Obésité : un afflux massif de patients depuis juin dans les centres spécialisés

La prise en charge des nouveaux médicaments de l'obésité est conditionnée à une primoprescription par des médecins spécialisés CSO ou libéraux EDN signataires d'une charte. Sur le terrain, les structures, submergées par les demandes, s'organisent pour faire face.

1
2
3
4
5
(aucun avis, cliquez pour noter)
Des CSO demandent un questionnaire rempli par un médecin extérieur pour sélectionner les cas.

Des CSO demandent un questionnaire rempli par un médecin extérieur pour sélectionner les cas. Antonio_Diaz / iStock / Getty Images Plus / via Getty Images

Les centres spécialisés de l'obésité (CSO) doivent faire face depuis juin à un très grand nombre de demandes de consultation par des nouveaux patients à la recherche d'une prescription d'un traitement médicamenteux de l'obésité (TMO), a appris APMnews ces derniers jours auprès de plusieurs responsables de centres.

"On est débordés", "un tsunami de demandes", "un afflux téléphonique majeur"… Les sept spécialistes exerçant en CSO interrogés par APMnews tiennent tous le même discours. Il vient confirmer les craintes exprimées par les centres début juin.

Pour rappel, les nouveaux traitements de l'obésité Wegovy (sémaglutide, Novo Nordisk) et Mounjaro (tirzépatide, Lilly) sont remboursés depuis le 15 juin pour les patients présentant un indice de masse corporelle (IMC) supérieur ou égal à 40 kg/m² ou à 35 kg/m² avec une comorbidité et en échec d'une prise en charge nutritionnelle bien conduite.

"Il y a un avant et un après-15 juin", résume le Pr Antoine Avignon, coresponsable du CSO Occitanie-Est à Montpellier. "Avant, nous fonctionnions avec une prise normale de rendez-vous, et aujourd'hui cela n'a plus rien à voir."

Depuis cette date, "nos demandes de prise en charge ont triplé", évalue le Pr Arnaud De Luca du CSO de Tours. Le centre en compte désormais 60 à 70 par mois, contre une vingtaine précédemment. Et désormais, il y a spécifiquement "une demande de traitement derrière" chaque demande de prise en charge.

À Paris, au service de nutrition de l'Hôpital européen Georges-Pompidou (HEGP, AP-HP) qui porte le CSO Île-de-France Ouest, le Pr Sébastien Czernichow fait état d'un volume de demandes multiplié par cinq.

"On a été inondés de demandes, comme partout", confirme aussi la Dr Magalie Miolanne, responsable du CSO Caloris à Clermont-Ferrand. En juin, elle a recensé plus de 160 demandes, contre une soixantaine mensuelle auparavant.

"Cet été a été bien plus chargé que les autres années", relate également le Dr Thomas Demangeat du CSO Rouen-Normandie. "Ce sont des demandes quotidiennes qui ne sont plus pour des prises en soins de l'obésité mais des demandes pour une mise sous traitement."

"Des patients en réelle souffrance"

"Nous recevons des appels depuis la région mais aussi d'autres régions, jusqu'à Marseille et même une patiente de la Martinique prête à venir en vacances en Normandie pour avoir accès au traitement", continue le spécialiste normand.

Des patients cherchent à avoir un rendez-vous le plus rapidement possible et "certains surchargent nos secrétaires en appelant tous les jours. Il y a des patients en réelle souffrance, et quand nos secrétaires leur disent qu'il y a des délais, elles font face à de vrais effondrements".

Face à la demande, les délais de prise en charge ont en effet explosé. "Avant cette annonce, nous avions déjà des délais qui s'allongeaient, qui étaient passés de six à huit mois. Maintenant, on va dépasser les un an pour une prise en charge en CSO", rapporte le Pr De Luca de Tours.

Même constat à Paris, où le délai pour avoir une consultation était déjà de neuf à 12 mois avant juin. "Nous n'étions déjà pas capables de répondre à la demande avant et l'annonce du remboursement a aggravé les choses", souligne le Pr Czernichow. "Nos centres étaient destinés à prendre en charge les patients les plus sévères et nous allons devoir encore plus les sélectionner."

Au final, "c'est une perte de chance pour tous les patients éligibles à ces traitements qui n'y ont pas accès seulement parce que nous n'avons pas de place en consultation".

En Alsace, "on a bloqué les consultations jusqu'à fin 2026 à Colmar, et à Strasbourg, l'agenda est rempli jusqu'à mai 2027", rapporte le Dr Rudy Caillet, qui travaille entre les Hospices civils de Colmar et le CSO à Strasbourg.

Interrogée par APMnews, la Ligue contre l'obésité rapporte avoir reçu sur sa ligne Obécoute plusieurs demandes d'information de patients "ne sav[ant] pas toujours vers qui se tourner pour identifier un professionnel adapté" et faisant part "de délais parfois longs pour obtenir un rendez-vous, ce qui peut retarder leur entrée dans un parcours de soins".

Réorganisations en cours

À Montpellier, le CSO a décidé de changer son protocole de prise en charge des nouveaux patients après avoir reçu environ 1 000 demandes cet été. Les patients doivent désormais faire remplir par un médecin extérieur un questionnaire "afin de recueillir tous les éléments nécessaires à la sélection des patients les plus sévères", explique le Pr Antoine Avignon.

Les patients sélectionnés sont ensuite accueillis en hôpital de jour pouvant en accueillir 25 à 30 par semaine. Il faudra donc "plus de six mois" pour gérer les demandes déjà reçues, "et il y aura de nouvelles demandes en parallèle tout en assurant le suivi des patients", avance-t-il.

À Clermont-Ferrand, l'adressage des nouveaux patients se fait aussi par le biais d'une fiche d'informations remplie par un médecin extérieur. Cela permet "la gradation du stade d'obésité, puis une orientation en fonction du stade et du département", explique Magalie Miolanne. Les patients avec une obésité de stade 3A-3B sont alors vus au CSO, mais avec un délai de prise en charge "passé de trois à six mois", tandis que les patients au stade 2 sont orientés vers des centres partenaires, en centre hospitalier (CH) ou en établissement de soins médicaux et de réadaptation (SMR), mais "ces centres n'ont plus de place avant un an".

À Creil, il a fallu monter tout un parcours de soins pour répondre aux exigences du remboursement, raconte le Dr Samy Chaibi, responsable du CSO Oise Hauts-de-France, qui fait partie des cinq CSO labellisés en 2025. "Même si on sentait les choses bouger depuis décembre sur les TMO", la publication de l'arrêté de remboursement le 28 mai, effectif au 15 juin, "ne nous a pas laissé énormément de temps pour nous organiser."

Ce parcours permet actuellement de prendre en charge des groupes de 25 patients pour un premier atelier d'information, organisé deux fois par mois, puis des groupes de six patients en hôpital de jour (HDJ), organisés une fois par semaine, pour faire leur bilan (médical, biologique et diététique) et de l'éducation thérapeutique.

Interrogé par APMnews le 20 août, le Dr Chaibi estimait avoir un peu plus de 350 patients en attente et pouvoir lisser cette liste "en environ huit mois" s'il arrivait à augmenter les capacités de son HDJ jusqu'à 10 patients par semaine.

"La capacité de soins n'a pas augmenté"

Mais pour augmenter leurs capacités de prise en charge, les CSO ont besoin d'une augmentation de leurs moyens. "Les CSO ne sont pas dimensionnés pour gérer cet afflux et on n'a pas les financements pour assurer tout ça", constate le Pr Avignon.

À Paris, le CSO Île-de-France Ouest aurait besoin de nouveaux médecins nutritionnistes pour absorber la demande, rapporte le Pr Czernichow. "Nos services sont bien structurés mais nous n'avons pas la masse critique pour répondre à cette épidémie", insiste-t-il en rappelant que 6 % de la population française présente un IMC supérieur à 35 kg/m².

Pour rappel, la Haute Autorité de santé (HAS) a évalué qu'entre 1 million et 2,1 millions de Français remplissent les critères d'IMC du remboursement. Mais avant prescription, il faut aussi s'assurer que les patients aient eu au moins six mois d'une prise en charge nutritionnelle bien conduite, qui se veut pluridisciplinaire avec de la diététique, de l'activité physique adaptée et de la psychologie.

Et le manque de personnels permettant d'assurer toute cette prise en charge ne date pas de juin. "Depuis quatre, cinq ans, avec l'arrivée des médicaments [Wegovy a été distribué en accès précoce dès 2022, puis vendu sans remboursement à partir de novembre 2024, NDLR], nous avons de plus en plus de patients demandeurs de soins, mais en parallèle, la capacité de soins n'a pas augmenté", déplore Rudy Caillet, prenant l'image d'une "baignoire pleine" qu'il n'est plus possible de remplir.

À Tours, le Pr De Luca dit avoir écrit durant l'été "un projet de réorganisation du CSO" comprenant "des demandes de moyens pour arriver à absorber cette activité qui va rester haute un moment". Il explique que les moyens du CSO n'ont pas été revus depuis 2016 et qu'il y a désormais besoin de plus de temps médical, diététique et psychologique, et idéalement d'une assistante sociale.

Même chose à Clermont-Ferrand, où le CSO "est plafonné en nombre de moyens humains. On a demandé des moyens supplémentaires à la direction de l'établissement, qui a compris qu'il y avait un besoin", assure la Dr Miolanne. "Des négociations sont en cours pour avoir du temps médical et paramédical en plus, mais cela va prendre plusieurs semaines ou mois."

Des chartes pour associer les endocrinologues libéraux

Pour gérer cet afflux, les centres tentent d'augmenter leurs collaborations avec les professionnels de ville. Mais parmi les libéraux, si de nombreux médecins peuvent participer à l'adressage et au suivi des patients, seuls les endocrinologues-diabétologues-nutritionnistes (spécialité EDN) sont actuellement autorisés à la primoprescription de Wegovy et de Mounjaro, sous réserve d'avoir signé une charte les liant à un CSO.

En Alsace, l'autorisation de prescription aux EDN libéraux, intégrée dans une deuxième mouture des arrêtés de prise en charge, a déjà permis de passer "de 14 à 40 médecins potentiellement prescripteurs", comptabilise le Dr Caillet. Il assure que "le maillage territorial et le recensement des capacités de soin par les libéraux de ville vont nous aider. Il faut que le CSO soit support de coordination et source de proposition de formations pour les médecins qui veulent participer".

En revanche, à Clermont-Ferrand, "nous sommes en zone rurale, où il y a peu d'endocrinologues en [médecine de] ville, et ils sont déjà surchargés", relate la responsable du CSO. "Très peu ont accepté de signer la charte car ils ne peuvent pas accepter de nouveaux patients." Sur 21 endocrinologues libéraux présents sur le territoire du CSO, elle n'a actuellement réussi à en convaincre que quatre.

Plus chanceux, le CSO Occitanie-Est a réussi à faire signer sa charte à 75 EDN sur les cinq départements qu'il couvre.

De nouveaux relais de ville attendus

À Paris, s'il y a bien une "montée en charge des collègues de ville qui s'affilient au CSO", le Pr Czernichow déplore que de nombreux médecins spécialistes de l'obésité en dehors de la spécialité EDN ne puissent pas participer à la primoprescription. "Cela enlève potentiellement beaucoup de collègues qui seraient de bons relais aux centres obésité."

Une révision des arrêtés de remboursement, pour autoriser ces spécialistes de l'obésité non EDN, est attendue par tous, d'autant plus qu'ils sont "parfois plus spécialisés que certains endocrinologues", assure Rudy Caillet. "Il y a un mauvais centrage de la profession prescriptrice, qui néglige une partie des médecins compétents", déplore-t-il.

Interrogé à plusieurs reprises par APMnews sur un potentiel élargissement du périmètre des professionnels autorisés à la primoprescription, le ministère de la santé n'a pas répondu.

Le déploiement du parcours coordonné renforcé (PCR) "obésité complexe" est aussi attendu car les médecins coordinateurs pourront être prescripteurs… Mais il n'en existe pour l'instant aucun car aucune structure n'est encore autorisée à le proposer.

Dans les cinq régions identifiées comme prioritaires (car ayant une prévalence de l'obésité supérieure à la moyenne), les agences régionales de santé (ARS) ont publié en juin des appels à candidatures prenant fin courant septembre. Leurs résultats seront communiqués d'ici à fin novembre pour certaines, mais pas avant fin janvier 2027 pour d'autres.

"Pour nous CSO, le PCR est forcément une attente car il nous permettra de construire des structures de proximité", confirme Thomas Demangeat du CSO Rouen-Normandie, une des régions prioritaires. "Tout l'enjeu sera de rendre ce PCR attractif et rentable pour les structures."

Pour les spécialistes, l'affluence de cet été n'est qu'un début. "Les nouveaux analogues en comprimés pourraient générer un nouvel afflux", anticipe notamment Samy Chaibi. Une forme orale de Wegovy a en effet été homologuée mi-juillet en Europe, après un lancement en fanfare aux États-Unis en janvier, mais concurrencée depuis mai par la pilule Foundayo (orforglipron) de Lilly qui, elle, n'est pas encore autorisée en Europe, rappelle-t-on.

D'après une dépêche publiée par APMnews le 31 août 2026.

Sources

Commentaires

Ajouter un commentaire
En cliquant sur "Ajouter un commentaire", vous confirmez être âgé(e) d'au moins 16 ans et avoir lu et accepté les règles et conditions d'utilisation de l'espace participatif "Commentaires" . Nous vous invitons à signaler tout effet indésirable susceptible d'être dû à un médicament en le déclarant en ligne.
Pour recevoir gratuitement toute l’actualité par mail Je m'abonne !