Les vaccins Ebola induisent une réponse immunitaire précoce contre Bundibugyo quel que soit l'âge.Media Lens King / iStock / Getty Images Plus / via Getty Images
Deux équipes, l'une française [1], l'autre allemande [2], ont étudié l'hypothèse d'une réponse immunitaire croisée avec les vaccins Ebola existants contre la souche Bundibugyo, qui sévit depuis plus près de 3 mois en République démocratique du Congo et en Ouganda. Il n'existe pas encore de vaccin contre cette souche, même si plusieurs sont en cours de développement.
Les analyses in vitro, notamment de prélèvements réalisés lors de l'essai Prevac, concluent à une réponse croisée précoce contre le virus Bundibugyo, même si elle est plus faible que contre la souche Zaïre.
Dans l'attente d'un vaccin spécifique, ces résultats immunologiques plaident pour mener des essais cliniques en contexte d'urgence afin de tester si les vaccins confèrent un niveau de protection significatif contre la maladie. Le vaccin à dose unique VSV-ZEBOV se révèle particulièrement intéressant du fait de sa praticité, de la précocité de la réponse et des stocks disponibles.
Comment accélérer la recherche d'un vaccin Ebola efficace contre la souche Bundibugyo ? Les données concordantes de deux équipes indépendantes suggèrent une piste : les vaccins Ebola déjà disponibles contre la souche Zaïre pourraient apporter une protection contre la souche qui sévit en République démocratique du Congo (RDC) et en Ouganda depuis près de 3 mois.
Les analyses immunologiques, toutes deux réalisées à partir de sérums de patients ayant participé à des essais vaccinaux, montrent que les vaccins sur le marché entraînent une production d'anticorps dirigés contre la souche Bundibugyo, même si elle est moindre que pour la souche Zaïre.
Ces résultats ont fait l'objet de deux correspondances publiées concomitamment fin juillet 2026 :
- l'une par des chercheurs français (Institut national de la santé et de la recherche médicale [Inserm]/Université de Bordeaux/Institut de recherche pour le développement) à partir des prélèvements de 179 patients ayant participé à l'essai Prevac [1]
- et l'autre par des scientifiques du German Primate Center (Göttingen) qui s'appuient sur un échantillon plus petit de 10 patients d'un essai de phase I.
Les deux équipes appellent à explorer la protection conférée en clinique dans l'attente de vaccins spécifiques qui sont en cours de développement.
« En l’absence de vaccins homologués spécifiques au Bundibugyo, ces données plaident en faveur d’une évaluation clinique urgente de l’efficacité des vaccins disponibles, particulièrement Ervebo (du fait du stock actuellement et de son injection en une seule fois), dans le cadre de l’épidémie en cours », a déclaré dans un communiqué de l'Inserm le Pr Yves Levy, directeur du Vaccine research Institute (VRI) et responsable de l'étude française.
Pour rappel, six espèces virales Ebola ont été décrites à ce jour, dont trois sont hautement pathogènes pour l’être humain :
- le virus Ebola, dite « souche Zaïre » (EBOV ou ZEBOV) ;
- le virus Soudan (SUDV) ;
- et le virus Bundibugyo (BDBV).
L'Organisation mondiale de la santé (OMS) a qualifié l'épidémie actuelle à Bundibugyo d'urgence de santé publique de portée internationale depuis le 17 mai 2026. Plus de 1 000 décès ont été déclarés au 22 juillet 2026.
Deux schémas vaccinaux disponibles contre la souche Zaïre
Ces travaux lancés très rapidement en contexte de crise sanitaire répondent à la demande pressante de l'OMS d'évaluer l'efficacité de stratégies thérapeutiques et préventives pour améliorer la réponse à l'épidémie actuelle de maladie à virus Ebola causée par la souche Bundibugyo.
Les vaccins Ebola existants pourraient offrir une réponse immunitaire croisée selon des données encore parcellaires.
Deux schémas vaccinaux contre la souche Zaïre existent :
- une injection unique du vaccin VSV-ZEBOV (aussi appelé rVSV-ZEBOV) (Ervebo, MSD) ;
- la combinaison des vaccins Ad26 et MVA-BN-Filo (Zabdeno et Mvabea, Janssen).
Une réponse immunitaire croisée précoce encourageante
L'étude française
Plus en détail, l'équipe française a évalué le spectre de la réponse anticorps des vaccins existants contre le virus Ebola souche Zaïre à partir de sérums prélevés chez 179 participants (adultes et enfants) à l'essai Prevac mené en Afrique de l'Ouest entre 2018 et 2020.
Les chercheurs ont analysé les prélèvements réalisés à 28 jours (n=55) ou à 3 mois (n=124) après un schéma à une seule dose par VSV-ZEBOV, un autre complété d'un rappel à 56 jours ou l'association Ad26/MVA-BN-Filo.
Pour mener leurs expérimentations, les scientifiques ont sélectionné des antigènes (à base de glycoprotéines recombinantes) représentant six filovirus (EBOV Mayinga, EBOV Kikwit, BDVD, SUDV, virus Reston et virus Marbourg). En pratique, ils ont utilisé des particules (billes) portant ces antigènes en surface, aussi appelées pseudo-particules virales.
Il ressort qu'une réponse croisée contre BDVD était détectée pour toutes les formulations vaccinales et à chaque temps, quel que soit l'âge, même si la réponse contre BDVD était systématiquement plus faible que celles contre les EBOV. La réponse contre BDVD à 28 jours était plus marquée pour le schéma à dose unique VSV-ZEBOV (mesurée à l'aide de la median fluorescence intensity [MFI] à 282) qu'avec le schéma combiné (83). À l'inverse, le schéma combiné présentait une réponse plus importante à 3 mois (433) que le schéma à dose unique (130). En comparaison, les réponses à 28 jours et 3 mois contre EBOV Kikwit s'élevaient à 1 788 et 1 069 avec le schéma à dose unique.
L'étude allemande
Dans la seconde étude, les chercheurs allemands apportent des éléments convergents pour le vaccin à dose unique VSV-ZEBOV, le seul qu'ils aient évalué. L'équipe a analysé les prélèvements à l'inclusion, à 28 jours et à 6 mois de 10 patients ayant précédemment participé à un essai de phase I. Elle a utilisé des pseudo-particules virales portant des antigènes de souches BDVD, EBOV ou Soudan. Là aussi, les participants ont développé une activité neutralisante aux deux temps évalués (mais plus forte au temps précoce) contre les trois souches, mais avec une réponse plus faible contre BDVD et Soudan que pour EBOV. Pour BDVD, la neutralisation spécifique était détectée chez 6 des patients à 28 jours et à 180 jours.
Par ailleurs, l'équipe allemande a montré dans son étude que le virus BDVD n'entre pas plus facilement dans les cellules que les autres variants. « Nos résultats montrent que le variant Bundibugyo circulant actuellement n'a pas un potentiel accru d'infecter les cellules humaines par rapport aux variants précédents », a indiqué Markus Hoffmann, premier auteur, dans un communiqué du German Primate Center.
Les résultats obtenus suggèrent la plausibilité d'une protection contre la souche Bundibugyo par les vaccins existants. Le vaccin à dose unique VSV-ZEBOV se révèle particulièrement intéressant à explorer en contexte d'urgence du fait de la précocité de la réponse. « Ces résultats soulignant aussi et surtout l'importance de mettre au point des vaccins pan-filovirus capables de protéger de manière plus large contre plusieurs souches Ebola », ajoute le Pr Yves Levy.
[1]
[2] Hoffmann M et al.
6 minutes
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