L'Académie des sciences alerte sur le désengagement mondial en matière de santé

Alors que la République démocratique du Congo fait face à une épidémie d'Ebola, l'Académie des sciences alerte sur le délitement de la coopération sanitaire internationale. Les États-Unis mais aussi la France, l'Allemagne et le Royaume-Uni ont réduit leurs contributions.

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L’Académie insiste : l'inaction face aux épidémies d'aujourd'hui prépare les pandémies de demain.

L’Académie insiste : l'inaction face aux épidémies d'aujourd'hui prépare les pandémies de demain.  Midnight Studio / iStock / Getty Images Plus / via Getty Images

Estimant que la santé doit être « appréhendée comme un bien public mondial », l'Académie des sciences alerte sur « l'urgence de préserver les capacités internationales de santé publique, de recherche et de coopération scientifique » et sur « la nécessité de construire de nouvelles formes de solidarité internationale fondées sur le multilatéralisme et adaptées aux équilibres géopolitiques contemporains », dans un rapport diffusé le 15 juin 2026.

La « situation inquiétante » de l'épidémie d'Ebola observée depuis mi-mai en République démocratique du Congo (RDC) rappelle que « les virus ne connaissent pas de frontières » et que « la santé mondiale doit être plus que jamais considérée comme un sujet central des politiques internationales », écrivent les académiciens dans un communiqué diffusé conjointement.

Car « en laissant des épidémies localisées se développer faute d'intervention rapide, la communauté internationale s'expose à des pandémies, plus coûteuses et plus difficiles à contenir et à éradiquer ».

Ce rapport « trouve son origine dans les inquiétudes suscitées par les évolutions récentes des politiques d'aide internationale en santé, en particulier les décisions prises par les États-Unis au début de l'année 2025 [depuis la réélection de Donald Trump] concernant leur désengagement dans les dispositifs de santé mondiale », expliquent-ils, notant que cette orientation ne se limite d'ailleurs pas aux États-Unis, puisqu'en Europe, la France, l'Allemagne et le Royaume-Uni ont également réduit leurs contributions.

Il s'agit là d'une « rupture historique », d'un « désengagement politique massif des États en matière de santé mondiale », et les « conséquences sanitaires, scientifiques et économiques [sont] déjà visibles », avertit l'académie, évoquant « l'arrêt d'essais cliniques, la suspension de programmes de prise en charge et de graves perturbations dans les chaînes d'approvisionnement médicales ».

Elle s'inquiète d'une « transformation préoccupante de la gouvernance mondiale de la santé », déplorant que la « logique multilatérale » qui prévalait -selon laquelle les États contribuent à « des mécanismes communs destinés à renforcer collectivement les capacités de prévention, de recherche, de surveillance et de réponse aux crises sanitaires »- tende « aujourd'hui à être remplacée par des accords bilatéraux de nature transactionnelle ».

« Certains de ces accords conditionnent la coopération sanitaire des États-Unis à des contreparties telles que l'accès aux données de santé (biologiques et génomiques), mais aussi à l'exploitation de ressources minières stratégiques telles que le cobalt, le cuivre ou le lithium », dénoncent les académiciens, qui considèrent cette évolution comme « une erreur stratégique majeure ».

« La santé mondiale ne peut pas être pensée dans le cadre d'accords fragmentés ou de logiques de rapport de force bilatéral », mais « doit être appréhendée comme un bien public mondial nécessitant des réponses coordonnées, transparentes et solidaires », insistent-ils.

Ils appellent donc « l'ensemble des instances médicales, politiques et scientifiques, académies, sociétés savantes, ONG et décideurs publics à redonner à la santé mondiale une place prioritaire », rappelant que le fait d'« investir dans la prévention, la recherche et la coopération internationale coûte infiniment moins cher que de devoir gérer demain les conséquences humaines, économiques et géopolitiques de nouvelles pandémies mondiales ».

D'après une dépêche publiée dans APMnews le 15 juin 2026.

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