Le risque d'infarctus ou d'AVC varie d'un facteur dix selon la localisation du cancer.PeopleImages / iStock / Getty Images Plus / via Getty Images
Le risque de thrombo-embolie artérielle chez les personnes souffrant de cancer apparaît très variable selon les localisations des tumeurs, montre une étude épidémiologique de très grande taille publiée par le Journal of the National Cancer Institute (JNCI).
S'il est reconnu depuis longtemps que les cancers sont associés à un risque thrombo-embolique veineux, ce n'est que dans une période récente qu'un risque artériel -infarctus du myocarde, accident vasculaire cérébral (AVC) ischémique- a commencé à être aussi identifié.
Il pourrait être lié à l'hypercoagulabilité induite par la tumeur, une inflammation systémique, une dysfonction endothéliale ainsi qu'à la cardiotoxicité de certains anticancéreux, expliquent Hyun Yong Koh du Baylor College of Medicine à Houston et ses collègues.
Mais de nombreuses questions se posent encore, auxquelles ils ont voulu répondre, en étudiant une cohorte de 1,74 million de patients, principalement américains, présentant tous les types de cancers, étudiés entre 2018 et 2023.
Dans une première analyse, sur l'ensemble des cancers, le risque cumulatif d'événement thrombo-embolique artériel s'élevait à 2,4 % durant la première année, 3,4 % si l'on étend le suivi à deux ans et 4,9 % à cinq ans. C'était partagé de façon presque égale entre infarctus et AVC.
Par ailleurs, une analyse du sous-groupe de cancers ayant initié un traitement dans les 90 jours suivant le diagnostic montre un risque un peu plus élevé que la cohorte globale (atteignant 5,2 % à cinq ans).
Mais en réalité, de grandes variations sont visibles selon les localisations. Une analyse à un an montre de très grandes variations de niveau de risque. Dès un an, le risque d'événement thrombo-embolique artériel est déjà à 5,5 % dans la leucémie aiguë myéloïde (LAM), 5,1 % dans le cancer du poumon, 5 % dans le cancer des voies biliaires et 4,9 % dans le cancer du pancréas.
À l’inverse, ce risque à un an n'était que de 1,5 % dans les cancers de la prostate et de l'utérus, 0,9 % dans le cancer du sein et 0,5 % dans celui des testicules.
Les cancers agressifs plus à risque
Globalement, les auteurs notent que les niveaux de risque les plus élevés concernent des cancers agressifs nécessitant des traitements intensifs et les niveaux les plus bas des cancers d'évolution plus lente. C'est illustré par des différences d'un facteur deux de niveau de risque entre les lymphomes indolents et les lymphomes agressifs, ou entre les cancers du tractus digestif bas et du tractus digestif haut, note-t-on.
Les chercheurs ont également identifié d'autres facteurs de risque thrombo-embolique artériel dans les cancers :
• des facteurs liés au cancer comme la maladie métastatique et les traitements systémiques, en particulier les immunothérapies et les thérapies ciblées
• des pathologies cardiovasculaires pré-existantes comme un antécédent d'infarctus ou d'AVC ischémique, une insuffisance cardiaque, une artériopathie périphérique
• des facteurs de risque cardiovasculaire (âge, sexe masculin, diabète, hypertension, maladie rénale)
• des anomalies biologiques comme une leucocytose, une anémie, une hypo-albuminémie, une baisse de filtration glomérulaire.
Les chercheurs ont étudié la mortalité et ont montré qu'elle était environ triplée chez les patients ayant eu un événement thromboembolique artériel. Ils notent toutefois que cela n'est pas forcément causal mais refléterait le fait que ces patients pourraient avoir une maladie plus avancée et un mauvais pronostic.
D'un point de vue pratique, ces observations conduisent les auteurs à recommander une évaluation du risque cardiovasculaire, particulièrement chez les patients dont le type de cancer les place à un risque élevé d'événement artériel, puis d'envisager un contrôle des facteurs de risque et une surveillance. L'intérêt d'un traitement prophylactique devrait également être étudié dans des essais randomisés, estiment-ils.
"Les avancées dans les traitements des cancers continuant de prolonger la survie, des études prospectives sont nécessaires pour déterminer quelle prévention cardiovasculaire ciblée et quelles stratégies de surveillance peuvent améliorer le devenir de ces patients", concluent-ils.
D'après une dépêche publiée dans APMnews le 21 juillet 2026.
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