SPF dresse un bilan mitigé de l'évolution de la santé périnatale en France sur 10 ans

Malgré des avancées notables, les dernières données de Santé publique France sur la santé périnatale, publiées le 8 juillet, révèlent des défis persistants, en particulier en matière de prévention.

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En 2024, il y a eu 660 000 naissances, soit 160 000 de moins qu'en 2012.

En 2024, il y a eu 660 000 naissances, soit 160 000 de moins qu'en 2012.Daniel Besic / iStock / Getty Images Plus / via Getty Images

En 10 ans, la santé périnatale a connu des améliorations avec la réduction en 2024 de certaines formes de prématurité et du tabagisme pendant la grossesse, mais également une dégradation, avec la hausse de la mortalité infantile, des disparités régionales persistantes, des "vulnérabilités" qui s'installent avant la grossesse et des besoins en prévention non satisfaits, selon un bulletin national et des bulletins régionaux publiés le 8 juillet 2026 par Santé publique France (SPF).

Ce bulletin complète le rapport de surveillance de la santé périnatale couvrant la période 2010-2019 et a été enrichi de nouveaux indicateurs sur la santé mentale périnatale et sur les anomalies congénitales.

Il a été établi notamment à partir des données l'enquête nationale périnatale (ENP) et de l'enquête nationale confidentielle sur les morts maternelles (ENCMM) portées par l'Inserm, du système national des données de santé (SNDS), de l'état civil, des registres populationnels d'anomalies congénitales, de l'enquête Epifane et du programme national de dépistage néonatal.

En 2024, il y a eu 660.000 naissances, soit 160.000 de moins qu'en 2012, avec une hausse de l'âge maternel à l'accouchement (31,1 ans en moyenne, avec 25 % des mères âgées de 35 ans ou plus, contre 19 % en 2012).

"Nos données montrent qu'il y a des risques accrus avant même la grossesse", a souligné Élodie Lebreton, de l'unité périnatale, petite enfance et santé mentale de la direction des maladies non transmissibles et traumatismes à SPF, lors d'une conférence de presse.

La dégradation porte sur le surpoids et l'obésité (38 %, +10 points entre 2010 et 2021), le diabète préexistant (0,9 % en 2024, soit un doublement en 12 ans) et l'hypertension artérielle chronique (1,6 %, contre 1,5 % en 2021), des facteurs qui favorisent la hausse du diabète gestationnel (15 % contre 7,5 % en 2012) et augmentent les risques de complications. En revanche, la proportion des femmes fumeuses durant le troisième trimestre de grossesse s'est réduite de 16,3 % en 2016 dans l'Hexagone à 12,2 % en 2021.

En parallèle, une baisse de la prématurité modérée (entre 32 à 36 semaines d'aménorrhée) a été observée entre 2012 (6,3 %) et 2024 (5,6 %). La prématurité extrême (22 à 27 semaines d'aménorrhée) a augmenté de 0,3 % à 0,4 % mais SPF avance l'hypothèse d'une meilleure classification des enfants qui décèdent rapidement après la naissance, identifiés désormais comme vivants puis décédés, alors qu'en 2012, ils étaient plus souvent classés comme morts in utero.

S'agissant de la mortalité infantile, elle augmente à 4,1 décès pour 1.000 naissances vivantes en 2024 (avec une hausse moyenne de 1 % par an entre 2014 et 2024). Cette augmentation est portée par une hausse des décès néonatals entre 0 et 27 jours de vie, souvent liés à des affections périnatales, c'est-à-dire liées à des complications de la grossesse (51,8 % en 2023) ou à des anomalies congénitales (19,5 %). Élodie Lebreton a aussi relevé une hausse de la mortalité avec "cause manquante" (10 % de ces décès).

En mortalité infantile, la France se situait en 2024 au 21ᵉ rang européen sur 27, a-t-elle observé.

Le 7 juillet 2026, la direction de la recherche, des études, de l'évaluation et des statistiques (Drees) a également publié des chiffres sur la mortalité périnatale (enfants nés sans vie ou décédés au cours des sept premiers jours de vie), qui s'établissait à 11,2 décès pour 1.000 naissances en 2024.

Les anomalies congénitales majeures représentent 3,4 % des naissances totales, supérieures à la moyenne européenne. Il s'agit de "la première analyse longitudinale commune des données de cinq registres populationnels qui couvrent 16,4 % des naissances du territoire français", a observé Élodie Lebreton.

"Environ trois quarts des anomalies congénitales majeures donnent lieu à une naissance vivante et environ 24 % font l'objet d'une interruption médicale de grossesse (IMG)", a-t-elle précisé.

Certains groupes d'anomalies sont à la hausse sur la période 2012-2022, comme les anomalies génétiques, les anomalies des membres, les anomalies du rein et du tractus urinaire et les anomalies respiratoires, bien qu'elles soient plus rares. En revanche, la trisomie 21, les anomalies de fermeture du tube neural et les hypospadias apparaissent stables.

SPF souligne des insuffisances en matière de prévention. Seulement 27 % des femmes prennent avant leur grossesse de l'acide folique, pourtant recommandée pour prévenir certaines anomalies congénitales, et 15,7 % reçoivent des conseils sur la prévention de l'infection à cytomégalovirus (CMV), facteur de risque de handicap.

"Les entretiens prénatal et postnatal précoces, pourtant obligatoires depuis 2020 et 2022 respectivement, peinent à atteindre une couverture universelle", avec seulement 62 % en ayant bénéficié pour le premier en 2024 et 25 % pour le second.

Fortes variations régionales en matière de santé mentale périnatale des femmes

Enfin en matière de santé mentale périnatale, les données de 2021 montrent que deux mois après l'accouchement, 17 % des femmes souffrent de symptômes dépressifs, 27 % de symptômes d'anxiété et 5,5 % ont des idées suicidaires. Ces prévalences variaient fortement selon les territoires, avec près de 30 % des femmes ayant accouché en Guadeloupe présentant des symptômes de dépression à deux mois post-partum, contre 17 % dans l'Hexagone.

"Ces troubles ou symptômes psychiques, souvent liés, peuvent avoir des conséquences graves : complications obstétricales, difficultés à mettre en place le lien mère-bébé, et risques accrus de troubles du développement chez l'enfant", note SPF.

Michel Vernay, directeur de la direction des maladies non transmissibles et traumatismes de SPF, a observé que près des trois quarts des femmes qui se déclaraient en difficultés psychologiques pendant leur grossesse n'ont pourtant pas bénéficié de soins en santé mentale avant l'accouchement. Il s'agissait plus fréquemment de femmes ayant développé des pathologies en lien avec leur grossesse (diabète gestationnel, hypertension gravidique, anémie…).

Pour SPF, il est essentiel de renforcer la sensibilisation des professionnels et du grand public à la santé mentale périnatale, de promouvoir les dispositifs d'accompagnement, afin d'améliorer le dépistage précoce et l'accès aux soins spécialisés.

Approfondir les recherches sur la hausse de la mortalité infantile

Face à ces constats, Yann Le Strat, directeur scientifique de SPF, a souligné qu'il n'y avait pas de "fatalité".

SPF prône un renforcement des mesures de prévention déjà engagées pour la période périnatale, mais aussi avant la conception. L'agence préconise de "mobiliser collectivement les acteurs de la prévention et de la surveillance épidémiologique face aux risques liés à l'augmentation de l'âge maternel et à la détérioration de la santé préconceptionnelle des femmes".

Elle appelle à approfondir les recherches sur les causes de la hausse de la mortalité infantile (développer une revue standardisée de mortalité pour les décès des enfants nés à terme ou proches du terme dans les maternités).

Enfin, elle juge nécessaire de poursuivre et améliorer la surveillance épidémiologique, en optimisant par exemple la qualité des certificats de décès remplis par les professionnels de santé, et en généralisant l'accès des acteurs de la santé publique au futur entrepôt de données autour de la naissance, appelé SNOOPI.

Il est prévu de reconduire en 2027 les enquêtes en population, notamment l'enquête nationale périnatale (ENP) et l'enquête Epifane qui lui est adossée (Épidémiologie en France de l'alimentation et de l'état nutritionnel des enfants pendant leur première année de vie).

D'après une dépêche publiée dans APMnews le 8 juillet 2026.

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