La désescalade figure parmi les priorités de la stratégie décennale de lutte contre les cancers.hachiware / iStock / Getty Images Plus / via Getty Images
Alors qu'une étude française a fait de la radiothérapie hypofractionnée le nouveau standard international dans le cancer du sein avec atteinte ganglionnaire, la réforme du financement de la radiothérapie est attendue pour inciter les établissements à le mettre en place, ont mis en avant plusieurs acteurs du secteur, le 16 juin 2026, lors d'un colloque à l'Académie nationale de médecine.
L'étude HypoG-01, promue par la fédération Unicancer et financée par l'Institut national du cancer (Inca), a démontré que chez des patientes présentant un cancer du sein avec atteinte ganglionnaire, une radiothérapie hypofractionnée à 15 séances sur trois semaines était aussi sûre et efficace que le schéma jusqu'alors standard à 25 séances sur cinq semaines.
Ces résultats, présentés en septembre 2024 à Barcelone au congrès de l'European Society for Medical Oncology (ESMO) et publiés en mars dernier dans The Lancet, sont issus d'un "effort national" et "changent réellement les pratiques un peu partout dans le monde", a souligné la Dr Sofia Rivera, oncologue radiothérapeute à Gustave-Roussy (Villejuif, Val-de-Marne) et investigatrice principale de l'étude, lors du colloque.
Cependant, ce nouveau standard peine à entrer dans le soin courant. Interrogée par APMnews, la Dr Rivera a estimé qu'"un peu plus de la moitié des services a adopté ce schéma". Selon elle, des patientes cherchent à changer de centre de prise en charge si le leur ne propose pas le nouveau schéma à trois semaines.
Les bénéfices secondaires du schéma hypofractionné sont en effet nombreux : meilleure tolérance, moins de fatigue, moins de déplacements… Pour les patientes, c'est "une prise en charge simplifiée" et "deux semaines de vie retrouvées", a avancé Sofia Rivera.
Il y a "un bénéfice aussi pour tous les autres patients qui doivent être traités par radiothérapie". "Du fait d'un manque de manipulateurs, on voit les listes d'attente s'allonger de manière extrêmement préoccupante. Raccourcir la radiothérapie permet ainsi de traiter d'autres patients pour lesquels le retard de la radiothérapie peut avoir des conséquences majeures."
En revanche, l'hypofractionnement représente un enjeu financier important pour les établissements de santé étant donné que la radiothérapie est actuellement financée à la séance. Le schéma hypofractionné réduit mathématiquement le nombre de séances par patiente et il faut donc être capable d'accueillir plus de patientes pour garder une activité stable.
"Quand vous avez une rotation plus importante de patients, il faut plus de physiciens, plus de manipulateurs… Cela nécessite une logistique extrêmement lourde", a ainsi commenté le Pr Steven Le Gouill, directeur de l'ensemble hospitalier de l'Institut Curie (Paris, Saint-Cloud, Orsay).
"Et quand vous êtes payé à la séance, on peut comprendre que certains n'ont pas forcément envie d'y toucher. Cela demande un effort" et il y a un besoin d'"incitation".
La réforme du financement de la radiothérapie, qui doit entrer en vigueur en janvier 2026, est donc particulièrement attendue, parce qu'elle prévoit "une réorientation forte", avec un financement "non plus à la séance mais au forfait", ce qui permettrait "d'encourager notamment l'hypofractionnement", a résumé Sophie Beaupère, directrice générale de la fédération des centres de lutte contre le cancer (CLCC) Unicancer.
Reste encore "à voir le montant du forfait et à espérer que cela permette à tout le monde de pouvoir bénéficier de techniques innovantes". Interrogée par APMnews, Sophie Beaupère se dit néanmoins confiante sur cette réforme.
Vers encore plus de désescalade en radiothérapie
La radiothérapie hypofractionnée n'est par ailleurs qu'une première étape dans la désescalade thérapeutique des patientes. Un schéma "ultra-hypofractionné" à cinq doses sur une semaine a notamment déjà fait ses preuves chez des patientes avec un cancer du sein de stade précoce sans atteinte ganglionnaire, au cours de l'étude FAST-Forward.
À l'Institut Curie, 20 % des patientes pour lesquelles cela est indiqué reçoivent déjà un schéma sur cinq jours et 72 % ont un schéma sur trois semaines, a ainsi rapporté Steven Le Gouill.
Cette innovation est également attendue pour les patientes avec atteinte ganglionnaire. C'est l'objet de l'étude FAST-Forward Boost, lancée début 2026 au Royaume-Uni et qui devrait s'ouvrir à la France en septembre prochain grâce à un financement du programme hospitalier de recherche clinique en cancérologie (PHRC-K). Avec l'Irlande en plus, 4.800 patientes devraient être incluses.
Lors du colloque, le directeur général de l'Inca, Nicolas Scotté, a rappelé que la désescalade était "un des axes principaux" de la stratégie décennale de lutte contre le cancer. "C'est vertueux pour tous, pour les patients, pour la soutenabilité du système de santé, sur le plan environnemental…"
La conduite de ces essais de désescalade a un vrai intérêt "pour faire des économies intelligentes, mais il faut investir un peu", a ajouté Sophie Beaupère. En ordre de grandeur, elle a évalué qu'il fallait investir environ "1 million d'euros pour des économies potentielles de plusieurs centaines de millions d'euros par an".
Pour Nicolas Scotté, il n'est en revanche "pas sûr que le PHRC-K [qui a aussi financé HypoG-01, NDLR] avec ses 27 millions d'euros annuels soit à long terme le meilleur endroit pour financer ce genre d'études", qui demandent d'inclure beaucoup de patientes pour avoir des résultats solides.
D'après une dépêche publiée dans APMnews le 29 juin 2026.
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