Maladie d’Alzheimer : une alimentation saine est bénéfique aussi pour les personnes présentant un risque de démence accru

De nouveaux travaux révèlent que se nourrir sainement réduit le risque de démence, mais est aussi bénéfique aux personnes chez qui des marqueurs précoces de la maladie ont été détectés. Cela retarde l'apparition des symptômes, et allonge la durée de vie sans démence.
 

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Adopter une alimentation de type méditerranéen peut influer positivement sur le risque de démence. 

Adopter une alimentation de type méditerranéen peut influer positivement sur le risque de démence. Nadiia Borovenko / iStock / Getty Images Plus / via Getty Images

Les altérations cérébrales susceptibles de mener au développement d’une démence peuvent s’amorcer bien des années avant que ne se manifestent les premiers symptômes, tels qu’oublis de rendez-vous, difficultés à trouver ses mots ou troubles de la mémoire.

Pour cette raison, les biomarqueurs sanguins sont d’une grande importance. Un biomarqueur est un indicateur qui témoigne d’une activité biologique donnée se produisant au sein de l’organisme. Les scientifiques travaillant sur les démences en ont identifié un certain nombre dont on sait qu’ils peuvent être liés à certaines altérations cérébrales. Il s’agit, par exemple, de biomarqueurs témoignant de modifications protéiques liées à la maladie d’Alzheimer, de lésions des cellules nerveuses ou de changements affectant les cellules qui soutiennent et protègent ces dernières.

Ces marqueurs ne permettent pas pour autant de prédire avec certitude qu’une personne développera une démence. Présenter des taux élevés d’un biomarqueur sanguin donné peut indiquer une augmentation du risque. Cependant, certains individus chez qui sont décelés de tels signes biologiques ne développeront jamais la maladie, tandis que d’autres, si.

De ce constat découle une question importante : une fois les premières altérations cérébrales enclenchées, autrement dit, une fois que des biomarqueurs associés à une augmentation du risque de démence ont été détectés chez une personne, son mode de vie peut-il encore infléchir le risque de démence ?

Nos derniers travaux, menés en Suède, suggèrent que l’alimentation a effectivement encore un rôle à jouer, même dans cette situation.

Alimentation et démence

Au cours de précédents travaux, nous avions déjà établi un lien, chez des personnes âgées indemnes de troubles cognitifs, entre la qualité de l’alimentation et les marqueurs sanguins de la maladie d’Alzheimer.

Pour cette nouvelle étude, nous avons suivi près de 1 900 adultes âgées de 60 ans et plus, sur une période allant jusqu’à quinze ans. À l’inclusion dans l’étude, aucun d’entre eux ne présentait de démence. Au cours du suivi, 240 participants ont fini par en développer une.

Le régime alimentaire des participants a fait l’objet de plusieurs évaluations successives. Nous avons également mené des analyses afin de déterminer si – chez des personnes présentant différents niveaux de marqueurs sanguins associés à la maladie d’Alzheimer, à des lésions des cellules nerveuses ou à l’existence d’un stress cérébral – le fait d’avoir des habitudes alimentaires plus saines était associé à un moindre risque de démence.

Plutôt que de nous concentrer sur des aliments ou des nutriments isolés, nous avons étudié des profils alimentaires globaux. Une telle démarche se justifie, car, dans la réalité, on ne consomme pas des nutriments isolés, mais des associations d’aliments.

Nous avons retenu trois critères pour caractériser la qualité de l’alimentation des participants : leur degré d’adhésion à un régime de type méditerranéen, le degré de conformité de leurs pratiques alimentaires par rapport aux recommandations nutritionnelles, et la propension de l’alimentation choisie à favoriser l’inflammation dans l’organisme.

De cette façon, nous avons pu déterminer si, en fonction du profil biologique des individus, certaines dimensions de la qualité de leur alimentation étaient plus importantes que d’autres.

Une alimentation moins inflammatoire est toujours bénéfique

Les résultats obtenus ont révélé que les personnes dont l’alimentation était de meilleure qualité présentaient dans l’ensemble un risque de démence plus faible que les autres. Fait notable, cette tendance s’observait également chez les participants dont les marqueurs sanguins témoignaient d’un risque de maladie plus élevé (y compris dans le cas d’altérations liées à la maladie d’Alzheimer).

Chez ces personnes, le résultat le plus net et le plus constant concerne le potentiel inflammatoire de l’alimentation. Les régimes alimentaires au potentiel inflammatoire le plus faible étaient, chez ces participants, associés à une réduction du risque relatif de démence pouvant atteindre 30 %. Il faut ici souligner qu’une telle réduction décrit un écart entre des groupes de personnes ; elle ne dit rien de ce qu’il adviendra d’un individu en particulier.

Il faut par ailleurs ici émettre une réserve importante : notre étude était observationnelle. Cela signifie qu’elle met en évidence des associations entre alimentation, biomarqueurs et risque de démence, mais ne saurait établir de relation de cause à effet.

Il reste que ces résultats désignent l’inflammation comme pouvant être l’une des voies par lesquelles, une fois amorcées les altérations biologiques liées à la maladie, l’alimentation conserve une influence.

Par ailleurs, au cours de notre étude, nous avons aussi constaté que, chez les personnes dont les taux de biomarqueurs associés au risque de démence étaient les plus bas, suivre une alimentation de type méditerranéen ou se conformer aux recommandations nutritionnelles émises par les autorités de santé était encore plus étroitement associés à une réduction du risque de démence.

Ces résultats laissent entendre que la qualité de l’alimentation agit selon des modalités distinctes, en fonction du profil biologique de chacun

Inflammation et cerveau

De quoi parle-t-on lorsque l’on parle d’« alimentation à faible potentiel inflammatoire » ? Avant tout, soulignons qu’il s’agit d’orienter ses choix d’aliments d’une façon générale, plutôt que de se conformer à un régime donné.

Cela consiste, par exemple, à consommer davantage de légumes, de fruits, de céréales complètes, de légumineuses, de thé et de café, et moins de viande rouge et de charcuterie, de céréales raffinées et de boissons sucrées.

Des travaux de recherche ont révélé que suivre une alimentation de moindre potentiel inflammatoire était associé à une diminution du risque de démence chez des personnes âgées atteintes de maladies cardiométaboliques (diabète de type 2, maladie cardiaque ou accident vasculaire cérébral).

Comment s’expliquent de tels effets sur le cerveau ? L’inflammation aiguë fait partie des mécanismes de défense normaux de l’organisme : elle permet de réagir aux infections et aux lésions. Là où elle devient problématique, c’est quand une inflammation chronique de bas grade se met en place, une inflammation « silencieuse » qui demeure active des années durant.

Les scientifiques s’intéressent de plus en plus à la façon dont cette inflammation au long cours pourrait contribuer au vieillissement cérébral et à la démence. Son action s’exercerait de deux manières : directement, en raison de l’activité immunitaire se produisant en permanence dans le voisinage immédiat des cellules cérébrales, et indirectement, par le biais des vaisseaux sanguins (qui transportent des molécules inflammatoires), du développement d’une insulinorésistance et de son impact sur la santé cardiaque.

Atouts et limites de ces travaux

Au nombre des points forts de notre étude, on peut citer la durée du suivi, la multiplicité des recueils de données alimentaires, l’identification rigoureuse des cas de démence et la comparaison de divers profils alimentaires au sein d’une même cohorte de personnes âgées.

Toutefois, nos travaux présentent aussi des limites. Le type d’alimentation des participants a été évalué par questionnaires. Bien qu’utiles, ces outils ne sont pas parfaits. Par ailleurs, les participants étaient issus d’une seule zone urbaine suédoise ; ils étaient en moyenne plutôt en bonne santé, et possédaient un niveau d’instruction élevé. Les conclusions de cette étude ne peuvent donc pas nécessairement être transposables à toutes les populations.

Ces limites nous incitent à retenir un message mesuré. Aucune alimentation, si saine soit-elle, n’est capable de supprimer entièrement le risque de démence. D’autres facteurs, tels que l’âge, le bagage génétique, l’état de santé cardiovasculaire, les conditions sociales ou encore le hasard, ont tous une influence.

Il faut cependant retenir que, même dans le cas où les analyses biologiques indiqueraient un risque accru de démence, adopter une alimentation saine demeure important pour la santé cérébrale. Reste désormais à identifier quels aliments et quels nutriments sous-tendent cette association, afin de pouvoir formuler des recommandations plus précises en matière de prévention de la démence.

Auteurs

  • Anja Mrhar, Visiting Researcher and PhD student, Karolinska Institutet
  • Adrián Carballo Casla, Postdoctoral Researcher in Geriatric Epidemiology, Karolinska Institutet

Cet article est republié à partir de The Conversation sous licence Creative Commons. Lire l'article original.

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