En 2023, 24 % des 18-24 ans déclaraient une alcoolisation ponctuelle importante au cours du mois.Maciej Pawlik / iStock / Getty Images Plus / via Getty Images
La pratique du « binge drinking » (alcoolisation ponctuelle importante avec plus de six verres consécutifs) est associée chez les jeunes adultes à un risque accru de trouble de l'usage de l'alcool, même lorsqu'elle est peu fréquente, montre une étude française publiée dans le Journal of Addictive Diseases.
Ces résultats, issus d'une enquête menée auprès de 3 308 étudiants, montrent que « même à faible fréquence, le binge drinking pourrait être lié à un risque plus élevé de développer un trouble de l'usage d'alcool mais également des troubles liés à l'utilisation d'autres substances, comme le tabac », rapporte l'Inserm dans un communiqué diffusé le 24 juin 2026.
Le binge drinking, qui consiste à boire une quantité massive d'alcool sur une courte période, l'équivalent d'au moins six verres contenant 10 g d'alcool pur, est une pratique fréquente chez les jeunes, à une période où le cerveau est encore en développement et donc plus sensible aux effets de l'alcool.
Cette pratique est donc susceptible d'entraîner des conséquences cognitives et comportementales à long terme, mais on ignore à quelle fréquence ses effets sont néfastes, exposent la Dr Alexandra Dereux de l'UMRS-1144 à l'hôpital Sainte-Anne à Paris (GHU Paris psychiatrie & neurosciences, université Paris Cité, Inserm) et ses collègues.
Ils ont voulu savoir en particulier quels étaient les risques du binge drinking à faible fréquence, moins d'une fois par mois.
Pour cela, ils ont soumis un questionnaire en ligne à des étudiants d'Île-de-France, de 18 à 25 ans, et analysé les réponses de 3 308 d'entre eux sur leur consommation d'alcool et leur profil sociopsychologique.
Les étudiants ont été répartis en quatre groupes selon qu'ils ont déclaré ne jamais pratiquer le binge drinking (14,2 %), qu'ils pratiquaient à faible fréquence, c'est-à-dire au moins une fois dans la vie mais moins d'une fois par mois (36,4 %), à fréquence moyenne, soit au moins une fois par mois mais moins d'une fois par semaine (30,3 %) et à haute fréquence, soit au moins une fois par semaine (19 %).
L'analyse des données montre notamment que même les binge drinkers peu fréquents présentent une probabilité significativement accrue sur le plan statistique d'avoir un score AUDIT plus élevé, c'est-à-dire une consommation d'alcool à risque ou problématique par rapport à ceux qui ne pratiquent pas le binge drinking, avec un odds ratio (OR) de 1,433.
Concernant les motivations, les résultats montrent qu'une faible fréquence de binge drinking est également associée à une recherche d'amélioration des performances (OR de 6,3) et des relations sociales (OR de 6,65) selon les scores DMQ-R ainsi que de sensations fortes (OR de 1,1) selon les scores UPPS-P.
Enfin, même à faible fréquence, le binge drinking est associé à un tabagisme plus important, avec un OR de 1,23.
Par ailleurs, comme pour ceux qui pratiquent le binge drinking à fréquence plus élevée, ceux qui le font moins souvent ont une plus grande probabilité de vivre encore chez leurs parents.
Les résultats montrent que les étudiants interrogés pratiquent le binge drinking de manière plus globale pour améliorer leur humeur et leur bien-être, réduire des émotions négatives et générer des émotions positives ainsi que pour obtenir une validation sociale à travers la recherche de conformité.
« Des motivations de ce genre amènent la personne à associer régulièrement alcool en forte quantité et contacts sociaux, expliquant le risque de cercle vicieux pouvant mener à l'addiction », commente dans le communiqué de l'Inserm le Pr Philip Gorwood, qui a coordonné ces travaux.
Sur la base de ces résultats, les chercheurs suggèrent de développer des stratégies de prévention ciblant les jeunes adultes, à travers des campagnes avec un slogan frappant dans les universités et les réseaux sociaux pour diffuser l'idée que le binge drinking, même peu fréquent, est nuisible pour la santé.
Selon les dernières données disponibles de l'Observatoire français des drogues et des tendances addictives (OFDT), en 2023, 24 % des 18-24 ans déclaraient une alcoolisation ponctuelle importante au cours du mois et 8 % au cours de la semaine, note-t-on.
D'après une dépêche publiée dans APMnews le 24 juin 2026.
Journal of Addictive Diseases, vol. 44, n°2, p195-205
4 minutes
Ajouter un commentaire




Commentaires
Cliquez ici pour revenir à l'accueil.