Bonne pratique

Acouphènes : les thérapies cognitivo-comportementales indiquées dans tous les cas

La Haute Autorité de santé a publié une recommandation de bonne pratique pour les acouphènes chroniques invalidants. L'objectif est de structurer la démarche diagnostique et de guider la prise en charge thérapeutique selon l'audition et le handicap, mais toujours avec des TCC.

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Les acouphènes peuvent altérer fortement la qualité de vie.

Les acouphènes peuvent altérer fortement la qualité de vie.AndreyPopov / iStock / Getty Images Plus / via Getty Images

Résumé

La Haute Autorité de santé propose un guide pour structurer la prise en charge des acouphènes.

Le médecin généraliste joue un rôle essentiel à toutes les étapes : évaluation initiale, orientation (urgence ou spécialistes), consultation de synthèse et suivi.

L'examen clinique est capital et minutieux, prioritairement pour éliminer des signes de gravité exigeant une prise en charge en urgence.

Une évaluation fonctionnelle est réalisée par l'ORL.

Un examen morphologique orienté est systématique, sauf en cas d'acouphène bilatéral non pulsatile et sans surdité unilatérale/asymétrique ou troubles audio-vestibulaires.

La prise en charge thérapeutique comporte une thérapie cognitico-comportementale dans tous les cas, une atténuation sonore selon le niveau d'audition, parfois un appareillage, voire un implant cochléaire.

La place d'autres approches (exercice physique, acupuncture, médicaments, etc.) est précisée.

Un accompagnement par les associations de patients et les pair-aidants est à proposer en complément.

Alors que l'errance diagnostique et thérapeutique est souvent longue en l’absence de consensus sur la conduite à tenir, la Haute Autorité de santé met à disposition des professionnels de santé un guide pour la prise en charge des acouphènes chroniques invalidants. L'approche est personnalisée selon le niveau d'audition et de handicap, mais avec, en fil conducteur, les thérapies cognitivo-comportementales, qui sont à proposer dans tous les cas, selon cette recommandation de bonne pratique publiée le 16 juillet 2026 [1].

L'objectif est double :

  • améliorer la démarche diagnostique en précisant notamment la place des examens complémentaires en cas de baisse auditive associée ;
  • hiérarchiser et personnaliser les modalités thérapeutiques.

La recommandation, assortie de 9 documents complémentaires (questionnaire, exemples d'ordonnance, check-list, etc.) [2-10] s'adresse en premier lieu aux médecins généralistes qui reçoivent le patient puis aux médecins ORL, mais aussi aux radiologues, neurologues, gériatres, médecins du travail, psychologues, psychiatres, dentistes, orthodontistes et audioprothésistes.

Le diagnostic repose sur une anamnèse, un examen clinique, une évaluation fonctionnelle et un examen morphologique.

La HAS recommande une consultation de synthèse qui permettra d'expliquer la physiopathologie de l'acouphène, les résultats des examens et présenter un projet thérapeutique.

L'acouphène, un phénomène très fréquent et souvent invalidant

Pour rappel, l’acouphène correspond à une sensation auditive perçue sans stimulation sonore extérieure (sifflements, bourdonnements, grésillements…). Il est identifiable par ses caractères sensoriels : localisation, intensité, fréquence et timbre. Il traduit un dysfonctionnement du système auditif et/ou d’autres structures pouvant interférer avec lui.

L’acouphène est considéré comme persistant ou chronique s’il est présent depuis au moins 6 mois, qu’il soit intermittent ou constant, et comme invalidant s’il affecte la qualité de vie de manière significative.

Il concerne 10 à 19 % des adultes, et 1 à 4 % d’entre eux le considèrent comme gênant au point d’affecter leur qualité de vie ; sa prévalence augmente avec l’âge et la baisse du niveau d’audition.

L'examen clinique, une mine d'informations

L'anamnèse permet d'évaluer l'état général et de rechercher :

  • les facteurs déclenchants : traumatisme crânio-cervical, traumatisme sonore ou pressionnel (plongée, aviation), médicaments et traitements ototoxiques, choc émotionnel, stress professionnel ;
  • les antécédents médico-chirurgicaux : pathologies chroniques, pathologies ORL (maladie de Ménière ou otospongiose), risque cardiovasculaire, la consommation chronique d'alcool et de café ;
  • une modulation somato-sensorielle (facteur positionnel, pathologie cervocale, pathologie temporo-mandibulaire, bruxisme) ;
  • l'exposition sonore (musique, pratique du tir, etc.) et le type de protections auditives utilisées ;
  • le niveau d'anxiété et les troubles psychologiques (dépression, stress post-traumatique...) ;
  • les facteurs modulants (psychiques, sommeil).

L'examen recherche les signes évocateurs d'une pathologie otologique (maladie de Ménière, otospongiose, etc.).

La présence de signes de gravité neurologiques, vasculaires ou otologiques (cf. Encadré) est à éliminer. En cas d’acouphène très récent (< 10 jours), associé à une céphalée inhabituelle, une imagerie ciblée doit être réalisée en urgence.

Des examens exploratoires à visée diagnostique sont à réaliser :

  • une otoscopie de façon systématique ;
  • de façon adaptée selon le type d’acouphène (composante somatosensorielle, rythmique non pulsatile, ou pulsatile).

Des symptômes et signes associés sont à rechercher : auditifs (hyperacousie), vestibulaires (vertiges), neurologiques, psychiatriques.

Le retentissement de l’acouphène sur la qualité de vie est à évaluer par le médecin de première ligne (généraliste ou ORL), dès la consultation initiale, puis à chaque étape du parcours de soins :

  • intensité et gêne ressentie (échelles visuelles analogiques d'intensité [EVA-i] et de gêne [EVA-g]) ;
  • niveau de handicap (score Tinnitus Handicap Inventory [THI]) ;
  • retentissement psychique (Tinnitus Reaction Questionnaire [TRQ], Hospital Anxiety and Depression Scale [HAD-S]), qualité du sommeil, à l’aide de questionnaires et/ou auto-questionnaires.
Encadré - Drapeaux rouges

Des signes d'alerte nécessitent une prise en charge urgente :

  • acouphène très récent + céphalée inhabituelle = imagerie ciblée en urgence ;
  • signes neurologiques associés = avis spécialisé / urgences selon la gravité ;
  • idées suicidaires exprimées = avis psychiatrique / urgences selon la gravité ;
  • trouble anxieux, dépressif ou du sommeil sévère = avis spécialisé selon la gravité ;
  • acouphène pulsatile / suspicion vasculaire = exploration spécialisée en priorité ;
  • signe otologique inquiétant (surdité brutale, vertiges...) = ORL en priorité

Une évaluation fonctionnelle par le médecin ORL

L'évaluation fonctionnelle permet de caractériser, à l'aide de tests (audiométriques), le niveau d’audition, la localisation de l’acouphène, et, le cas échéant, son intensité subjective, les fréquences impliquées et sa masquabilité.

Elle est réalisée de préférence par un médecin ORL qui oriente vers des spécialistes pour des examens complémentaires.

Certains examens (fonctionnels et/ou d’imagerie) sont systématiques, d’autres dépendent de l’orientation clinique et du bilan étiologique.

Des situations où l'évaluation morphologique est systématique

L'évaluation morphologique comprend les examens complémentaires d’imagerie, réalisés dans tous les cas, sauf en cas d'acouphène bilatéral non pulsatile et sans surdité unilatérale/asymétrique ou troubles audio-vestibulaires fluctuants associés :

  • une imagerie ciblée (angio-TDM ou angio-IRM des troncs supra-aortiques et/ou veineux) est réalisée en urgence en cas d'acouphène récent (< 10 jours) associé à une céphalée inhabituelle, violente, brutale et souvent unilatérale ;
  • une IRM encéphalique et des conduits auditifs internes (CAI) est réalisé de façon systématique en cas d’acouphène unilatéral, ou associé à une surdité unilatérale (ou nettement asymétrique) ou à des troubles audio-vestibulaires fluctuants ;
  • certains examens d'imagerie sont conditionnels aux critères cliniques : en cas d'acouphène pulsatile notamment, une angio-IRM avec séquences spécifiques complémentaires, de préférence par un radiologue spécialisé ;
  • dans tous les cas, il est nécessaire de prévoir une protection auditive afin de prévenir un traumatisme sonore lors de ces examens.

Un projet de soins pluridisciplinaire coordonné par le médecin de première ligne

Le médecin généraliste (ou le médecin ORL), professionnel de 1re ligne, coordonne le projet de soins dans la majorité des cas.

Les prises en charge par des équipes pluridisciplinaires sont recommandées, notamment pour les patients présentant des vulnérabilités psychologiques, sociales ou médicales.

Les thérapeutiques dépendant du niveau d'audition et de handicap, qui auront été évalués au préalable (auto-questionnaires, dont le THI).

Les thérapies comportementales et cognitives (TCC) sont recommandées dans tous les cas.

Si une thérapie sonore par aides auditives est proposée, le médecin oriente alors le patient vers un audioprothésiste.

L'indication d’implant cochléaire n'a pas d'indication spécifique pour les acouphènes. Néanmoins la HAS a proposé une extension d'indication dans certaines situations :

  • en cas de surdité unilatérale ou asymétrique avec acouphène invalidant (THI ≥ 50 et EVA‑gêne ≥ 6) ;
  • un bilan préimplantation est réalisé et un suivi psychologique peut être nécessaire dans les suites de l’implantation

D’autres interventions, dont l’efficacité thérapeutique spécifique sur les acouphènes reste à démontrer, qui ne présentent pas d’effet indésirable ni de risque pour la santé, sont à discuter :

  • l’exercice physique est recommandé dans les troubles anxieux associés à la présence d’acouphènes ;
  • l’acupuncture peut être envisagée, dans le cadre du traitement des comorbidités, telle que la prise en charge de douleurs associées ;
  • les approches de thérapies manuelles médicales peuvent permettre d’améliorer l’état du patient, en cas d’acouphènes somato-sensoriels.

Le bénéfice attendu de certains traitements médicamenteux est modeste et circonscrit aux comorbidités neuropsychiatriques associées (troubles du sommeil, troubles anxieux ou dépressifs, ou syndrome de stress post-traumatique). 

Les associations de patients et la pair-aidance jouent un rôle complémentaire important, dès la première consultation et tout au long de la prise en charge.

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