En France, plus de 7 000 sites et sols potentiellement pollués par le cadmium sont recensés.instagram: krmk146 / iStock / Getty Images Plus / via Getty Images
Le dosage urinaire (cadmiurie) et le dosage dans le sang total (cadmiémie) du cadmium sont ajoutés à la nomenclature des actes de biologie médicale, avec entrée en vigueur du remboursement le 16 juin 2026 [1]. La cotation 110 B est associée à ces actes.
Les dosages du cadmium chez l'homme sont pris en charge dans les situations suivantes :
- en dépistage des personnes potentiellement surexposées au cadmium du fait de leur lieu de résidence (les sites concernés sont ceux dont le sol a été préalablement reconnu par les autorités compétentes comme étant pollué par le cadmium) ;
- en surveillance des patients présentant une intoxication chronique au cadmium du fait de leur lieu de résidence.
Dans ces indications, le dosage urinaire est prescrit en première intention et, s'il est élevé, le dosage sanguin est effectué de manière complémentaire.
Ces dosages doivent être réalisés dans les conditions définies par la Haute Autorité de santé (HAS) dans son avis n° 2024.0061/AC/SEAP du 26 septembre 2024 [2].
Populations à risque de surexposition au cadmium
Le cadmium est un métal lourd naturellement présent dans les sols. Sa concentration peut être augmentée par l'activité industrielle et agricole.
En mars 2026 [3], l'Agence nationale de sécurité sanitaire de l'alimentation, de l'environnement et du travail (Anses) a confirmé une surexposition de la population française au cadmium, par l'alimentation : « Les résultats confirment qu’une part significative de la population dépasse les valeurs sanitaires de référence élaborées par l’Agence ».
En réponse aux alertes concernant les conséquences sanitaires de cette exposition en population française, le ministère de la Santé avait annoncé en juin 2025 son intention d'inscrire le dosage du cadmium sur la liste des actes de biologie médicale remboursables (cf. nos articles du 6 juin 2025 et du 9 avril 2026).
Pour rappel, la population est exposée au cadmium, principalement via :
- les aliments naturellement riches en cadmium : certains abats, les coquillages, les fruits de mer et, plus faiblement, le chocolat ;
- les céréales et produits dérivés, moins riches en cadmium, mais plus largement consommés ;
- le tabagisme actif et passif.
Dès 2024, la HAS avait émis un avis favorable à ce remboursement, en précisant les groupes considérés comme surexposés [4]. Il s'agit des populations vivant sur des sols où la concentration en cadmium dépasse un seuil de 0,5 mg/kg ou de 1 mg/kg de matière sèche (cf. Schéma décisionnel), en particulier, les enfants de moins de 7 ans et les personnes :
- consommant des végétaux ayant poussé sur ce sol, ou qui se rongent les ongles, ou qui mangent de la terre ;
- séjournant habituellement sur le site depuis plus de 10 ans (plus de 5 ans, si tout ou partie du séjour s’est déroulé avant l’âge de 7 ans).
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Recommandations relatives à la cadmiurie
La cadmiurie doit être exprimée en μg/g créatinine [1]. Elle est ajustée sur celle de la créatinine (CdU) en raison de la grande variabilité de la concentration des urines (de leur teneur en eau), d’un individu à l’autre et dans le temps, chez un même individu.
Les valeurs de référence relative à la concentration urinaire de cadmium sont les suivantes [4]
- avant 31 ans : 0,3 µg/g créatinine ;
- entre 31 ans et 40 ans : 0,5 µg/g créatinine ;
- entre 41 ans et 50 ans : 0,8 µg/g créatinine ;
- à partir de 51 ans : 1 µg/g créatinine.
Si la calciurie dépasse la valeur de référence sans atteindre 1 µg/g créatinine, les concentrations plasmatiques en fer, en calcium et en zinc sont vérifiées, car des taux insuffisants augmentent l'absorption intestinale du cadmium.
Quand la concentration urinaire de cadmium atteint ou dépasse 1 µg/g créatinine, le médecin recherche :
- une atteinte rénale ;
- un manque de fer, de calcium ou de zinc ;
- une déminéralisation osseuse si facteurs de risque.
La recherche d'effets sur la santé et de complications est répétée annuellement.
Concernant la surveillance de la calciurie, il est recommandé d'utiliser les urines du matin au lever parce qu’elles sont les moins exposées à une contamination externe et plus concentrées que celles des autres mictions.
Recommandations relatives à la cadmiémie
Le dosage de cadmium dans le sang total est réalisé de manière complémentaire en cas de dosage urinaire du cadmium élevé. « La cadmiémie, plus influencée que la concentration urinaire par les expositions récentes (au cours des dernières semaines) au cadmium, permet un meilleur repérage temporel des contaminations. Elle améliore le guidage des actions de prévention et permet d’en évaluer l’efficacité », justifie la HAS [2].
Il n’est pas recommandé de valeur sanitaire de référence pour la concentration du cadmium dans le sang total : « Les données épidémiologiques disponibles ne permettent pas d’en identifier une ».
Une proposition de loi
Le remboursement des dosages de cadmium chez l'homme marque une nouvelle étape attendue dans la prise en compte sanitaire de la surexposition au cadmium.
Dans ses conclusions publiées en mars 2026 [3], l'Anses appelait également à définir de nouvelles valeurs limites en cadmium dans les matières fertilisantes pour permettre de « maîtriser la pollution des sols agricoles, la contamination des denrées et, à terme, de diminuer l’exposition alimentaire de la population ».
Une proposition de loi visant à réduire les risques sanitaires liés aux contaminations au cadmium dans l'alimentation a été adoptée par l'Assemblée nationale en première lecture le 3 juin 2026 [5]. Elle prévoit d'abaisser les valeurs limites de cadmium dans les engrais phosphatés en deux étapes :
- 40 mg/kg d'anhydride phosphorique (P2O5) à compter du 1er janvier 2027 ;
- puis 20 mg/kg P2O5 à compter du 1er janvier 2030.
[1] Décision du 28 avril 2026 de l'Union nationale des caisses d'assurance maladie relative à la liste des actes et prestations pris en charge par l'assurance maladie (Journal officiel du 2 juin 2026, texte 35)
[3] Cadmium : agir dès à présent à la source de la contamination des sols (Anses, 25 mars 2026)
[4] Document usagers : Sols pollués par le cadmium - Suivi des résidents surexposés (HAS, 7 octobre 2024)
[5] Adoption de la proposition de loi visant à réduire les risques sanitaires liés aux contaminations au cadmium dans l’alimentation (Assemblée nationale)
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