La prescription de statines en prévention primaire est débattue chez le sujet âgé. PIKSEL/ iStock / Getty Images Plus / via Getty Images
Un traitement de prévention primaire par atorvastatine chez des personnes de plus de 69 ans a été associé à une diminution du risque d'événement cardiovasculaire, mais est resté sans effet sur la survie sans démence ni incapacité, selon une étude randomisée dont les résultats ont été présentés le 29 août 2026 au congrès de l'European Society of Cardiology (ESC) et publiés en ligne par le New England Journal of Medicine (NEJM).
S'il est bien démontré que les statines apportent un bénéfice chez les personnes à haut risque, notamment celles ayant déjà une maladie cardiovasculaire, leur bénéfice en absence de haut risque chez les personnes âgées reste débattu, a rappelé Sophia Zoungas du George Institute for Global Health à Sydney (Australie). Les données disponibles, venant d'études qui avaient inclus un nombre limité de patients âgés, semblaient montrer un bénéfice plus réduit que chez les plus jeunes.
Par ailleurs, on manque de données sur le potentiel bénéfice d'un traitement par statine sur les risques de démence et plus largement sur le risque d'incapacité.
Pour ces raisons, l'essai randomisé STAREE a été conduit. Il a inclus 9
L'étude avait deux critères primaires d'efficacité : le risque d'événement cardiovasculaire majeur (décès de cause cardiovasculaire, infarctus du myocarde, accident vasculaire cérébral ou revascularisation coronaire) et le risque de décès de toutes causes, de démence ou d'incapacité persistante.
Les participants avaient au départ un taux moyen de cholestérol total de 2,1 g/L, un taux "dans les limites normales", notent les auteurs de l'étude dans le NEJM. Le taux de LDL-cholestérol (LDL-C) s'élevait à 1,27 g/L et le HDL-cholestérol à 0,62 g/L.
Avec l'atorvastatine, le cholestérol total a été diminué de 0,53 g/L et le LDL-C de 0,48 g/L (mais la différence avec le placebo était de 0,31 g/L).
Après 5,9 ans de suivi médian, le risque d'événement cardiovasculaire majeur a été diminué de 30 %. L'incidence de ces événements était de 10,9 pour 1
En revanche, il n'est pas apparu de différence significative sur les décès de toutes causes, démences ou incapacités persistantes, dont les incidences étaient de 21,6 pour 1
L'analyse des seuls taux de décès ne montrait pas non plus de différence.
Pas d'augmentation des effets indésirables sévères
Par ailleurs, alors que les statines ont longtemps été soupçonnées d'augmenter les risques de différentes complications - musculaires, hépatiques, cognitives, ainsi qu'un risque de diabète -, particulièrement chez des personnes âgées à risque d'interactions médicamenteuses et de mauvaise métabolisation des médicaments, cette étude montre qu'il y avait globalement un peu plus d'effets indésirables avec la statine, mais ne met pas en évidence d'augmentation des effets indésirables sévères.
Les taux globaux d'effets secondaires étaient de 63 % avec l'atorvastatine et de 58,7 % dans le groupe placebo, et de 2,7 % dans chaque groupe pour les effets sévères. Les taux d'arrêt de traitement pour effet indésirable étaient respectivement de 7,2 % et 6,1 %. Il n'y avait pas de différence significative pour les effets musculosquelettiques, hépatobiliaires et cognitifs sévères. Le taux de diabète ou trouble lié au diabète était de 4 % contre 2,7 % (1,1 % contre 0,7 % pour ceux qui étaient médicalement importants).
C'est donc un résultat mitigé, au regard des espoirs de départ, qui a été obtenu, mais cela confirme le bénéfice des statines chez les personnes âgées au niveau cardiovasculaire faible et leur sécurité d'emploi dans cette population.
Invité à commenter cette étude, François Mach de l'université de Genève a estimé qu'un "manque de preuves a été comblé" dans ce domaine du traitement préventif chez les personnes âgées sans haut risque cardiovasculaire. Il a toutefois souligné le fait que le traitement par statine prévient des événements cardiovasculaires mais n'a pas d'effet significatif sur les décès.
Par ailleurs, certaines populations étaient sous-représentées dans l'étude : les personnes fragiles, avec des multimorbidités et les personnes très âgées, a-t-il noté.
Mais en dehors de ces populations, l'étude STAREE "devrait modifier nos pratiques", a-t-il estimé. "L'âge ne devrait plus être utilisé comme argument pour arrêter une statine en prévention primaire" et "les recommandations nationales et internationales devraient être adaptées".
Ce qui ne veut pas dire que toutes les personnes de 70 ans et plus devraient recevoir une statine. "La décision de traitement devrait prendre en compte l'espérance de vie, les autres risques, le fardeau du traitement et les priorités des patients".
D'après une dépêche publiée par APMnews le 31 août 2026.
S. Zougas et al., Atorvastatin, Cardiovascular Events, and Disability-free Survival in Older Adults, NEJM, 28 août 2026. DOI: 10.1056/NEJMoa2607314
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