Une interface cerveau-machine utilisable à domicile de manière autonome par un patient atteint de SLA avec une dysarthrie

Transformer la pensée en paroles. C'est la promesse d'une neuroprothèse qui a permis à un patient atteint de SLA sévère de communiquer de manière autonome avec ses proches. Grâce au décodage de son activité cérébrale, il a pu exprimer plus de 2 millions de mots.

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Le décodeur vocal présentait une précision de 99,2% dans la reconnaissance des mots.

Le décodeur vocal présentait une précision de 99,2% dans la reconnaissance des mots.TFYKub / iStock / Getty Images Plus / via Getty Images

Des chercheurs américains ont développé une interface cerveau-machine qui a permis à un patient atteint d'une dysarthrie sévère associée à une sclérose latérale amyotrophique (SLA) de communiquer de manière autonome, à son domicile, avec ses proches, selon une étude publiée dans Nature Medicine.

Depuis quelques années, des outils de communication assistée ou augmentée ont été développés pour les patients ayant des troubles moteurs sévères, comme la SLA. Mais ils sont souvent lents ou peu fiables, nécessitant des interventions. Les récents progrès réalisés dans les interfaces cerveau-machine proposent de restaurer une communication naturelle en décodant l'activité neuronale, rappellent Nicholas Card et ses collègues de l'université de Californie à Davis.

Les interfaces intracorticales sont celles qui présentent les meilleures performances pour décoder à la fois les mouvements d'un curseur sur ordinateur, la saisie au clavier, l'écriture manuscrite et la parole. Mais elles les traitent de manière isolée, ce qui demande d'enlever le dispositif pour le recalibrer afin d'assurer sa précision, puis de le remettre. En outre, elles sont typiquement évaluées à court terme en centre d'investigation.

Ainsi apparaissent deux barrières à la transposition des technologies actuelles à la pratique clinique : d'une part, un usage autonome à domicile par le patient et/ou les aidants, sans aide des chercheurs ou des techniciens, et d'autre part, des performances qui restent stables dans le temps malgré une variabilité des signaux associés à des dispositifs implantés de manière chronique.

Dans cet article, les chercheurs rapportent les résultats d'un patient équipé d'une nouvelle interface qui permet à la fois une synthèse vocale, c'est-à-dire de créer une parole artificielle à partir des pensées, et le contrôle du curseur d'un ordinateur. Elle a été équipée de nouvelles architectures de décodage des signaux neuronaux pour augmenter ses performances et sa stabilité.

Ce patient, un homme de 47 ans, présente une tétraparésie et une dysarthrie sévère liées à une SLA. En 2023, l'interface a été implantée dans le gyrus précentral gauche, la zone cérébrale responsable de la coordination du langage.

Les chercheurs rapportent les données d'utilisation de la neuroprothèse pendant 19 mois, presque tous les jours. Le patient a été capable d'exprimer plus de 2 millions de mots et plus de 183.000 phrases, à une vitesse de 56 mots par minute, avec une progression remarquable.

« Nous avons peut-être franchi un cap »

Le décodeur vocal présentait une précision de 99,2 % dans la reconnaissance des mots lors de tâches avec 125.000 mots de vocabulaire, tout en ne nécessitant que peu ou pas de recalibrage quotidien.

Ces résultats montrent qu'une interface cerveau-machine intracorticale, équipée d'algorithmes avancés de décodage, peut désormais aider les patients à communiquer de manière autonome dans leur environnement habituel, et ils permettent de franchir une étape importante dans la mise à disposition de technologies d'assistance pour les patients avec des troubles moteurs et langagiers sévères, concluent les chercheurs.

« Cette étude montre que nous avons peut-être franchi un cap, en donnant à une personne paralysée la possibilité de s'exprimer avec ses propres mots », commente David Brandman, qui a coordonné ces travaux, dans un communiqué de l'université de Californie à Davis.

Cette nouvelle neuroprothèse offre au patient « une vie plus dynamique, plus riche en moments partagés avec [ses] amis, [sa] famille et [ses] collègues ». « Elle me permet de communiquer de façon plus naturelle qu'avec n'importe quelle autre technologie que j'ai pu utiliser », explique le patient, Casey Harrell.

Il a été inclus dans une étude de faisabilité, BrainGate2, dans laquelle 27 patients au total sont prévus, indiquent les chercheurs.

D'après une dépêche publiée dans APMnews le 17 juin 2026.

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