Etude

Effets indésirables graves en psychiatrie : renforcer la surveillance lors des 48 premières heures

La iatrogénie et les infections sont les deux grandes causes d'effets indésirables graves lors d'une hospitalisation en psychiatrie, selon une étude monocentrique menée pendant 2 ans. Environ 20 % des cas surviennent lors des 48 premières heures suivant l'admission.

1
2
3
4
5
(aucun avis, cliquez pour noter)
La iatrogénie était suspectée dans 41 % des EIG et une cause infectieuse dans 38 % des cas.

La iatrogénie était suspectée dans 41 % des EIG et une cause infectieuse dans 38 % des cas.KatarzynaBialasiewicz / iStock / Getty Images Plus / via Getty Images

Une étude menée sur 2 ans dans un établissement public de santé mentale du sud-est de la France donne un premier état des lieux des effets indésirables graves (EIG) en psychiatrie et de leurs causes. La iatrogénie et les infections ressortent comme les deux grandes pourvoyeuses d'EIG, définis dans ce travail par les décès inattendus survenant durant l'hospitalisation et les transferts non programmés aux urgences.

Les auteurs plaident pour une surveillance accrue lors des 48 premières heures après l'admission qui concentrent 20 % des EIG, mais aussi une meilleure prévention de la iatrogénie, en particulier médicamenteuse (psychotropes). Les résultats sont publiés dans le Bulletin épidémiologique hebdomadaire du 7 juillet 2026 [1]. 

Une population vulnérable avec de multiples facteurs de risque 

Les décès survenant lors d'une hospitalisation en psychiatrie restaient jusqu'alors peu documentés. Pourtant, la mortalité chez les personnes ayant des troubles psychiatriques est connue pour être plus élevée qu'en population générale « notamment en lien avec les facteurs de risque cardiovasculaires, les psychotropes et un accès limité aux soins », rappellent les auteurs listant également les comportements suicidaires.

La réduction de l'espérance de vie est de 20 ans chez les hommes et de 15 ans chez les femmes, la surmortalité touchant surtout les personnes ayant des troubles mentaux sévères, psychotiques ou bipolaires. Cette étude rétrospective menée sur 2 ans serait « la première en France permettant d'analyser les EIG et leurs causes potentielles au sein d'un établissement psychiatrique », mettent-ils en avant. 

Des troubles de la vigilance iatrogéniques

Entre 2022 et 2023, sur 2 255 admissions en hospitalisation à temps plein, 144 EIG ont été enregistrés, soit 6,4 % des admissions. Parmi eux, 137 étaient des transferts aux urgences (95 %) et 7 des décès inattendus (5 %). La moyenne d'âge des décès intrahospitaliers était de 60 ans (de 46 à 92 ans). Une cause iatrogène était suspectée dans 41 % des EIG (59/144), une cause infectieuse dans 38 % des cas (55/144). La iatrogénie était présente dans 51 % des EIG. 

Parmi les EIG avec iatrogénie suspectée ou probable, un tiers des cas correspondait à des troubles de vigilance associés à des pneumopathies d'inhalation et un tiers à des troubles de vigilance isolés, « tous attribuables à l'utilisation - seule ou en association - de benzodiazépines », lit-on. Les benzodiazépines étaient impliquées dans 39 % des EIG, l'association benzodiazépines et neuroleptiques dans 22 % des cas et les neuroleptiques seuls dans 28 %. 

Pour les infections, l'origine était pulmonaire dans 50 % des cas (29/55) devant les foyers urinaires (9/55), digestifs (8/55) et de la peau et des tissus mous (8/55). 

Des urgences vitales dans la moitié des cas

La moitié des EIG (51 %) étaient des urgences vitales, principalement des défaillances respiratoires (47 %), neurologiques (19 %) et multiviscérales (14 %), avec une cause infectieuse retrouvée dans 42 % des cas.

Quant aux transferts sans urgence vitale, ils étaient motivés surtout par des causes infectieuses (34 %) et traumatiques (24 %). 

La mortalité était de 10 % à 1 mois après un EIG et de 16 % à 6 mois. Les décès à 1 mois après un EIG étaient associés aux troubles liés à l'usage de l'alcool et aux urgences vitales à l'admission.

Une organisation des soins à repenser

Pour les auteurs, la survenue plus fréquente des EIG dans les 48 premières heures pose deux questions :

  • une erreur d'orientation initiale avec un possible sous-diagnostic des problématiques somatiques dès en amont de l'hospitalisation. Pour rappel, l'examen somatique était réalisé par un médecin généraliste présent dans l'établissement aux heures ouvrables. En dehors, l'évaluation initiale était assurée par le médecin de garde puis par un médecin généraliste dans les 48 premières heures d'hospitalisation. Pour les admissions sous contrainte, l'examen somatique était systématique à l'admission, conformément à la réglementation ;
  • l'utilisation de neuroleptiques et de benzodiazépines à plus fortes posologies en phase aiguë d'hospitalisation en psychiatrie. 

De façon générale, l'organisation des soins est à repenser, estiment les auteurs rappelant que près de 67 % des établissements psychiatriques en France sont monodisciplinaires (chiffres 2020 de la Drees), non rattachés à hôpital général, voire éloignés du premier service d'urgences. « Une formation spécifique du personnel soignant, la rédaction de protocoles conservatoires et la coopération avec le SAMU de rattachement devraient tenir compte de ces caractéristiques », préconisent les auteurs.

Surveillance renforcée lors des 48 premières heures et prévention de la iatrogénie se posent comme des « actions essentielles pour renforcer la sécurité des patients », estiment les chercheurs. Une étude prospective multicentrique permettrait de préciser les mesures nécessaires à la prévention de la morbimortalité intrahospitalière.

Commentaires

Ajouter un commentaire
En cliquant sur "Ajouter un commentaire", vous confirmez être âgé(e) d'au moins 16 ans et avoir lu et accepté les règles et conditions d'utilisation de l'espace participatif "Commentaires" . Nous vous invitons à signaler tout effet indésirable susceptible d'être dû à un médicament en le déclarant en ligne.
Pour recevoir gratuitement toute l’actualité par mail Je m'abonne !