Vigilance

Lutte contre la consommation de drogues : 7 dérivés de la tryptamine classés comme stupéfiants

Sept dérivés de la tryptamine sont inscrits sur la liste des stupéfiants sur décision de l'ANSM. Cette mesure permet d'interdire leur vente et leur consommation alors qu'une augmentation des signalements d'addictovigilance en lien avec ces substances est observée en France.

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La tryptamine de synthèse se présente sous forme de poudre, liquide ou intégrée dans des aliments.

La tryptamine de synthèse se présente sous forme de poudre, liquide ou intégrée dans des aliments.Darwin Brandis / iStock / Getty Images Plus / via Getty Images

L'Agence nationale de sécurité du médicament et des produits de santé (ANSM) a inscrit sept dérivés de la tryptamine (cf. Encadré 1) sur la liste des stupéfiants. Par cette mesure entrée en vigueur le 10 juin 2026, l'ANSM interdit leur production, leur vente, leur détention et leur usage en France [1, 2].

La décision de l'ANSM est motivée par les données d'addictovigilance indiquant une augmentation de la consommation de ces nouveaux produits de synthèse (NPS - cf. notre article du 4 février 2025 et Encadré 2) dérivés de la tryptamine.

Encadré 1 - Les dérivés de la tryptamine en synthèse

Les tryptamines sont des substances psychoactives dont les effets reposent principalement sur une action agoniste des récepteurs sérotoninergiques. Des plantes comme le mimosa, des champignons du genre Psilocybe ou encore des animaux (crapaud) en produisent à l'état naturel.

Les dérivés de synthèse sont obtenus par modification chimique de la structure chimique de la tryptamine dans le but d'amplifier les effets hallucinogènes. Cette augmentation majore également le risque d'effets indésirables graves, voire mortels : 

  • manifestations neurologiques : tremblements, céphalées, perte de conscience et coma ;
  • troubles psychiatriques : hallucinations, idées délirantes, anxiété, attaques de panique ou tentatives de suicide ;
  • troubles cardiovasculaires : tachycardie, hypertension artérielle ;
  • troubles digestifs : vomissements, diarrhée ;
  • troubles musculaires : contractions involontaires, lésions musculaires ;
  • syndrome sérotoninergique : température corporelle élevée, spasmes musculaires, anxiété.

Ces produits sont consommés par voie orale, inhalée ou nasale. Ils sont principalement vendus sur internet, sous forme de poudre ou de liquide, parfois dans des aliments tels que des chocolats ou des confiseries.

Sept dérivés de la tryptamine désormais classés comme stupéfiants

La décision de l'ANSM concerne les substances suivantes :

  • AMT (alpha-méthyltryptamine ou indopan) ;
  • 4-AcO-DMT (4-acétoxy-diméthyltryptamine ou psilacétine) ;
  • 4-HO-MET (4-hydroxy-N-méthyl-N-éthyltryptamine) ;
  • 4-HO-MiPT (4-hydroxy-N-méthyl-N-isopropyltryptamine) ;
  • 5-MeO-DMT (5-méthoxy-N,N-diméthyltryptamine ou méthylbufoténine) ;
  • 5-MeO-MiPT (5-methoxy-N-methyl-N-(1-méthyléthyl)-1H-Indole-3-éthanamine) ;
  • 5-MeO-DiPT (5-méthoxy-N,N-diisopropyltryptamine ou « foxy »).

Ces produits s'ajoutent à plusieurs tryptamines déjà classées comme stupéfiants en France, notamment la DMT (N,N-diméthyltryptamine), la DET (N,N-diéthyltryptamine), l'étryptamine et la psilocine (4-OH-DMT), en application de l'arrêté du 22 février 1990 fixant la liste des substances classées comme stupéfiants.

Une émergence des NPS-tryptamines confirmée par l'addictovigilance

Les tryptamines émergentes ont fait l'objet d'une enquête d'addictovigilance menée par le Centre d'évaluation et d'information sur la pharmacodépendance-addictovigilance (CEIP-A) de Montpellier [3]. Sur la période 2020 à 2024, 27 notifications spontanées impliquant des NPS-tryptamines ont été recensées, concernant majoritairement des hommes âgés d'environ 25 ans. Dans plus de la moitié des cas (53,8 %), les produits avaient été achetés sur internet.

Les données recueillies mettent en évidence des intoxications parfois sévères. Les principaux effets rapportés étaient :

  • des troubles neurologiques (36 %), dont trois comas ;
  • des troubles de l'usage (27 %) ;
  • des troubles psychiatriques (14 %).

Un décès impliquant une NPS-tryptamine (la 5-MeO-DMT, en association à d'autres substances) a été rapporté dans le dispositif Drames (Décès en relation avec l'abus de médicaments et de substances).

L'ANSM relève une augmentation des signalements en 2025, justifiant la nécessité d'agir pour freiner cette progression. 

En décidant de classer 7 dérivés de la tryptamine sur la liste des stupéfiants, l'ANSM suit une des propositions émises CEIP-A de Montpellier, à savoir « une mise sous contrôle national des « NPS-tryptamines » non encore contrôlées en France et identifiées à partir des notifications spontanées de ce rapport ».

Une identification plus rapide des NPS est nécessaire

L'augmentation de la consommation des NPS-tryptamines et des NPS en général ne concerne pas uniquement la France. Dans son rapport 2026 [4], l'Agence de l'Union européenne sur les drogues (Euda) souligne une diversification rapide du marché des drogues de synthèse sur le territoire européen (cf. Encadré 2). L'existence d'une gamme de plus en plus variée associée à un accès facilité par Internet s'accompagne d'une augmentation des risques pour les consommateurs.

Pour l'Euda, l'identification précoce des nouvelles substances psychoactives (NPS) constitue à la fois un enjeu majeur de santé publique et un levier de lutte contre ce phénomène : « il est essentiel d'identifier plus rapidement les nouvelles drogues et tendances émergentes pour adapter les politiques de prévention et les stratégies d'action ».

En France, l'ANSM recommande d'ailleurs aux professionnels de santé qui prennent en charge une personne victime d'une intoxication de récupérer le produit consommé, lorsque cela est possible, afin qu'il puisse être analysé. Cette démarche participe à l'amélioration de la détection des nouvelles substances circulant sur le territoire, et à adapter de façon plus réactive les mesures de prévention et de réduction des risques au niveau national.

Encadré 2 - L'OFDT et l'Euda alertent sur la tendance à la diversification des produits

Plus de 40 nouveaux produits de synthèse ont été identifiés entre 2024 et 2025 (dont 26 en 2025), a rapporté l'Observatoire français des drogues et des tendances addictives (OFDT) dans son dernier point Sintes publié le 11 juin 2026 [5]. La tendance de fond à la diversification des produits se poursuit ainsi en France et en Europe, comme l'a souligné quelques jours plus tôt, le 9 juin, l'Agence de l'Union européenne sur les drogues (Euda) dans son rapport annuel [4] en faisant état d'une nouvelle substance détectée par semaine environ en 2025 (UE, Norvège, Turquie).

Les formes de cannabis se multiplient avec une progression des produits comestibles et un élargissement du vapotage. Les cannabinoïdes de synthèse, présents dans de nombreux e-liquides collectés, sont également utilisés, en tant qu'agent adultérant (c'est-à-dire introduit pour augmenter le poids à la revente) de produits en vente libre sous l'appellation CBD, le plus souvent à l'insu des consommateurs. « L'émergence constante de nouvelles substances et des phénomènes de substitution (avec de nombreux cas de tromperie, c'est-à-dire de discordance entre la substance attendue et celle identifiée), engendrant des risques sanitaires plus importants », indique l'OFDT. 

Par ailleurs, la consommation de cocaïne prend de l'ampleur, y compris en France (lire l'article Cocaïne en France : « reprise marquée » des passages aux urgences en 2025, supérieurs à 6.500) avec des teneurs de plus en plus élevées et peu adultérées dans la continuité des années précédentes. Cette évolution est susceptible d'accroître le risque d'effets indésirables aigus. 

 

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