L’essai de phase III Fast-Forward a évalué des schémas d’hypofractionnement ultra-court en radiothérapie adjuvante du cancer du sein précoce. Cette étude britannique multicentrique avait pour objectif de déterminer si une irradiation délivrée en 5 fractions sur une semaine pouvait offrir une efficacité comparable au schéma standard de 40 Gy en 15 fractions sur 3 semaines, tout en améliorant le confort des patientes et l’organisation des soins. Les résultats à 10 ans ont été présentés.
Entre 2011 et 2014, 4087 patientes atteintes d’un cancer du sein invasif précoce après chirurgie conservatrice ou mastectomie ont été incluses entre trois bras [AP1] : radiothérapie standard de 40 Gy en 15 fractions, 27 Gy en 5 fractions ou 26 Gy en 5 fractions sur une semaine. Une sous-étude a également évalué l’irradiation ganglionnaire. Le critère principal était le taux de récidive mammaire ipsilatérale à 5 ans, avec un suivi prolongé afin d’évaluer la durabilité du contrôle tumoral et la toxicité tardive.
Après un suivi médian supérieur à 10 ans, les résultats confirment l’efficacité durable du schéma de 26 Gy en 5 fractions. Le taux cumulatif de récidive mammaire ipsilatérale à 10 ans était de 3,6 % dans le bras standard 40 Gy, 2,9 % avec 27 Gy et 2,1 % avec 26 Gy, démontrant la non-infériorité du schéma court. Les taux de récidive locorégionale sont également restés faibles dans tous les groupes. Les auteurs rappellent que les résultats observés avec 26 Gy sont comparables, voire légèrement meilleurs, que ceux historiquement rapportés avec les schémas conventionnels issus des essais START.
Concernant la toxicité tardive, le schéma à 26 Gy présente un profil très proche du traitement standard, contrairement au bras 27 Gy qui apparaît associé à davantage d’effets secondaires modérés ou marqués. Les principaux effets évalués étaient la fibrose, l’induration mammaire, la rétraction, la modification de l’aspect cutané ou les télangiectasies. Les taux d'effets indésirables globaux (modérés ou marqués) au niveau du sein ou de la paroi thoracique étaient de 13,1 % avec 40 Gy, 19,3 % avec 27 Gy et 14,4 % avec 26 Gy. L’induration en dehors du lit tumoral était plus fréquente avec 27 Gy qu’avec 26 Gy ou 40 Gy. Ces résultats confortent le choix du schéma de 26 Gy comme meilleur compromis entre efficacité et tolérance.
L’étude montre également que les résultats restent constants dans les différents sous-groupes de patientes, y compris chez les femmes jeunes ou présentant des tumeurs de haut grade. Dans la sous-étude ganglionnaire axillaire, les données sont également rassurantes, même si le nombre plus limité de patientes réduit la précision statistique des analyses.
Les auteurs rappellent par ailleurs les bénéfices organisationnels majeurs de cette approche : réduction du nombre de séances, amélioration de l’accès à la radiothérapie, diminution des contraintes pour les patientes et baisse des coûts de santé. Les analyses radiobiologiques confirment également qu’un fractionnement plus court reste compatible avec un excellent contrôle tumoral à long terme.
En conclusion, cette actualisation à 10 ans confirme que le schéma de 26 Gy en 5 fractions sur une semaine constitue un nouveau standard de radiothérapie adjuvante du cancer du sein précoce. Il permet d’obtenir un contrôle carcinologique durable avec une tolérance tardive comparable au schéma conventionnel, tout en simplifiant considérablement les parcours de soins.
Article rédigé par le docteur Brunt AM
3 minutes
Ajouter un commentaire

Commentaires
Cliquez ici pour revenir à l'accueil.