Plus de 140 000 patients asymptomatiques entre 50 et 79 ans ont été inclus dans l'étude.Daniel Chetroni / iStock / Getty Images Plus / via Getty Images
La réalisation au Royaume-Uni d'un grand essai randomisé évaluant un dépistage multicancer par biopsie liquide a conduit à augmenter temporairement mais significativement la proportion de patients suspectés d'avoir un cancer mais dont le diagnostic a pris plus d'un mois, montre une étude publiée le 30 mai 2026 dans le Journal of the American Medical Association (JAMA).
Menée au Royaume-Uni sur plus de 140.000 patients asymptomatiques âgés entre 50 et 79 ans, l'étude NHS-Galleri cherchait à montrer que le test de détection précoce multi-cancer Galleri* (Grail), réalisés à trois reprises sur deux ans à partir d'échantillons sanguins, permettait de réduire le nombre de cancers diagnostiqués à un stade avancé par rapport à une prise en charge standard.
Celle-ci a cependant été négative, comme dévoilé en février par la firme Grail et présenté le 30 mai au congrès de l'American Society of Clinical Oncology (ASCO).
Dans JAMA, Sean Mann et ses collègues de l'institut de recherche RAND à Arlington (Virginie) mettent en lumière un « effet de bord » de cet essai sur la prise en charge des malades.
Dans les huit régions participant à l'étude, il y a eu une augmentation significative de la proportion de patients suspectés d'avoir un cancer et dont le diagnostic a pris plus de 28 jours à être posé.
Au cours des six premiers mois d'étude, ce taux est passé de 28,6 % à 29,6 % dans les régions participantes, alors qu'il a baissé jusqu'à 26,3 % dans les 13 autres régions britanniques n'ayant pas participé.
L'écart de 3,4 points est significatif et s'est maintenu, à 4,8 points, au cours des six mois suivants. La différence n'est en revanche plus significative après un an et les régions participantes ou non ont atteint un taux de diagnostic en retard inférieur à 25 % après deux ans.
Ces observations concernent trois types de tumeurs à haute probabilité d'être détectées le test de dépistage, que sont les cancers du poumon, de la tête et du cou et les cancers gastro-intestinaux supérieurs.
Des tendances similaires sont aussi observées quand on leur ajoute les cancers gynécologiques, hématologiques, gastro-intestinaux inférieurs et urologiques. L'essai n'a en revanche eu aucun effet sur le diagnostic des tumeurs à faible probabilité d'être détectées par le test, c'est-à-dire les cancers dermatologiques, du sein, les sarcomes, les tumeurs cérébrales, testiculaires et les leucémies aiguës.
« De futurs essais sur des interventions pouvant augmenter la demande de soins dans un système à ressources limitées devraient davantage suivre les effets de bords à l'échelle systémique », soutiennent donc Sean Mann et ses collègues en conclusion.
Pour Richard Sullivan du King's College à Londres et Christopher Booth de la Queen's University de Kingston (Canada), l'ensemble des résultats disponibles montre que le test de détection multi-cancer Galleri* n'a aucune utilité pour un dépistage en population générale, avec des bénéfices non vérifiés et de potentiels effets délétères tant pour les patients que pour le système de santé, écrivent-ils dans un éditorial publié par le JAMA.
Ils évoquent les conséquences délétères qu'un faux positif pourrait avoir sur les patients et la fausse assurance qu'un test négatif pourrait leur donner, ainsi qu'une potentielle submersion d'un système de santé déjà saturé. « Les risques de retombées sur le système de santé doivent être soigneusement pris en compte lors de la mise au point d'un dépistage en population générale par détection multi-cancer », soutiennent-ils.
Des craintes concernant la soutenabilité financière du système sont aussi mises en avant, étant donné qu'un test coûte 949 dollars et qu'à l'échelle de l'Angleterre, le dépistage seul de l'ensemble des patients éligibles coûterait environ 19,2 milliards de dollars par an -sans prendre en compte les coûts associés, de diagnostic et de potentiels surtraitements.
D'après une dépêche publiée dans APMnews le 1er juin 2026.
JAMA, publication en ligne du 30 mai et éditorial
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