Le masque FFP2 est conseillé en priorité chez les personnes vulnérables.Boyloso / iStock / Getty Images Plus / via Getty Images
Depuis le 22 juillet 2026, deux incendies majeurs ravagent le Sud-Ouest de la France : près de 46 000 hectares brûlés, plus de 250 000 personnes évacuées et plus de 200 habitations détruites.
- Des fumées particulièrement toxiques : les fumées d'incendie sont 2 à 10 fois plus toxiques que la pollution habituelle, à concentration égale en PM2,5. Elles contiennent particules fines, monoxyde de carbone (CO), hydrocarbures aromatiques polycycliques (HAP) et composés organiques volatiles (COV),avec un fort potentiel oxydant. Les particules ultrafines peuvent atteindre la circulation sanguine. L'indice ATMO sous-estime le risque réel lors de ces épisodes ;
- Effets sanitaires : les atteintes respiratoires dominent avec exacerbation d'asthme, de BPCO, hausse des hospitalisations. Des effets cardiovasculaires, ORL et psychiques (anxiété, syndrome de stress posttraumatique) sont également décrits ;
- Populations vulnérables : personnes atteintes de maladies cardio-respiratoires chroniques, personnes âgées, jeunes enfants, femmes enceintes et immunodéprimés sont les plus à risque.
- Recommandations : limiter les sorties, fermer portes et fenêtres, arrêter la VMC. Le masque FFP2 est conseillé aux personnes vulnérables, mais ne protège pas contre les gaz de combustion. En cas de symptômes, consulter ;
- D'après le bilan de Santé publique France en date du 29 juillet 2026, l'impact sanitaire semble pour l'heure limité avec « une tendance à la hausse des recours aux soins d'urgences pour asthme, dyspnée, insuffisance respiratoire, malaises et angoisse » (semaine du 20 au 26 juillet 2026).
Depuis le 22 juillet 2026, deux incendies majeurs ravagent le massif forestier du sud-ouest de la France, touchant les départements de la Gironde et des Landes. Au total, ce sont près de 46 000 hectares partis en fumée en moins d'une semaine, plus de 250 000 personnes évacuées et plus de 200 habitations détruites.
Pourquoi les fumées d'incendie sont-elles plus toxiques que la pollution atmosphérique ordinaire ?
Les fumées d'incendies de végétation sont un mélange hétérogène de polluants primaires (directement émis par la combustion) et secondaires (formés par réactions chimiques dans l'atmosphère). On y retrouve principalement :
- des particules fines (PM2,5 et PM10) ;
- du monoxyde de carbone (CO) ;
- des hydrocarbures aromatiques polycycliques (HAP) ;
- des composés organiques volatils (COV) ;
- du dioxyde d'azote (NO2) ;
- du dioxyde de soufre (SO2).
À concentration égale en PM2,5, les particules issues des fumées d'incendies de végétation présentent une relation exposition-risque de 2 à 10 fois plus élevée que les PM2,5 de la pollution de fond habituelle. Cet excès de risque a été documenté pour la morbidité respiratoire (notamment l'asthme), la mortalité toutes causes, les mortalités cardiovasculaire et respiratoire [1].
Plusieurs mécanismes expliquent cette toxicité accrue
- les particules fines (PM2,5) issues des incendies de végétation ont une composition carbonée spécifique. Elles comportent :
- une fraction importante de carbone organique « frais » dont le potentiel réactif n’a pas été atténué/dégradé par des réactions chimiques dans l‘atmosphère. Ce qui lui confère un fort potentiel oxydant d’où l’émission d’une plus grande quantité de radicaux libres (ROS), induisant stress oxydatif et inflammation,
- une proportion élevée de carbone suie (fraction solide, noire, et inerte) dont les particules très petites (majoritairement < 1 µm), difficilement éliminées, pénètrent profondément dans les alvéoles pulmonaires. De plus le carbone suie agit comme un transporteur de polluants toxiques ;
- les HAP atteignent des concentrations significativement plus élevées dans les fumées d'incendie de végétations ;
- il existe une forte proportion de particules ultrafines (diamètre inférieur à 0,1 µm), capables de traverser la barrière alvéolo-capillaire et d'atteindre la circulation sanguine, voire le cerveau par voie olfactive ;
- des polluants supplémentaires selon ce qui brûle. Quand les flammes atteignent des bâtiments, véhicules ou sites industriels, la fumée contient des polluants : métaux lourds (plomb, mercure, cadmium, arsenic), amiante, produits de synthèse, colles, plastiques.
À savoir : les indices de qualité de l'air actuels (indice ATMO) sont construits à partir des particules fines PM2,5 et des PM10 (principal enjeu pour la qualité de l'air) et ils sous-estiment donc le risque sanitaire réel lors d'épisodes de fumées d'incendie.
Sur quelle distance et pendant combien de temps ces fumées sont-elles susceptibles de se disperser ?
Concernant la distance de dispersion, les particules fines (PM2,5) et certains gaz (benzène, HAP, cyanure d'hydrogène) peuvent être transportés sur plusieurs centaines, voire plusieurs milliers de kilomètres.
L'ozone (O3), polluant secondaire, se forme à distance du foyer et peut impacter des populations éloignées.
Les particules grossières (PM10) se déposent plus rapidement et restent davantage en champ proche.
En pratique, lors des grands incendies girondins, des dépassements du seuil d'alerte pour les particules en suspension ont été mesurés dans plusieurs départements limitrophes et hors région. Les mégafeux dans les Landes en 2022 qui ont touché plus de 30 000 hectares en Gironde ont dégradé l’atmosphère jusqu’aux Yvelines à plus de 500 km.
La durée de la pollution atmosphérique dépend des conditions météorologiques (vent, précipitations, inversions thermiques) et de l'intensité du feu. Un épisode peut durer de quelques heures à plusieurs jours ou semaines.
Les données de l’ATMO Nouvelle-Aquitaine, actualisées en temps réel, permettent de suivre l'évolution de la qualité de l'air suite aux incendies en Gironde et dans les Landes.
Quels effets sanitaires associés à l'exposition aux fumées d'incendie chez les pompiers ?
Parmi les effets sanitaires documentés chez les pompiers engagés dans la lutte contre les incendies de végétation, les atteintes respiratoires aiguës constituent le domaine le mieux établi et le plus solidement étayé par la littérature scientifique [1]. De nombreuses études convergent pour montrer que l'exposition aux particules fines (PM2,5) issues des fumées entraîne :
- des symptômes tels que la toux, l'irritation et la dyspnée ;
- une altération transitoire de la fonction respiratoire (baisse du VEMS et de la CVF mesurables) ;
- une réponse inflammatoire aiguë.
Ces effets sont généralement réversibles en fin de saison des feux, bien qu'une persistance des symptômes respiratoires jusqu'à deux à trois ans après une exposition intense ait été rapportée dans certaines études.
À plus court terme, d’autres atteintes sont fréquemment décrites :
- ORL : rhinite, irritation des voies supérieures ;
- ophtalmologiques : irritation oculaire ;
- dermatologiques tels qu'éruptions cutanées et prurit, essentiellement liés à la chaleur, aux flammes ou à la macération plutôt qu'à une action toxique directe des fumées sur la peau.
Les effets cardiovasculaires semblent essentiellement aigus et liés de façon combinée à l’inflammation, au stress oxydatif, aux contraintes thermiques, aux charges physiques et dépendent des susceptibilités individuelles.
Sur le plan neurologique, les effets identifiés sont principalement liés à l'exposition au monoxyde de carbone (CO), gaz toxique, inodore et incolore, provoquant des phénomènes d'hypoxie et des symptômes tels que céphalées, vertiges, nausées, pouvant aller jusqu’à une perte de connaissance et un coma.
Quant à la mortalité directement imputable aux fumées, elle demeure rare : les décès survenant lors des interventions résultent le plus souvent de mécanismes multifactoriels associant crises cardiaques, accidents de la route ou piégeages par le feu.
À plus long terme, les conséquences chroniques des expositions répétées restent insuffisamment documentées.
L'activité professionnelle de lutte contre les feux est toutefois classée cancérogène pour l'Homme (groupe 1) par le Centre International de Recherche sur le Cancer. Ce classement concerne la profession de pompier dans son ensemble mais tous types de feux confondus, et pas uniquement les feux de végétation. Les cancers rapportés avec des preuves suffisantes sont le mésothéliome et le cancer de vessie.
Et pour la population générale ?
Comme pour les pompiers, les effets respiratoires à court terme constituent, de loin, le domaine le mieux documenté dans de nombreuses études et peuvent traduire l'exacerbation de maladies respiratoires chroniques préexistantes [1].
Les concentrations de PM2,5 spécifiques aux incendies de végétation sont associées :
- à une augmentation des hospitalisations et des passages aux urgences pour asthme, bronchopneumopathie chronique obstructive (BPCO), bronchite, bronchiolite et infections respiratoires ;
- à une hausse des consultations médicales ;
- à une consommation plus importante de médicaments (bronchodilatateurs notamment).
Les épisodes de fumées sont également associés à une surmortalité non accidentelle à court terme.
Les effets à court terme suivants sont également bien documentés
- ORL : maux de gorge, otites moyennes chez les enfants ;
- ophtalmologiques : irritation, démangeaisons, larmoiement ;
- dermatologiques : augmentation des consultations pour dermatite atopique et démangeaisons cutanées.
D’autres effets sont également décrits dans les études mais de façon plus limitée et moins homogène sur les plans :
- cardiovasculaires : les données disponibles suggèrent néanmoins des liens avec l'augmentation des hospitalisations et passages aux urgences pour arythmie cardiaque, hypertension artérielle
et infarctus du myocarde, ainsi que, dans une moindre mesure, pour insuffisance cardiaque congestive et mortalité cardiovasculaire. - psychiques et psychiatriques. Les effets sur la santé mentale sont réels : dépression, anxiété, syndrome de stress post-traumatique et troubles du sommeil sont observés en lien avec les épisodes d'incendie. Mais ils sont difficiles à attribuer spécifiquement à l'exposition aux fumées et probablement plus en rapport avec les expériences traumatiques (pertes matérielles, évacuation, blessures, etc.) qu’avec l'inhalation des fumées seule.
Quels patients sont les plus à risque ?
Chez les personnes à risque une vigilance particulière est nécessaire [2]. Sont particulièrement concernées les personnes :
- atteintes d’une affection cardio-respiratoire chronique notamment (asthme, bronchopneumopathie chronique obstructive, insuffisance respiratoire chronique, insuffisance cardiaque, maladie coronaire, autres);
- avec une affection chronique (diabète, immunodépression, patients dyalisés, etc.)
- présentant une situation de vulnérabilité au titre de leur situation physiologique, en particulier personnes âgées,jeunes enfants, femmes enceintes.
En cas d’apparition de symptômes ou d’une gêne respiratoire, ces personnes doivent consulter.
Le port du masque FFP2 est recommandé en priorité aux personnes les plus sensibles aux effets des fumées. Il doit être porté en étant bien ajusté sur le nez et la bouche et remplacé « dès qu’il devient humide, sale ou difficile à respirer, et au plus tard après une journée d’utilisation (environ 8h d’utilisation cumulée) » [2].
Quels risques chez les femmes enceintes et les jeunes enfants ?
Les femmes enceintes constituent une population vulnérable [1]. Les effets les mieux documentés mais qui restent à confirmer sont :
- une diminution du poids de naissance : en moyenne -16 à -32 g pour une augmentation de 5 µg/m3 de PM2,5, avec un risque de faible poids de naissance (< 2,5 kg) augmenté de 21 à 55 % selon le trimestre d'exposition (risque maximal au 2e trimestre) ;
- une augmentation du risque de naissance prématurée : de 31 à 48 % pour une augmentation de 5 µg/m3 de PM2,5, notamment lors d'une exposition au 2e trimestre.
Comme le souligne le rapport de l’Anses :
« Les nourrissons et les jeunes enfants figurent parmi les populations les plus vulnérables à la pollution de l'air générée par les incendies de végétation. Leur système respiratoire en développement, leur activité physique plus intense et leur fréquence respiratoire plus élevée les exposent à des concentrations de polluants proportionnellement plus importantes que les adultes.
Quelles recommandations pour les patients ?
L’ensemble des recommandations est présenté sur la page de l’ARS Nouvelle-Aquitaine [2].
Pendant l'épisode de fumées :
- limiter les déplacements et le temps passé à l’extérieur, éviter les activités physiques en plein air
; - garder les portes et fenêtres fermées,
n’aérer que lorsque les conditions le permettent. Occulter les aérations avec des linges humides et arrêter les VMC durant les épisodes de fumées ; - veiller à la qualité de l’air à l’intérieur du
domicile (éviter l’encens, les bougies, etc.) ;
Comme le stipule Santé publique France (SPF) [3] : «
Quelle efficacité des masques FFP2/FFP3 ?
Le masque FFP2/FFP3 est un outil de réduction du risque, utile et recommandé par les autorités sanitaires, mais qui protège principalement contre les particules fines (PM2,5 et PM10), et ne protège pas contre les gaz de combustion dont le CO.
La meilleure protection reste d'éviter l'exposition : rester à l'intérieur, fenêtres fermées.
Quelles données de surveillance en temps réel (semaine du 20 au 26 juillet 2026) ?
Le dispositif de surveillance en lien avec les feux de forêt et les épisodes de pollution en Gironde et dans les Landes montre un impact sanitaire limité sur la semaine du 20 au 26 juillet 2026 [3] :
- une augmentation des recours aux soins pour asthme dans les services d’urgences et les associations SOS Médecins de Bordeaux métropole ;
- une tendance à la hausse de l’activité des services d’urgences de Bordeaux Métropole pour dyspnée/insuffisance respiratoire ;
- une tendance à la hausse des actes pour angoisse dans les associations SOS Médecins de Bordeaux Métropole ;
- pas de hausse inhabituelle des recours aux soins d’urgences pour pathologies cardiaques.
Cependant, comme le précise SPF [3] : « Ce bilan doit être nuancé car le système s’appuie uniquement sur les données des services d’urgences et des associations SOS Médecins, et ne couvre donc pas le secteur de la médecine libérale. Par ailleurs, le dispositif de surveillance ne permet pas d’identifier les personnes impactées, avec une symptomatologie plus ou moins sévère, qui n’ont pas consulté ».
[1] Pollution liée aux incendies de végétation et effets sur la santé humaine et sur l’environnement. (Avis de l’Anses Rapport d’expertise collective de juin 2026).
[2] Feux de forêts - Impact sanitaire et recommandations (ARS Nouvelle-Aquitaine, 30 juillet 2026).
[3] Feux de forêts en Gironde et dans les Landes (SPF, 29 juillet 2026)
10 minutes
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