Certains cancers sont plus fréquents chez les plus défavorisés, avec des formes plus graves et diagnostiqués plus tard

Une étude de la Drees confirme le poids des déterminants sociaux dans l'incidence des cancers. Plusieurs facteurs, dont le retard au dépistage et la surexposition aux facteurs de risque, tabagisme en tête, pénalisent davantage les populations les plus précaires.

1
2
3
4
5
(aucun avis, cliquez pour noter)
Tabac, obésité, risques professionnels : les populations précaires y sont plus exposées.

Tabac, obésité, risques professionnels : les populations précaires y sont plus exposées.Mumemories / iStock / Getty Images Plus / via Getty Images

Les personnes aux revenus les plus modestes développent plus souvent certains cancers - mais pas tous - et ces cancers ont par ailleurs plus souvent des formes graves et sont fréquemment diagnostiqués tardivement chez ces personnes, montre une étude de la direction de la recherche, des études, de l'évaluation et des statistiques (Drees), publiée le 4 juin 2026.

De nombreuses études ont mis en évidence des risques accrus de maladies chroniques chez les personnes ayant les niveaux de vie les plus faibles. Mais ces études avaient montré que les cancers faisaient exception, les incidences étant comparables quel que soit le niveau de vie… du moins quand on analyse tous les cancers de façon globale.

Hadrien Le Mer de la Drees et ses collègues ont conduit une étude en s'intéressant à différentes localisations de cancers. Ils ont travaillé sur l'EDP-Santé, base de données qui croise l'échantillon démographique permanent (EDP) de l'Insee avec les données de consommation de soins et d'hospitalisation issues du système national des données de santé (SNDS), qui couvre environ 4,4 % de la population française (outre-mer inclus).

L'étude a été faite sur la période 2013-2020, en excluant les personnes ayant déjà un cancer en 2013.

En s'intéressant plus particulièrement aux quatre localisations les plus fréquentes, ils mettent en évidence des différences selon les localisations.

Plus de cancers du poumon chez les plus modestes…

Pour le cancer du poumon, on trouve bien un risque majoré chez les personnes les moins aisées. Si l'on divise la population en 10 groupes selon leur niveau de vie, les hommes appartenant au premier dixième de niveau de vie ont un risque de ce cancer multiplié par 2,2 par rapport à ceux du dixième de niveau de vie le plus haut. La même observation se fait pour les femmes, avec un écart un peu moins important : le risque est 1,7 fois plus élevé pour celles au niveau de vie le plus bas.

Les auteurs avancent en particulier l'explication du tabagisme, plus important chez les personnes les plus modestes, parmi lesquelles les connaissances sur l'importance du tabac comme facteur de risque se sont en outre moins diffusées.

Il y a également une tendance à moins de cancers colorectaux dans les trois dixièmes les plus aisés, mais l'ampleur des différences entre les dixièmes est moins importante et la courbe n'a pas une pente uniforme, note-t-on.

… mais un peu plus de cancers du sein et de la prostate chez les plus aisés

À l'inverse, les diagnostics de cancers du sein et de la prostate sont plus fréquents chez les personnes aisées. Les femmes du dixième le plus aisé ont un risque de cancer du sein multiplié par 1,3 par rapport au dixième le plus modeste. Ce serait lié notamment à deux facteurs de risque : la contraception orale - plus fréquente dans les milieux aisés - et le fait que les grossesses sont plus tardives dans cette population.

Chez les hommes, le risque de diagnostic de cancer de la prostate est 1,4 fois plus élevé chez les plus aisés. Les auteurs font l'hypothèse que c'est lié au recours plus fréquent au dosage du PSA, conduisant « probablement à un diagnostic plus précoce et plus fréquent, y compris pour des tumeurs qui n'auraient pas été identifiées en l'absence de dépistage ».

Cette étude met en évidence d'autres désavantages pour les personnes les plus modestes. Toutes localisations confondues, elles développent plus souvent des cancers de mauvais pronostic : elles ont ainsi 1,7 fois plus de risque de développer un cancer dont le pronostic est défavorable, 1,3 fois plus de risque de développer un cancer de pronostic intermédiaire, et à l'inverse, une probabilité 1,4 fois moindre de développer un cancer dont le pronostic est favorable.

De même, les plus défavorisés développent des cancers à un stade plus avancé. Parmi les personnes atteintes d'un cancer invasif, les plus modestes ont 2,1 fois plus de risque de développer une forme particulièrement agressive que les plus aisés.

Des diagnostics de cancers à des âges plus jeunes chez les plus défavorisés

Les plus défavorisés développent aussi des cancers plus jeunes : leur âge médian au diagnostic est inférieur de six ans à celui observé dans l'ensemble de la population pour les cancers du poumon, colorectal et du sein et inférieur de trois ans pour le cancer de la prostate.

Globalement, les cancers évitables, comme celui du poumon déjà cité, surviennent plus souvent chez les plus modestes. C'est lié au tabac, à l'obésité… mais aussi à des expositions professionnelles.

Quant aux cancers dépistables, ils peuvent être plus fréquents chez les personnes les plus aisées, comme cela a été mentionné, mais en revanche le risque d'avoir un cancer déjà métastasé au moment du diagnostic est 2,3 fois plus important chez les plus modestes car ils se font moins dépister.

D'après une dépêche publiée dans APMnews le 4 juin 2026.

Sources

Commentaires

Ajouter un commentaire
En cliquant sur "Ajouter un commentaire", vous confirmez être âgé(e) d'au moins 16 ans et avoir lu et accepté les règles et conditions d'utilisation de l'espace participatif "Commentaires" . Nous vous invitons à signaler tout effet indésirable susceptible d'être dû à un médicament en le déclarant en ligne.
Pour recevoir gratuitement toute l’actualité par mail Je m'abonne !