La chlordécone est très persistante dans l'environnement plus de trente ans après son interdiction.Etoilepolaire/ iStock / Getty Images Plus / via Getty Images
Comment accompagner et suivre les patients exposés à la chlordécone ? La Haute Autorité de santé (HAS), en partenariat avec la Société de toxicologie clinique, publie des recommandations de bonne pratique à destination des professionnels de santé et propose une liste de populations particulièrement à risque pour lesquelles un dosage de la chlordéconémie est indiqué [1].
« La chlordécone est un insecticide toxique pour l'humain et très persistant dans l'environnement, dont l'autorisation aux Antilles a pris fin en 1993, rappelle la HAS dans un communiqué. En raison de ses propriétés et des conditions locales (sols, climat, géologie), elle reste durablement présente dans les sols et les eaux, où elle contamine la faune, la flore et par conséquent l’alimentation et peut ainsi affecter la santé, dès la vie prénatale et jusqu’à l’âge adulte ».
Ces recommandations ont été diffusées ce 24 juin 2024 en même temps que les résultats de l'étude Kannari 2 menée par Santé publique France [2], qui fournit une nouvelle estimation de l'imprégnation des adultes en Guadeloupe et à la Martinique. Si une légère amélioration est observée par rapport à 2013, les valeurs restent à des niveaux élevés et la chlordécone est détectée chez plus de 8 Antillais sur 10. Certains groupes de population apparaissent particulièrement à risque ou vulnérables : les pêcheurs, les travailleurs agricoles et les femmes en âge de procréer.
La publication de ces documents intervient deux jours après qu'un non-lieu dans le scandale sanitaire de la chlordécone utilisée aux Antilles a été confirmé par la Cour d'appel de Paris.
Doser chez les populations à risque
Si l'exposition chronique à la chlordécone concerne l'ensemble des personnes résidant ou ayant résidé au moins 6 mois en Guadeloupe ou en Martinique, le dosage de la chlordéconémie n'est préconisé que chez celles à risque de surexposition ou particulièrement vulnérables à la chlordécone.
Un dosage de la chlordéconémie est recommandé :
- aux enfants de moins de 7 ans, en particulier ceux qui résident dans des maisons individuelles avec jardin ou qui fréquentent des aires de jeux ou de loisirs des zones contaminées, où le sol est accessible ;
- aux personnes de plus de 7 ans résidant dans des zones contaminées, d’autant plus si elles ont l’habitude de se ronger les ongles ou ont un pica ;
- aux travailleurs agricoles des exploitations agricoles en zones contaminées ;
- aux couples ayant un projet de grossesse, exprimé en consultation préconceptionnelle ;
- aux femmes enceintes ;
- aux nouveau-nés, via une mesure de la chlordécone dans le sang du cordon, après une chlordéconémie détectable chez la mère au cours de la grossesse.
Prévenir et surveiller l'exposition à la chlordécone
Les conseils de l’Agence nationale de sécurité sanitaire de l'alimentation, de l'environnement et du travail (Anses) [3, 4] visant à limiter l’exposition à la chlordécone (cf. Tableau) s’appliquent à toute la population, même en l’absence de dosage préalable.
La HAS rappelle qu'« en l’absence de nouvelle exposition, la quantité de chlordécone dans le sang diminue de moitié après environ 130 jours (4,5 mois) et disparaît complètement en près de 3 ans ».
Deux situations pour la prise en charge sont proposées en fonction des résultats issus du dosage :
- si la chlordéconémie est détectable : il est préconisé que le professionnel prescripteur du dosage fournisse des informations individualisées en consultation à l’aide d’un questionnaire sur les habitudes alimentaires et le comportement ;
- si la chlordéconémie est supérieure à 0,4 µg/L : le prescripteur du dosage peut, dans le cadre d’une prise de décision partagée avec son patient, soit suivre la conduite à tenir pour le seuil d’action précédent, soit orienter le patient vers un centre régional des pathologies professionnelles et environnementales (CRPPE).
En cas de chlordéconémie positive, un nouveau dosage est recommandé après six mois afin d’évaluer l’évolution du taux d’imprégnation et l’efficacité des mesures mises en place pour réduire l’exposition. Selon les résultats obtenus, le suivi doit être adapté :
- en cas de diminution de la chlordéconémie, un contrôle annuel est recommandé ;
- en cas de stagnation ou d’augmentation de la chlordéconémie, un nouveau dosage doit être réalisé six mois plus tard.
La HAS recommande aux pouvoirs publics « que le dosage pour les populations cibles soit accessible sans avance de frais, ainsi que pour les autres personnes souhaitant connaître leur niveau d’exposition ».
Si la chlordéconémie devient indétectable, un dosage de contrôle annuel de la chlordéconémie peut être proposé par le prescripteur.
« En l’absence de données scientifiques robustes, aucun traitement ne peut, à ce jour, être recommandé pour diminuer la chlordéconémie », indique la HAS.
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L’Agence nationale de sécurité sanitaire de l'alimentation, de l'environnement et du travail (Anses) a émis des recommandations pour limiter l’exposition à la chlordécone par voie alimentaire des populations exposées :
Il est également recommandé :
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[1] Pertinence du dosage de la chlordéconémie et prise en charge des patients (HAS, 24 juin 2026)
[2] Étude Kannari 2. Imprégnation par le chlordécone et autres polluants environnementaux aux Antilles (SPF, 24 juin 2026)
[4] Comment se protéger et réduire son risque d’exposition à la chlordécone ? (Ameli, mars 2026)
Chlordécone : plus de 80 % de la population de Guadeloupe et Martinique contaminée, selon une étude (AFP, 25 juin 2026 sur vidal.fr)
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