jeunes et les femmes travaillant moins en libéral.

En conséquence, les projections démographiques comme la définition des volumes de médecins à former "ne peuvent plus être calibrées à partir des seuls effectifs physiques : à spécialité donnée, l'offre médicale disponible dépend aussi de l'activité effectivement réalisée".

Les inspections proposent alors d'intégrer les évolutions du temps de travail et de l'activité libérale des médecins dans la définition des objectifs nationaux pluriannuels de professionnels de santé à former.

D'après une dépêche publiée par APMnews le 1er septembre 2026.

Sources

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