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Pour rendre moins meurtriers staphylocoques dorés, pneumocoques, E. Coli et autres bactéries résistantes aux antibiotiques, les Hospices civils de Lyon (HCL) peuvent désormais « pêcher » dans les égouts des virus bactériophages pour en faire des médicaments. Le deuxième CHU de France a annoncé le 18 juin avoir obtenu de l'Agence nationale de sécurité des médicaments (ANSM) la première autorisation délivrée à un établissement public de santé en France et dans l'Union européenne pour produire et distribuer ces virus mangeurs de bactéries, communément appelés phages. Cette approche, la phagothérapie, est devenue cruciale face au fléau des résistances développées par certaines bactéries en raison de la surconsommation d'antibiotiques, surtout pour les patients dans une impasse thérapeutique. Et à moindre coût pour l'assurance-maladie puisque la ressource est inépuisable, car les phages pullulent. C'est « l'organisme le plus abondant sur Terre avec un nombre estimé à 10 puissance 31 » notamment « dans les environnements riches en bactéries (excréments, égouts...) », écrivent les HCL. Cette autorisation de l'ANSM est qualifiée d'historique, parce que le CHU et ses partenaires publics, au terme de près de 10 ans de travaux, ont désormais l'autorisation de conditionner des phages à vocation médicale de bout en bout de la chaîne. Les premiers ont été « pêchés » en 2017 dans les eaux usées d'une station d'épuration de Lyon, explique le Pr Frédéric Laurent, le microbiologiste responsable du laboratoire des phages thérapeutiques des HCL, en brandissant un flacon de quelques millilitres d'un liquide injectable directement dans les zones de l'infection. Le processus de préparation et d'épuration, agréé à chaque étape par l'ANSM, est « sécurisé et réalisé à un coût maîtrisé », assure le Pr Vincent Piriou, président de la commission médicale des HCL. « Grâce à cette autorisation, les HCL, pionniers dans le domaine, ouvrent la voie à l'instauration d'une véritable filière publique de phagothérapie » qui va contribuer à forger la « souveraineté sanitaire de la France voulue par le président de la République pour réduire notre dépendance aux importations de médicaments », s'enthousiasme le scientifique. « Aujourd'hui, 95 % des biomédicaments sont importés », explique le Pr Laurent. Jusqu'à présent, l'utilisation rare des phages dans des cas désespérés — des protocoles compassionnels — nécessitait de se procurer des phages auprès de start-ups privées étrangères. Autre avantage : les phages sont inoffensifs pour l'être humain et sans effets secondaires, puisque le virus ne s'attaque qu'à la bactérie, pour la détruire en quelques minutes, explique le Pr Laurent. Et il se reproduit de 1 à 200 en 30 à 45 minutes dans le corps humain, générant ainsi sa propre armée pour aller détruire les autres bactéries infectieuses. L'enjeu de santé globale est crucial face au « tsunami silencieux » qu'est l'antibiorésistance, selon le Pr Laurent. Une « pandémie silencieuse » pour l'OMS, qui pourrait, sans action correctrice, tuer plus de 10 millions de personnes par an dans le monde d'ici à 2050. « Plus que le cancer et le sida », assure le Pr Piriou. Pour lui, les HCL sont donc aujourd'hui le « leader français et européen en phagothérapie », une thérapie d'avenir qui puise pourtant ses racines dans des médecines anciennes (voir notre article La phagothérapie, d’une renaissance à une révolution thérapeutique). Les phages ont été découverts à la fin du XIXe siècle quand le bactériologiste britannique Ernest Hanbury Hankin a observé qu'une substance dans les eaux du Gange, en Inde, semblait détruire les bactéries responsables du choléra. En 1915, le Franco-Canadien Félix d'Hérelle, de l'Institut Pasteur, étudie ces virus et les baptise « bactériophages » avant de les transformer en médicaments qu'il commercialise. Pendant 50 ans, les pharmacies françaises distribueront des ampoules buvables sous la marque « Laboratoires du Bactériophage » d'Hérelle, avant que ces médicaments ne disparaissent progressivement avec la révolution médicale née de l'essor des antibiotiques après la Seconde Guerre mondiale. D'après une dépêche AFP publiée le 18 juin 2026.
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