Bonne pratique

Carence en fer : le coefficient de saturation de la transferrine est utile dans les maladies inflammatoires chroniques

La Haute Autorité de santé a conclu à l'intérêt du coefficient de saturation de la transferrine pour le diagnostic et la prise en charge de la carence martiale dans quatre maladies inflammatoires chroniques. L'objectif est d'en étendre l'utilisation dans certains contextes.

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Un seuil de CS-Tf inférieur à 20 µg/L a été retenu pour définir la carence martiale.

Un seuil de CS-Tf inférieur à 20 µg/L a été retenu pour définir la carence martiale.stefanamer / iStock / Getty Images Plus / via Getty Images

Résumé

La ferritinémie peut être normale ou augmentée en cas de carence martiale (CM) en contexte inflammatoire.

La Haute Autorité de santé a confirmé l'intérêt du coefficient de saturation de la transferrine dans quatre maladies chroniques avec composante inflammatoire (maladie rénale chronique, insuffisance cardiaque, maladies inflammatoires chroniques de l'intestin, cancers), pour lesquelles le recours au dosage est d'ores et déjà plus fréquent.

Le CS-Tf est indiqué dans ces situations :

  • pour la recherche d'une CM si la ferritinémie est normale ou augmentée (une valeur basse étant suffisante pour poser le diagnostic) ;
  • pour le suivi de la supplémentation en fer et/ou d'un traitement par agent stimulant l'érythropoïèse en complément de la mesure du taux d'hémoglobine et de la ferritinémie. 

Comment diagnostiquer une carence martiale (CM) ? Après avoir placé la ferritinémie en première intention en 2011 [1], la Haute Autorité de santé (HAS) a poursuivi son évaluation en contexte inflammatoire au cours duquel le dosage peut être normal ou augmenté (cf. notre article Conduite à tenir devant une hyperferritinémie du 4 janvier 2024). L’intérêt médical du coefficient de saturation de la transferrine (CS-Tf) dont le calcul nécessite le dosage de la transferrine et du fer sérique a ainsi été évalué dans quatre maladies chroniques [2].

Au terme d'une analyse critique de la littérature et du recueil du point de vue des acteurs de la filière (conseils professionnels, filières maladies rares, associations de patients), la HAS conclut à l'utilité du CS-Tf à la fois pour le diagnostic et la prise en charge de la CM (cf. notre article Carence en fer sans anémie : quelle conduite à tenir du 10 octobre 2023) en contexte inflammatoire chronique. Le seuil habituellement reconnu est un CS-Tf  < 20 %. Ce travail, réalisé à la demande du Conseil national professionnel de biologie médicale, permettra de modifier les conditions d’inscription de cet acte, qui est déjà pris en charge, à la nomenclature des actes de biologie médicale (NABM). 

Une situation fréquente en contexte inflammatoire

La CM est fréquente chez les personnes atteintes de ces maladies chroniques inflammatoires, comme l'ont montré quatre études dans le cadre du programme Carenfer.

La CM est souvent d'origine mixte :

  • liée à un épuisement des réserves (CM absolue) : insuffisance des apports, malabsorption digestive, pertes sanguines, etc.) ;
  • liée à une indisponibilité du fer (CM fonctionnelle) : séquestration du fer dans les tissus, augmentation inappropriée de la synthèse d'hepcidine.

D'autres causes de CM sont décrites (autres carences vitaminiques, hémodilution, hémolyse, déficit en érythropoïétine, chimio et radiothérapies, etc.). 

La CM peut conduire à une anémie, mais elle est aussi associée à une altération du pronostic du patient, indépendamment de l'existence d'anémie.

Le CS-Tf est majoritairement utilisé par des prescripteurs salariés (essentiellement à l'hôpital public), avec un bilan martial plus fréquent en cas de maladie inflammatoire chronique, mais reste plus rarement prescrit en médecine générale.

Quatre maladies chroniques ciblées

L'analyse critique de la littérature s'est appuyée sur les documents publiés entre janvier 2011 et janvier 2026. La qualité méthodologique des revues systématiques et des recommandations retenues était faible globalement, le risque de biais des études diagnostiques dans l’ensemble incertain ou élevé.

La HAS estime que le CS-Tf a une utilité clinique dans les quatre maladies chroniques avec composante inflammatoire qui ont été étudiées et pour lesquelles il existait des données :

  • la maladie rénale chronique ;
  • l'insuffisance cardiaque ;
  • les maladies inflammatoires chroniques de l’intestin ;
  • les cancers.

Car le dosage du CS-Tf permet :

  • de diagnostiquer une CM en complément de la ferritinémie : la ferritinémie peut être normale ou augmentée en situation d’inflammation et ne permet pas, à elle seule, d’éliminer une CM. En revanche, dans cette situation, le CS-Tf, lui, reste diminué ; le seuil définissant une CM varie selon les recommandations et les maladies mais est en général < 20 % ;
  • d'orienter, en complément de la mesure du taux d’hémoglobine (hémogramme) et de la ferritinémie, vers une prise en charge adaptée, incluant notamment la recherche d’une étiologie à cette CM et une supplémentation en fer ;
  • de participer au suivi de la supplémentation en fer et/ou d’un traitement par agent stimulant l’érythropoïèse, en complément de la mesure du taux d’hémoglobine (hémogramme) et de la ferritinémie, et d'adapter la posologie du traitement. 

Un dosage indiqué pour le diagnostic et le suivi 

Ainsi, le CS-Tf est indiqué pour :

  • la recherche d’une CM chez des patients atteints de maladie rénale chronique, d’insuffisance cardiaque (en particulier, ceux avec fraction d’éjection du ventricule gauche réduite), de maladies inflammatoires chroniques de l’intestin, de cancers (en particulier, ceux sous chimiothérapie) si la ferritinémie est normale ou augmentée (une ferritinémie diminuée permet de poser le diagnostic de CM) ;
  • le suivi des patients traités par supplémentation en fer ou agent stimulant l’érythropoïèse, en complément de l’hémoglobinurie (hémogramme) et de la ferritinémie. 

La HAS rappelle les précautions à respecter pour le prélèvement des marqueurs du métabolisme du fer (cf. Encadré).

À l’avenir, la HAS envisage d'étudier :

  • d'autres paramètres, dont les performances pourraient être meilleures que celles de la ferritinémie et/ou du CS-Tf : pourcentage de globules rouge hypochromes, teneur en hémoglobine des réticulocytes ;
  • d'autres maladies chroniques/situations avec composante inflammatoire (en rhumatologie, personnes âgées).
Encadré - Le bilan martial en pratique
Il est rappelé l’importance de :
  • prélever les marqueurs du métabolisme du fer à distance d’une inflammation aiguë ;
  • doser le fer sérique et la transferrine (nécessaires à la détermination du CS-Tf) le matin à jeun afin de s’affranchir de la variabilité nycthémérale ;
  • réaliser les dosages dans le même laboratoire en cas de répétition de ceux-ci.

 

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